Publié le Mercredi 23 Novembre 2016 à

Sports > Cyclisme > Route

Vincenzo Nibali: "Je serai au départ du Giro du centenaire"

Sébastien Close

Le dernier vainqueur du Tour d’Italie disputera une nouvelle fois son épreuve de cœur, cette fois sous le maillot de sa nouvelle équipe Bahrain-Merida.

Exclusivité Sudpresse

Vincenzo Nibali veut s’offrir un nouveau maillot rose sur le Giro. © Photo News/Graham Watson

Vincenzo Nibali veut s’offrir un nouveau maillot rose sur le Giro. © Photo News/Graham Watson

Entre le Giro et Rio, Vincenzo Nibali a, cette saison, expérimenté l’ambivalence des sentiments. Mais, surtout, le Sicilien a clôturé, après quatre années parfois tumultueuses, son bail avec les Kazakhs d’Astana. Direction le Golfe pour un nouveau projet, Bahrain-Merida. Avant de jeter les bases de sa nouvelle saison avec sa formation lors du deuxième stage de l’équipe en Croatie, le Squale de Messine, trente-deux ans, a confirmé que le Giro du centenaire serait bien la pierre angulaire de l’an prochain. Entretien.

Vincenzo, la saison a clos ses coups de pédales et, déjà, se profile les premières esquisses de la suivante. Quel regard portez-vous sur votre cru 2016 ?

Un regard ambivalent, en fait. Avec d’un côté du très bon, de l’autre du nettement moins bon… Je m’étais fixé deux gros objectifs avec le Giro et les Jeux olympiques. Le premier, je l’ai atteint. Le second presque…(sourire). En fait, ce fut une bonne saison jusqu’à ma chute à Rio, où je me suis fracturé la clavicule. Mais maintenant, tout va bien. Je m’entraîne d’ailleurs sans la moindre gêne.

La déception brésilienne, où vous chutez alors que vous étiez en tête de la course, est-elle complètement évanouie ?

Disons que je regarde vers l’avant. Je dois le faire. Gagner, perdre, tomber font partie de ce sport et je dois l’accepter sans faire trop de drames. Après, c’est clair que j’y pense encore… La frustration, elle est toujours là. Mais bon, c’est la vie et je m’y suis fait.

À l’opposé, il y a ce Tour d’Italie épique. Une course haletante, qui se colore de rose pour vous à seulement vingt-quatre heures de l’arrivée finale alors que, jusque-là, vous sembliez à la peine…

Ce maillot rose, c’est beaucoup d’émotion et un sentiment unique. Surtout vu la manière et ma prise de pouvoir lors de l’avant-dernière étape. On me demande souvent quelle victoire je préfère. Mais chaque sacre a sa propre histoire. Il est assez difficile de comparer mes victoires au Giro avec celle sur le Tour de France ou la Vuelta. Après, c’est vrai, pour un Italien, remporter le Tour d’Italie relève d’une saveur différente, très particulière.

> Cliquez ici pour voir la vidéo sur mobile.

Vous parliez du Tour de France, dont vous avez, faut-il le rappeler, dominé l’édition 2014. Comment l’avez-vous appréhendé cette année, vous qui étiez cette fois cantonné au rôle de lieutenant de luxe pour Fabio Aru. Ça doit être frustrant pour un compétiteur de votre calibre…

Franchement, non. Ça n’a pas été difficile pour moi car les choses étaient claires dès le début et le choix partagé par tous. J’étais sur le Tour sans penser au général, pour aider l’équipe et peaufiner ma préparation pour les Jeux olympiques et c’est ce que j’ai fait. J’ai essayé de gagner une étape, ce n’est pas passé loin, comme à Morzine par exemple. J’aurai plus de chance la prochaine fois…

Justement, qu’avez-vous pensé de Fabio Aru ?

Le Tour est une course très difficile et, jusqu’à l’avant-dernière étape et l’arrivée à Morzine (NDLR : Il a craqué dans les premières pentes de Joux Plane et a perdu plus de treize minutes sur Froome, terminant finalement 13 e  de son premier Tour), il a montré qu’il savait rivaliser avec les meilleurs. Ce fut une bonne expérience qui lui servira beaucoup à l’avenir…

L’avenir, justement, pour vous, c’est une nouvelle formation, Bahrain-Merida. Un nouveau projet, de nouveaux équipiers. Vous en aviez besoin ?

Disons que j’avais besoin de changer d’air, besoin d’une nouvelle expérience après quatre années passées chez Astana. J’y ai connu de grandes satisfactions même si certains moments ont été parfois un peu plus difficiles. Un nouveau chapitre va s’ouvrir. Je voulais repartir, recommencer dans un nouveau projet et Bahrain-Merida m’a enthousiasmé.

Pourquoi ?

Parce que c’est une équipe extrêmement bien balancée, capable de briller tant sur les Grands Tours que lors des classiques. D’un côté, il y a les « vieux » si j’ose dire, des gens très expérimentés tels Joaquim (Rodriguez) ou Enrico (Gasparotto), de l’autre des jeunes loups qui ont déjà montré de grandes qualités. On est une fameuse bande…

Quels sont vos liens avec Nasser ben Hamed al-Khalifa, prince bahreïnien et votre nouveau patron ?

Il m’avait invité, avant le Tour de Dubai, en 2015, et nous avions passé la journée ensemble. Nous avions même été pédaler. Le courant était très bien passé. Il y a quelques mois, j’ai reçu une proposition concrète pour créer l’équipe et il m’a impliqué dans l’échafaudage du team Bahrain-Merida dont l’objectif est de contribuer au développement du vélo au Bahreïn et dans le monde entier. Avec l’équipe que nous avons, je suis convaincu que l’on peut, si la chance est de notre côté, viser la victoire sur chaque épreuve.

Quelles seront les lignes principales de votre agenda ? Vous avez, jusqu’ici, plongé votre participation au Giro dans un certain flou…

J’y serai. Et le Giro du centenaire sera le principal objectif de ma saison J’en rêve. C’est une édition spéciale, j’en suis le vainqueur sortant et, en plus, il passe dans ma région natale. Pour ce qui est du Tour de France, on verra après le Giro. Tout n’est pas encore défini mais je vais commencer en janvier par le nouveau Tour de San Juan, en Argentine (24 au 29 janvier). Direction ensuite Abu Dhabi avant de revenir en Italie pour disputer Tirreno-Adriatico. Le Giro du centenaire sera le principal objectif de la saison.

Un Giro où, donc, vous retrouverez un certain Fabio Aru…

Rivaux sur le vélo, amis dans la vie. On s’entraîne souvent ensemble, même en VTT. Et je sais que le Giro va nous donner des sensations similaires. Pour lui via le départ en Sardaigne, pour moi via les deux étapes en Sicile et l’arrivée de la cinquième étape, à Messine où je suis né.

Trois victoires sur la course rose vous placeraient, dans le palmarès, au même rang que Gino Bartali, Felice Gimondi ou Bernard Hinault. Ça vous parle ?

C’est important, c’est certain, c’est une performance que peu de champions ont réussie. Mais il est encore tôt pour parler de tout ça. Il y a encore tant de travail pour arriver au top en Sardaigne, à commencer par le stage de l’équipe à Rovigno, en Croatie, en décembre. En mai, il sera encore temps de penser à qui était le plus fort…

Le Giro comme principal objectif, quid, dès lors, des classiques. A fortiori de Liège-Bastogne-Liège. Vous tournez autour de la Doyenne mais elle vous résiste. Quand allez-vous finir par la claquer, comme vous l’avez fait avec la Lombardie ?

Une chose est certaine, j’aime les courses belges. Il n’est d’ailleurs pas dit que, tôt ou tard, je n’essayerai pas le Tour des Flandres… Quant à « Liegi », il faut d’abord que j’en discute avec mon entraîneur Paolo Slongo histoire de déterminer mon calendrier complet pour la première partie de la saison. Des classiques, la Lombardie est certainement celle qui me convient le mieux mais la Doyenne, elle, me fascine…

Faites de sudinfo.be la page d'accueil de votre navigateur. C'est facile. Cliquez-ici.

Nos partenaires vous proposent