Publié le Samedi 9 Septembre 2017 à

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L'école des devoirs mise sur le « vivre ensemble »

Laurence Briquet

Lire aussi : Un lieu de vie important pour de nombreux adultes volontaires

En région liégeoise, l’école des devoirs, créée par Latitude Jeunes, accueille des enfants pour les aider dans leur apprentissage scolaire. En plus de permettre aux parents de tisser des liens, cette école des devoirs permet aussi aux enfants, bien souvent en échec scolaire, de reprendre confiance en eux et en l’institution scolaire.

Au début des années 90, Latitude Jeunes (qui s’appelait alors Ampli Junior) a ouvert une première école des devoirs, à Chênée, en région liégeoise. Puis, une autre dans le quartier du Longdoz et à Liège-Xhovémont. Les enfants du primaire y viennent pour un soutien aux devoirs tous les lundis, mardis, jeudis et vendredis. Les mercredis sont consacrés à des sorties ludiques, culturelles, sportives et récréatives.

« Les enfants fréquentant l’école des devoirs sont des enfants du quartier pour la plupart », explique Véronique Fagan, coordinatrice service accueil extra-scolaire Latitude Jeunes-Réseau Solidaris-Liège. « Une école de devoirs est donc un lieu important en termes de cohésion d’un quartier. C’est aussi un lieu de rencontre des publics d’un même quartier. Les parents et fratries qui vivent pourtant au sein d’un même quartier ne se connaissent pas pour la plupart avant de nous confier leurs enfants. Le fait qu’ils viennent chaque jour à l’école des devoirs permet à ces familles de se rencontrer entre elles mais aussi de rencontrer les travailleurs de Latitude Jeunes et les volontaires qui travaillent avec leurs enfants chaque jour », ajoute-t-elle.

LE REGARD DE L’EXTERIEUR

Notons que les écoles de devoirs fonctionnent en plus en tant que promoteurs et/ou partenaires de Projets Citoyens, ce qui fait que ces familles sont, petit à petit, emmenées dans cette dynamique de projets et amenées à être acteurs de ces projets. « Tout ce travail de prise sur leur environnement immédiat et sur leur rôle de citoyens actifs, la valorisation de leurs compétences à eux aussi en tant qu’habitants des quartiers, tout cet accompagnement et cette collaboration sont importants également dans le regard qu’ils posent sur eux et dans le regard que l’extérieur pose sur eux », note encore la coordinatrice.

Comment ça marche sur le terrain ? Les écoles de devoirs sont, depuis 2004, régies par un décret spécifique qui impose des fonctionnements précis. Elles sont agrées, contrôlées et éventuellement subsidiées par l’O.N.E. Concrètement, une école de devoirs doit soutenir les enfants dans la réalisation de leurs devoirs du lendemain et des ateliers divers doivent ensuite être mis en place et proposés aux enfants.

EN ECHEC SCOLAIRE

Au travers de ces ateliers créatifs, sportifs, ludiques, artistiques, l’objectif est de valoriser les compétences autres que scolaires, des enfants. Il s’agit de leur faire prendre conscience qu’ils ont beaucoup de compétences, de connaissances. La plupart des enfants fréquentant les écoles de devoirs sont souvent en situation d’échec scolaire et en déficit de la langue française. Ils proviennent de l’immigration pour la majeure partie, sont issus d’un milieu très défavorisé économiquement, socialement, culturellement.

« Ces enfants sont souvent en échec scolaire dans beaucoup de matières scolaires et sont souvent les enfants qui « posent problème » dans un contexte scolaire : problèmes avec les règles et consignes, problèmes de sociabilisation et avec les concepts de collectivité et de vivre ensemble », ajoute Véronique Fagan. « En mettant en place des ateliers après les devoirs, en travaillant en projet, les équipes EDD font le pari de valoriser les enfants dans ce qu’ils sont et ce qu’ils sont capables de faire. Lorsqu’un enfant est valorisé dans ses autres compétences, les résultats scolaires suivent généralement. C’est l’effet « boule de neige » ».

GOUTERS SANTE OFFERTS

A l’école des devoirs, l’accent est également beaucoup mis sur le « vivre ensemble », sur la responsabilisation de chacun dans le fonctionnement du lieu. Les enfants participent aux différents entretiens des locaux et du matériel qu’ils utilisent; les goûters santé offerts chaque jour aux enfants sont pris ensemble et sont l’opportunité d’être accueillis, de raconter sa journée passée, de retrouver les autres enfants de l’école des devoirs ainsi que les encadrants avant de partir en « travail des devoirs ». -

Un lieu de vie important pour de nombreux adultes volontaires

Parler d’une école des devoirs ne peut faire l’impasse sur le rôle essentiel de l’équipe des volontaires qui, chaque jour, s’investit et s’implique avec pour but de faire avancer les enfants, de les valoriser dans leurs comportements, leurs actions, leurs compétences et leurs savoirs. Une école des devoirs est un lieu de vie important également pour ces nombreux adultes volontaires.

« Ces personnes sont, elles aussi, pour certains, parfois en décrochage social. Elles viennent aussi chercher une valorisation de leur personne et de leurs compétences variées et multiples qui ne sont plus reconnues dans un emploi, soit perdu soit pas encore trouvé pour les plus jeunes », précise Véronique Fagan.

L’équipe encadrante est très riche car pluridisciplinaire, multiculturelle, mixte de genres, intergénérationnelle. Toute compétence d’un volontaire sera utile en école des devoirs : la langue d’origine qui permettra de comprendre les familles qui ne parlent que le turc, l’arabe, le russe; un savoir-faire pour un des ateliers mis en place.... tout sera l’opportunité à mettre les enfants en ateliers éducatifs et de plaisir.

DECISIONS EN EQUIPE

Des difficultés, il y en a bien évidemment pour les écoles de devoirs. Cela concerne essentiellement les moyens humains et embauchés sous contrats, les locaux pour accueillir les enfants dans de bonnes conditions, des espaces extérieurs ou des salles de sport; le matériel pédagogique, ludique, le matériel pour les ateliers créatifs... « Tout manque en école des devoirs », poursuit la responsable. « Les équipes sont très créatives et font des exploits avec deux bouts de ficelle, du matériel de récupération... ». Malgré cela, tout un travail est fait, au quotidien, pour véhiculer des valeurs liées à la citoyenneté, au respect de l’environnement, des différences, du non-sexisme, de l’intégration...

ENFANTS MIGRANTS DEMANDEURS D’ASILE

Notons enfin qu’étant donné que la scolarité est un des rares droits de l’enfant reconnu sans discrimination, les écoles de devoirs accueillent des enfants migrants demandeurs d’asile. « C’est important pour ces enfants qui ne peuvent bénéficier d’aucune condition de vie décente et appropriée à leur personne d’enfant. Dans une école de devoirs, ils peuvent avoir une vie sociale, exister simplement en tant qu’enfant, être abordé en tant qu’humain ayant une histoire semée de moments inhérents à chaque vie de chaque enfant: des moments de peur, de joie, de peines, de besoins à combler, d’amitiés à construire, de place à prendre et à donner... juste une vie d’enfant, un court instant avant de retourner dans la clandestinité et l’anonymat. Ce sont toujours des rencontres qui comptent pour les enfants qui peuvent vivre au grand jour... », ajoute la coordinatrice. -

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