Publié le Lundi 16 Mai 2011 à

Culture > Cinéma

“ The Tree of Life ”: l'interview de Brad Pitt

Rédaction en ligne

“ The Tree of Life “, le nouveau film si attendu de Terrence Mallick est aussi fascinant qu’imperméable à toute adhésion personnelle.

On est assurément subjugué par la splendeur visuelle et l’intensité émotionnelle des images, des musiques et des décors du film mais on ne peut partager la réflexion philosophico-métaphysique de Mallick sur la création de l’univers, le rapport à un Dieu de félicité ou de culpabilité et la démarche contemplative de ses personnages. L’histoire se déploie comme une symphonie musicale en plusieurs mouvements, directement liée aux mouvements de la nature et s’attache au parcours de Jack O’Brien qui tente, depuis longtemps, de répondre à des questions obsédantes sur le tempérament colérique de son père, l’amour infini de sa mère et la mort - laissée mystérieuse - de son frère et qui se débat avec ses propres démons : le sens de la vie et sa foi en Dieu. Un film où il est à la fois question de l’histoire presque banale d’une famille texane dans les années ‘50 et de l’immensité du cosmos, de la préhistoire de l’humanité (avec l’apparition de quelques dinosaures en image de synthèse). A Cannes, seuls les producteurs du film et les comédiens Brad Pitt et Jessica Chastain ont, jusqu’à l’heure actuelle, défendu un film déjà très controversé. Sean Penn serait retenu par ses activités humanitaires en Haïti (!) et Terrence Mallick, dévoré par une timidité maladie ou par une aura déjà légendaire, ne s’est toujours pas fait voir sur la Croisette. Est-il réellement à Cannes comme on nous le

prétend de manière répétitive, sera-t-il même présent à la grande première ce soir ou restera-t-il le fantôme dont il cultive le mythe depuis tant d’années ? Réponse - peut-être - dans quelques heures !

Par contre, Brad Pitt a pleinement rempli son rôle de porte-parole obligé, non seulement en tant que co-producteur mais aussi comme premier comédien du film.

Q : Comment a commencé le premier tournage du film ?

R : Après toutes les étapes de préparation, Terry (Terrence Mallick, le réalisateur), nous a mis “ sur le terrain “. Comme la plus grande partie de l’histoire se passait dans les années ‘50, il a loué un grand pâté de maisons dans une banlieue urbaine qu’il a fait réhabiller aux couleurs de l’époque. Nous étions ainsi libres de nos mouvements pour marcher dans la rue, passer d’un logement à l’autre, cultiver les jardins, etc. Nous disposions au départ d’un vrai scénario, minutieusement écrit, mais qu’il ne suivait jamais vraiment parce qu’il nous laissait libres de nos mouvements pour saisir la vérité, l’immédiateté là où elles se trouvaient. Il fallait vivre et saisir le moment, suivre les frémissements de la nature, profiter d’un vol de papillons, etc. Cela nous a perturbé au début puis on a lâché prise, on s’est laissé aller et on a vécu l’instant présent, conscients qu’on ne pouvait définitivement rien planifier. C’était épuisant mais on savait qu’on était entre de très bonnes mains et donc il n’y avait rien à craindre.

Q : Cela a changé votre façon de voir les choses ? Vous avez considéré le métier différemment ?

R : Oui, radicalement. J’ai appris à rechercher les éléments non prévus, à ne pas compter sur le prévu et le préalable, à sortir des rigidités d’un scénario, à chercher des chemins de traverse. J’ai compris que cela donnait plus de fraîcheur, plus de vie, plus d’énergie à un rôle et à un film.

Q : Le sujet du film se fonde sur des thèmes bibliques et il est beaucoup question de religion ?

R : Un vrai débat théologique était intégré au processus général de tournage. Terry s’intéresse énormément à la philosophie, à l’histoire des religions, à la spiritualité, mais je pense que le film a une connotation universelle qui dépasse la question des religions et devrait concerner un public multiculturel.

Q : Il véhicule aussi quelques symboles à partir de personnages bien définis ?

R : Oui, il y a l’enfance, puis l’adolescence avec les 3 gamins qui évoluent dans leur comportement, leur rapport au monde et aux autres. La mère représente la grâce, la bonté, la pureté, même si elle reste soumise et effacée. Le père impose son autorité, ses convictions sur la nécessité naturelle de se battre pour exister et pour survivre. Mais on se rend compte aussi que le fameux rêve américain ne fonctionne pas aussi bien qu’espéré.

Q : Quelle fût votre première impression à la vision du film ?

R : J’ai d’abord été surpris par sa structure générale, ingénieuse, réfléchie qui se fonde sur la dualité entre la micro et la macro histoire, celle, au quotidien, de cette petite famille comme tant d’autres, face à la fabuleuse aventure de la naissance du Cosmos. Le film évolue alors vers une plus large exploration sur les origines de la vie et de l’humanité.

Q : Quel rapport établissez-vous avec votre propre enfance, votre éducation personnelle ?

R : J’ai été élevé dans la religion chrétienne et quand j’étais jeune, on m’a dit que Dieu s’occupait de tout et que je n’avais donc pas à m’en faire. Mais j’ai pu vérifier que cela ne fonctionnait pas toujours de cette manière. Les croyants trouvent dans la religion quelque chose de rassurant, d’inspirant, de prometteur : moi, j’y ai ressenti une impression d’étroitesse, d’étouffement parce qu’on insistait d’abord sur ce qu’on ne pouvait pas faire, sur les interdits, plutôt que sur les choses à découvrir.

Q : Pourquoi avez-vous été attiré par ce projet réputé risqué et problématique ?

R : Au cinéma, de belles histoires, originales et peut-être compliquées rencontrent souvent de nombreux obstacles avant de pouvoir se concrétiser. Donc, comme producteur, j’avais envie de relever un grand défi. Par contre, j’ai un peu hésité de me lancer dans ce rôle de père oppresseur mais c’est le voyage que doivent faire les enfants qui m’a d’abord intéressé. Ce sont des personnages très attachants : vous savez combien j’aime les enfants et les miens savent que je suis un bon père et j’espère … un bon acteur !

>André Ceuterick en direct de Cannes

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