Publié le Vendredi 20 Mai 2011 à

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Bouli Lanners à Cannes : en clôture de la Quinzaine...

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C'est ce vendredi soir que se clôture la « Quinzaine des Réalisateurs » sans doute aussi formidablement pour le cinéma belge qu'elle a commencé. Avec « Les Géants », Bouli Lanners revient pleinement honoré en sa qualité d'auteur majeur du cinéma européen après le triomphe ici même de « Eldorado » en 2008.

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C'est ce vendredi soir que se clôture la « Quinzaine des Réalisateurs » sans doute aussi formidablement pour le cinéma belge qu'elle a commencé. On n'a pas oublié l'ovation réservée à la séance inaugurale du film « La Fée » d'Abel et Gordon. On s'apprête à vivre pareille émotion avec « Les Géants » de Bouli Lanners qui revient pleinement honoré en sa qualité d'auteur majeur du cinéma européen après le triomphe ici même de « Eldorado » en 2008.

Q : Sera-t-il possible de faire mieux qu' « Eldorado » ?

BL : Non, ce sera assurément moins fort dans la mesure où cette année les gens me connaissent, m'attendent : je ne serai plus le jeune inconnu qui débarque et qui crée la surprise. Je suis aujourd'hui clairement identifié mais je reste très attentif à la réaction de la critique et du public. Pour moi, Cannes sera à nouveau une rampe de lancement idéal pour ce 3ème long métrage.

Q : On retrouve les principaux thèmes de vos films précédents, que vous situez cette fois au niveau des jeunes. D'où vous est venue cette histoire ?

BL : De 2 rencontres fortuites : d'abord celle d'un adolescent poussant sa mobylette en panne sur une petite route de Hollande, complètement épuisé, la seconde avec un très jeune couple complètement égaré dans les rues de Liège. J'ai alors eu envie de faire un film avec des jeunes comme eux, paumés, laissés pour compte mais qui avaient aussi leur propre histoire mais je voulais faire un film avec des ados et pas forcément sur les problèmes de l'adolescence.

Q : Et vous avez commencé à écrire...

BL : Oui, une histoire de marge, de désarroi, des mômes sans parents, à l'âge charnière entre l'enfance et l'adolescence, qui doivent se débrouiller, affronter la vie, devenir responsables de leur propre sort. J'ai ensuite contextualisé le sujet dans un environnement naturel fort et captivant.

Q : On ne sait pas vraiment qui ils sont et d'où ils viennent ?

BL : Ce n'était pas très important. Ils sont trois, 2 frères et un copain qui se joint à eux. Leur désarroi naît de l'absence parentale mais déclenche aussi un processus d'amitié et de solidarité, lié à un désir d'aventure, de liberté, de reconstruction. Comme vous le disiez, on retrouve ici le thème – sans doute obsessionnel chez moi – de l'éclatement de la cellule familiale qui contraint les personnages à un nouveau départ dans la vie.

Q : Le film repose essentiellement sur 3 jeunes inconnus, sans qu'il n'y ait le moindre acteur connu ou expérimenté autour d'eux. Un vrai casse gueule, non ?

BL : Oui, au début le challenge m'amusait mais je n'imaginais pas que ce serait aussi difficile et aussi risqué. J'ai fait de grosses recherches de costumes et ai finalement trouvé 3 gars qui font bien fonctionner mon trio, le premier vient de Herve et avait déjà joué un petit rôle dans « Un Ange à la Mer », les 2 autres ont été repérés en France où ils avaient fait quelques apparitions ça et là. Je m'en sortais pas trop mal mais pour me rassurer, c'est moi qui donnait la réplique dans les « champs contre champs » : j'ai donc joué tous les rôles hors caméra.

Q : « Les Géants », c'est un titre emprunté à l'univers de la fable, du conte, de l'imaginaire ?

BL : Exactement, parce que c'est un vrai conte de fée implanté dans une réalité sociale et humaine d'aujourd'hui. On peut très facilement identifier des personnages signifiants comme le loup, la fée (une apparition étonnante de Marthe Keller), les chasseurs, l'usurier, la sorcière et … 3 enfants perdus dans les bois.

Q : Avec aussi quelques moments assez cruels.

BL : Oui, ce qui me permet de renforcer l'empathie pour les gamins. Souvenez-vous : le loup veut manger le Chaperon Rouge, le père abonnait son fils Poucet dans la forêt qui fait peur, alors que la rivière par laquelle mes gosses s'évadent correspond à l'idée de la mère protectrice... Tout peut-être transposé dans le monde symbolique du conte.

Q : La nature occupe une place considérable avec quelques splendides images. Où avez-vous tourné  ces scènes-là ?

BL : En Belgique, au Grand Duché du Luxembourg et un peu au-delà de la frontière allemande, dans le Condroz, dans la région d'Elsenborn, dans la Haute-Sure luxembourgeoise, à quelques kilomètres de Bastogne. Il y a eu un énorme travail de repérage, j'ai passé plusieurs semaines avec ma femme (qui doit décidément m'aimer beaucoup) dans tous les campings pourris des Ardennes, du Luxembourg et de régions plus reculées, en bordure de lacs, de rivières, là où je pouvais « installer » mon tournage. Malgré tout, sur le plan technique, cela fut assez compliqué dans la mesure où toute la logistique sur l'eau et dans les forêts protégées devait reposer sur la propulsion humaine, sans machinerie, ni grue, ni camion, …

Q : Vous pensez déjà à autre chose ?

BL : Oui, j'aimerais bien prendre des vacances, mais cela sera sans doute difficile, car il y aura la sortie des « Géants », le tournage du 4ème volet des aventures d'Asterix (je reviens de Budapest où les choses se passent très agréablement sous la direction de Laurent Tirart qui a retrouvé l'essence même de la BD originale) et... l'écriture de mon prochain film, une sorte de polar familial dans une nature froide et hostile. Vous voyez : pas de quoi s'ennuyer, mais à Cannes, on fera quand même la fête !

André Ceuterick en direct de Cannes

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