Publié le Vendredi 16 Janvier 2015 à

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Islam: «Mouscron n'est ni Verviers, ni Roubaix»

Daniel Foucart

De taille démographique similaire à Verviers, Mouscron posséde aussi une communauté musulmane mais qui est nettement moins importante. Pas de comparaison possible, assure le bourgmestre Alfred Gadenne : « nous n’avons jamais eu de problèmes avec les musulmans de chez nous qui sont très respectueux de l’autorité ». L’inquiétude viendrait plutôt de l’autre côté de la frontière avec l’arrestation récente d’un Roubaisien de 20 ans qui a pris six mois de prison pour apologie du terrorisme et d’une Tourquennoise de 15 ans qui a voulu quitter la France après s’être radicalisée.


L’imam de la mosquée de Roubaix a officiellement condamné les attentats de Paris et se bat contre le radicalisme dans sa propre ville.

C.L (Nord Eclair France)

L’imam de la mosquée de Roubaix a officiellement condamné les attentats de Paris et se bat contre le radicalisme dans sa propre ville.

« Je n’aimerais pas être à la place de mon collègue de Verviers », nous a confié Alfred Gadenne après la mort des deux suspects djihadistes. Le bourgmestre de Mouscron connaît bien son homologue de la région liégoise, Marc Elsen, qui fut son chef de groupe lorsqu’il était parlementaire cdH à la Région wallonne. Les deux hommes s’entendent d’autant mieux qu’ils sont à la tête de villes de taille similaire. Mais pas avec les même caractéristiques démographiques, note Alfred Gadenne  : la communauté étrangère, hors union européenne, est nettement moins importante à Mouscron qu’à Verviers, où elle dépasse les 5 % (essentiellement des Turcs et des Marocains).

Depuis les attentats de Charlie Hebdo, les Mouscronnois ont le sentiment de voir davantage de musulmans dans les rues de Mouscron. « Mais ils ne sont pas plus nombreux qu’il y a quinze ans », fait remarquer Alfred Gadenne. Puis - cela ne devrait même pas être rappelé - qui dit musulman ne veut pas dire terroriste ou délinquant, contrairement à ce que laisse penser le climat actuel. « Nous n’avons eu jamais de problèmes », insiste le bourgmestre.« Ils sont très respectueux de l’autorité, notamment celle du bourgmestre et du commissaire. Bien plus respectueux que ne le sont certains Belges ». Il a eu l’occasion de s’en rendre compte lors de l’accord que la Ville a passé avec l’imam de Mouscron pour organiser la grande prière du vendredi au hall Jacky Rousseau, le temps que les travaux de la mosquée Aloïs Den Reep se terminent.« Il vaut mieux avoir les musulmans avec soi », dit-il. « Avec le dialogue, on évite les malentendus et donc les problèmes ».

L’inquiétude viendrait plutôt de l’autre côté de la frontière. Á Roubaix, depuis les attentats, on a relevé des tags qui faisaient l’apologie du terrorisme. Même phénomène dans un immeuble HLM à Lille, où la police a découvert des inscriptions qui glorifiaient les auteurs des derniers actes terroristes. Un Roubaisien de 20 ans a même écopé d’une peine de six mois de prison pour avoir menacé des policiers de leur réserver le même sort que leurs collègues de Paris. Une Tourquennoise de 15 ans a été arrêtée alors qu’elle cherchait probablement à gagner la Syrie après s’être radicalisée.

Dans un entretien accordé à la télévision française M6, l’écrivaine roubaisienne d’origine algérienne Lydia Guirous, auteur du livre « Allah est grand, la République aussi », a dénoncé « la dérive communautariste » de Roubaix. Elle confiait sa peur d’aller dans certains quartiers en jupe, comme la rue de Lannoy, qui mène à Tournai. Elle dénonce « l’hallalisation » de tous les produits alimentaires, la banalisation des tenues traditionnelles comme la burka, pourtant interdite, etc au point de faire fuir les musulmans modérés, dont elle-même, qui a déménagé à Paris. « Il faut arrêter l’angélisme et le clientélisme », a-t-elle confié à nos confrères de Nord Eclair France. « Arrêter ce déni de réalité, lever les tabous sur l’islamisme qui profite tant au Front National ».

Les propos de l’écrivaine ont fortement déplu. Non pas à la communauté musulmane, dont l’imam a vigoureusement dénoncé les attentats de Paris, mais à la Ville de Roubaix, au nom de laquelle le directeur de communication parle de « stigmatisation »  : « c’est invraisemblable de dire que Roubaix est régie par une loi islamiste, que les élus sont lâches et que les femmes doivent raser les murs ».

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