Publié le Jeudi 17 Août 2017 à

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Thierry Neuville avant le Rallye d'Allemagne: "Leader, ça ne m'empêche pas de dormir"

En Allemagne, Dominique Dricot

Dans quelques heures, ce jeudi, le rallye d'Allemagne livrera son premier verdict chronométré. Une spéciale apéritive dans les rues de Saarbruck sans grande importance.

Car c'est de vendredi à dimanche que le combat des chefs, entre le pilote belge en Hyundai et Sébastien Ogier, son rival français en Ford, va prendre une dimension particulière. Le premier des quatre derniers rounds pourrait déjà s'avérer délicat si l'un des deux protagonistes commet l'irréparable.

Hier, Thierry Neuville affichait le sourire du sportif sûr de lui. Dans le parc d'assistance de Bostalsee, le nouveau centre nerveux du rallye d'Allemagne, son assurance était presque désarmante.

Thierry, ce rallye d'Allemagne, c'est un peu votre course à domicile ?

"Mon home Rally, c'est l'East Belgian Rally à Saint-Vith mais c'est vrai que le Deutschland s'en rapproche. De toute façon, c'est l'épreuve la plus proche de chez moi. Comme je parle l'allemand, les médias du pays me sollicitent davantage. J'ai notamment réalisé une video pour sensibiliser le public aux respects des consignes de sécurité. Je sais aussi que de nombreux supporters belges vont effectuer le déplacement. C'est très agréable de se sentir soutenu."

Cela change quelque chose que vous soyez leader du championnat du monde ?

"Absolument rien ! Cela ne m'empêche pas de dormir et ma vie n'a pas été chamboulée pour autant. Ce qui est plutôt bon signe quand on veut disposer de tous ses moyens face à un adversaire aussi coriace que Sébastien Ogier. Soyez sûr que je ne gamberge pas. Il reste quatre manches à disputer, soit 12 jours de course. Cela fait pas mal de bornes, de virages.

La seule chose qui change c'est que désormais, on doit absolument tenter d'être devant Ogier. Jusqu'ici, on pouvait se permettre de finir parfois derrière lui. Ce n'est plus le cas.

Vous n'avez pas la banane le matin en vous regardant dans la glace ?

J'aurais la banane si j'avais pris plus que 11 points à mon adversaire en Finlande. Ce rallye n'a pas très bien marché pour nous et on n'a pas réellement saisi l'opportunité de frapper un grand coup après l'abandon du pilote Ford. Tant pis, c'est la vie. Depuis des années, nous ne sommes pas extrêmement compétitifs sur le terrain finlandais. L'an passé, nous n'avons pas mené des tests avec la version 2017 de la Hyundai i20. Ce qui nous a sans doute handicapés. Mais la page est tournée. Place au Deutschland Rally.

Vous allez disputer de nouvelles spéciales. Votre avis ?

Elles ne sont pas aussi belles que celles des éditions précédentes. Par ailleurs, je crois que les écarts seront faibles dans les secteurs chronométrés de vendredi. Heureusement, il reste quelques monuments incontournables comme les 42 km de Panzerplatte que nous disputerons samedi à deux reprises.

Un juge de paix que vous appréciez ?

Oui, de nombreux faits de course s'y déroulent souvent. J'aime beaucoup ce tracé particulier dans le camp militaire. Le moindre écart de trajectoire peut vous envoyer rebondir sur une grosse pierre qui sert à délimiter le terrain de jeu des chars. Sur cette spéciale, on a droit à tous les types d'asphalte mais souvent, il est très abrasif. Il faut parvenir à rouler vite tout en gérant ses pneus. Un exercice compliqué.

Votre stratégie ?

Comme d'habitude: essayer de devancer Ogier. A mon avis, il va tout tenter pour remporter cette épreuve. Il a sans mal digéré sa faute au rallye de Finlande. Moi, je vais essayer de prendre le maximum de points. S'il se bat pour la victoire, j'en ferai autant. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que le résultat de ce rallye va conditionner le suivant en Catalogne.

Ici, la météo risque de jouer les trouble-fête...

Tant mieux. Moi, j'apprécie les conditions changeantes. C'est là que le rallye prend toute sa saveur. Notamment dans le choix des pneus. J'ai été formé à l'école des rallyes belges. Les caprices de la météo, on connaît. Cela dit, on prend aussi plus de risques dans ces conditions.

Partir le premier sur la route, ce sera un avantage ou un inconvénient ?

Si la pluie est de la partie, ce sera un avantage. En plongeant dans les cordes, je vais salir la route pour mes adversaires. Si le bitume reste sec, cet avantage sera moindre.

Comment se sont passés vos essais ?

Très bien ! Deux jours de tests pendant lesquels nous avons eu droit à tous les caprices de la météo. De quoi mettre parfaitement au point la voiture.

Votre équipier Dani Sordo, très rapide lui aussi sur l'asphalte, va-t-il vous aider ?

Je n'en sais rien. A mon avis, Dani va faire sa course et on fera les comptes en vue de l'arrivée. Dans un monde idéal, je ne serais pas contre le fait qu'il se place entre moi et Ogier.

Et s'il est devant vous, devra-t-il vous laisser passer ?

Ce n'est pas à moi qu'il faut poser cette question mais à Michel Nandan, le patron du team.

Qu'est-ce qui va décider que la couronne ira chez vous ou chez Ogier ?

ça ne va pas se jouer au mental. A mon avis, ce sera sur des erreurs que l'un commettra plus que l'autre.

Comment expliquez-vous que votre rival a seulement signé 14 meilleurs temps cette saison alors qu'il compte quatre titres mondiaux ?

Cette année, Seb n'évolue pas du tout dans le même contexte qu'à l'époque VW. Dans le team allemand, il était le fer de lance, le leader incontesté. C'est autour de lui que s'est bâtie l'équipe et c'est aussi autour de lui que s'est construite la VW Polo WRC. Cette saison, il évolue sur une voiture qu'il n'a absolument pas développée. C'est aussi un team privé avec des moyens fort différents.

Vous en revanche, ça marche: 41 meilleurs temps jusqu'à présent...

C'est logique: c'est la première fois depuis 2013 que je dispose d'une voiture aussi compétitive.

Vous disposez de la meilleure voiture du plateau 2017 ?

Non. Si c'était le cas, la Hyundai s'imposerait partout. On a vu qu'en Finlande, d'autres WRC nous étaient supérieures. Mais depuis son engagement en mondial, la i20 est très rapide sur ce terrain. C'est d'ailleurs en Allemagne - mais aussi en Pologne - que nous étions les plus proches des VW par le passé. En résumé, ce n'est pas la meilleure WRC actuelle mais la plus efficace. Sur le terrain allemand, je crois que la voiture la plus redoutable sera la Citroën C3.

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