Publié le Mardi 3 Octobre 2017 à

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Mort de Michel Jouvet, père du sommeil paradoxal et scientifique du rêve

Afp

Le neurobiologiste Michel Jouvet, pionnier de la médecine du sommeil et auteur du concept de «sommeil paradoxal», lors duquel ont lieu les rêves, est décédé dans la nuit de lundi à mardi à l’âge de 91 ans à Villeurbanne (Rhône), a annoncé sa famille mardi à l’AFP.

PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP

La découverte en 1959 du «sommeil paradoxal», sorte de troisième état du cerveau, avait ouvert la porte sur un domaine entièrement nouveau puisque auparavant, seuls deux états étaient censés exister, le sommeil et l’éveil.

Le prix Nobel de médecine décerné lundi a couronné un domaine de recherche proche de celui de Michel Jouvet: il a été attribué à trois généticiens américains spécialistes de l’horloge biologique et de l’adaptation du corps au cycle du jour et de la nuit.

Michel Jouvet, qui a longtemps dirigé un laboratoire de l’Inserm à Lyon, «était toujours à l’affût des nouvelles recherches, même s’il était très fatigué depuis un an», a déclaré à l’AFP son fils, Philippe Jouvet.

Interne en neurologie à Lyon dans les années 50, il séjourne aux Etats-Unis pour se former et débute ses recherches sur le sommeil. Il étudie l’activité cérébrale d’animaux durant l’éveil et le sommeil, en leur plaçant des électrodes.

«Je me suis rapidement rendu compte qu’il y avait, à côté des phases de sommeil dit lent (déjà décrit),des périodes d’activité rapide qui ressemblaient à l’éveil alors que l’animal ne semblait pas éveillé», racontait-il au Point en 2014.

Cet état s’accompagne toutefois d’une absence de tonus musculaire: «c’était donc différent de l’éveil, malgré la présence de mouvements oculaires. C’est pourquoi j’ai parlé de sommeil paradoxal. Et on s’est très vite aperçu que cela correspondait au moment des rêves».

Différents stades

En 1961, il établit la classification du sommeil en différents stades: sommeil lent («télencéphalique», caractérisé par des ondes lentes sur les tracés d’électroencéphalographie) et sommeil paradoxal («rhombencéphalique»), durant lequel sont enregistrés des mouvements oculaires rapides (d’où son nom en anglais de REM-sleep, REM pour «rapid eye movements»).

Ces mouvements oculaires rapides durant une phase bien précise du sommeil avaient été découverts dès 1953 par les Américains Nathaniel Kleitman et Eugene Aserinski, les précurseurs dans ce domaine. Michel Jouvet a marché dans leurs pas.

«Il a mis en évidence le fait que cet état était associé à une atonie musculaire et l’a différencié du sommeil lent en montrant que c’était un état en soi. Et c’est lui qui a nommé le sommeil paradoxal», a indiqué à l’AFP Pierre-Hervé Luppi, l’un de ses successeurs au sein du Centre de recherche en neurosciences de Lyon.

«Au niveau mondial, il fait partie des très grands, des monuments (de la recherche sur le sommeil), avec Kleitman et Aserinsky et un autre Américain, William C. Dement», a-t-il poursuivi.

Michel Jouvet est également l’un des scientifiques à l’origine du concept de «mort cérébrale», dont il avait décrit les signes électroencéphalographiques en 1959.

Il avait par ailleurs découvert les propriétés anti-sommeil d’une molécule, le modafinil.

«Elle reste aujourd’hui la plus efficace pour traiter l’hypersomnie et la narcolepsie, deux pathologies du sommeil très invalidantes», rappelle l’Inserm sur son site internet.

La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal a «salué la mémoire de cet éminent scientifique qui aura fait avancer la science et rayonner la France».

Médaille d’or du CNRS, Michel Jouvet, qui aurait eu 92 ans le 16 novembre, avait publié plusieurs livres sur le sommeil et les rêves.

Natif de Lons-le-Saunier, cet ancien résistant dans les maquis du Jura avait quatre enfants et cinq petits-enfants.

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