Publié le Vendredi 27 Février 2015 à

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Mais qui sont vraiment ces enfants à haut potentiel?

France Dammel

On les appelle enfants à haut potentiel, voire en abrégé enfants HP, enfants précoces, surdoués ou encore zèbres. Nathalie Alsteen, coach et thérapeute spécialisée dans leur accompagnement, préfère les appeler « émotifs talentueux ». Qui sont vraiment ces enfants ? Et surtout, comment les aider à trouver au mieux leur place ? Nathalie Alsteen a tenté de répondre à ces questions lors d’une conférence organisée le mois dernier par Parents-Thèses, au Cook&Book à Woluwé-Saint-Lambert (Bruxelles).

Photo News/Didier Lebrun

Les enfants HP ont une manière de penser bien particulière, à savoir une pensée linéaire, en réseau. Pour pouvoir fonctionner, ils ont besoin d’un cadre afin de pouvoir établir des liens et créer constamment de nouvelles ramifications. Cette manière bien à eux de penser va faire en sorte qu’ils traitent rapidement l’information, qu’ils ont un vocabulaire étendu, des connaissances très larges (mais ciblées) car ils sont dotés d’une curiosité infinie (dans les domaines qui les intéressent), ont un raisonnement différent ou encore une opinion arrêtée sur la façon de faire les choses qui entraîne qu’ils ne comprennent pas toujours pourquoi tout le monde n’agit pas comme eux.

À côté de cette manière de penser qui les caractérise, ces enfants sont aussi très émotifs, d’où l’expression utilisée par cette coach pour les qualifier, à savoir les « émotifs talentueux ». « Il va souvent s’agir d’enfants perfectionnistes, très empathiques, dotés d’une grande lucidité, qui vont ressentir des choses que les autres ne ressentent pas. Une grande polarité leur rend aussi la vie compliquée. Par exemple, à l’école, s’ils aiment une matière et le prof, ils vont se donner à 200 %. Dans le cas contraire, ils vont avoir de grandes difficultés à s’y investir. Certaines peurs peuvent aller aussi parfois jusqu’à les paralyser. Enfin, d’autres traits qui peuvent aussi les mettre en difficultés sont leur susceptibilité extrême, des problèmes d’ego et des réactions impulsives ».

Tôt ou tard, ces enfants vont souvent avoir – mais pas systématiquement – un sentiment de décalage par rapport aux autres enfants de leur âge. « Je suis différent – je ne suis pas normal », ce qui, chez certains d’entre eux, peut engendrer une grande souffrance. Pour Nathalie Alsteen, qui a l’habitude de travailler avec ces enfants, il est important que l’entourage dispose de pistes pour les aider.

Comment les aider ?

Pour cette thérapeute, la première chose est de reconnaître leur différence, puis de les aider à s’accepter eux-mêmes tels qu’ils sont, en mettant en lumière ces différences qui peuvent être de formidables atouts et en essayant de comprendre et de trouver des solutions pour les aspects de leur personnalité qui sont problématiques.

Voici quelques besoins de l’enfant à haut potentiel :

– besoin de sens et de logique : si vous donnez une règle à un enfant et qu’il n’en voit pas le sens, il va avoir beaucoup de difficultés à l’accepter ;

– besoin de sécurité : il a besoin d’être rassuré ; l’idée n’est pas d’être protecteur mais rassurant, en lui expliquant, en lui demandant ce dont il a besoin ;

– besoin de cadre : il a besoin de points de repère pour l’aider à trouver sa propre sécurité ;

– besoin de défis : par exemple, lui donner des défis quand il étudie va le stimuler ;

– besoin de motivation : il a besoin d’avoir un but, d’être stimulé.

Alors concrètement, comment les aider ?

– Leur donner un cadre, en étant congruent.

– Leur apprendre :

• à mieux se connaître ;

• à communiquer ;

• à accueillir leurs émotions ;

• à mettre de la nuance : tout n’est pas noir, tout n’est pas blanc ;

• à fonctionner avec le système et pas contre le système ;

• à faire la différence entre culpabilité et responsabilité.

– Le « nourrir » pour augmenter son estime de lui.

– Le valider autant que possible dans sa différence, pour qu’il puisse se sentir légitime.

– L’encourager avec des vrais feed-backs, pour augmenter sa confiance en lui.

– Lui donner des responsabilités.

Et Nathalie Alsteen de conclure en indiquant qu’il ne sert à rien de leur coller une étiquette qui les différencierait des autres, mais qu’il est utile de leur offrir une grille de lecture qui leur permettra de mieux se connaître et donc d’interagir avec les autres enfants et donc, de s’intégrer avec plus d’aisance.

Zebraska : une maman qui s’en est sortie raconte…

À l’abri de toute prétention, avec tendresse, humour et fantaisie, le nouveau roman d’Isabelle Bary, Zebraska, tente de démystifier « ces enfants pas comme les autres, menottés à des clichés fumistes et si souvent incompris ».

Cette auteure, maman elle-même d’un adolescent HP, s’est nourrie pendant des années de lectures sérieuses autour de cette thématique, mais estimait qu’il y manquait toujours la corde de l’émotion. Revenue de loin, elle a choisi d’utiliser la magie de la fiction, appuyée sur son expérience, pour écrire son tout nouveau livre, qui viendra sans aucun doute toucher les personnes qui vivent avec un HP, mais aussi toute personne simplement intéressée par le sujet.

C’est à l’âge de 7 ans que le fils d’Isabelle Bary a été diagnostiqué à haut potentiel. « On avait remarqué qu’il avait commencé à parler tôt, puis à écrire et à lire tôt, mais étant moi-même journaliste et partant du principe qu’il me voyait tout le temps écrire, on ne se pose pas mille questions. À l’âge de 6 ans, il avait aussi des questions existentielles du genre « Pourquoi suis-je sur terre ? » que l’on n’a pas normalement à cet âge-là. Mais on n’y prêtait pas vraiment attention. Puis, un jour, nous sommes allés chez une logopède pour un petit problème de prononciation et c’est de façon tout à fait triviale que nous avons ainsi appris qu’il était HP. »

« La psychologue qui lui a fait passer le test de QI a de suite décelé qu’il était HP. Mais pour nous, cela ne voulait rien dire. Moi-même, je cultivais beaucoup de clichés. Je pensais que HP signifiait très malin, donc je ne voyais pas bien où était le problème. Bien sûr, j’avais tout faux… », poursuit Isabelle Bary.

Aujourd’hui, après un long chemin, cette maman est contente de constater que son fils va mieux : « Notre fils a maintenant 13 ans. Il va super bien. Il a des amis. Il s’assume complètement. Il en parle sans problème. Maintenant, il faut souligner qu’il a été aidé. Le cheminement est le résultat d’une alchimie des différentes choses que nous avons mises en place. Par le biais d’associations spécialisées, il a rencontré d’autres enfants comme lui et s’est rendu compte qu’il n’était pas l’unique extraterrestre dont la tête ne tourne pas comme les autres. Il est allé chez une psychologue. On a lu beaucoup. On a été beaucoup là pour lui, tout en lui disant qu’il y avait aussi une part qui dépendait de lui et qu’il devait lui-même décider de s’en sortir. »

Cette maman a pris du recul et va, elle aussi, beaucoup mieux. Mais elle confie qu’elle a vécu des moments où elle s’est sentie toucher le fond : « Nous avons aussi été très durs avec lui car ce sont des enfants qui testent énormément. C’est éprouvant pour les parents. Nous avons été jusqu’à connaître des moments de dépression. C’est un combat qui a duré de longues années. Cela demande beaucoup d’efforts de tout le monde. Mais si on aide ces enfants, ils finissent par trouver leur place dans le monde et à s’en sortir ».

« Il y a trois ans, j’aurais été incapable d’écrire à propos des hauts potentiels et de leur relation avec leur mère. J’avais le nez dans le guidon. Aujourd’hui, j’ai pu prendre le recul nécessaire au partage. Pour moi, ce bouquin rime aussi avec le deuil d’une mauvaise période. C’est ainsi que je le vois. Et mon fils aussi d’ailleurs, car il a lu au fur et à mesure les chapitres du livre et s’il n’avait pas été d’accord que je le publie, je ne l’aurais pas fait », conclut Isabelle Bary.

> « Zebraska », par Isabelle Bary. Éditions Luce Wilquin. ISBN 978-2-88253-495-8

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