Publié le Dimanche 29 Octobre 2017 à

Culture > Cinéma

Paolo Taviani : «Il faut enseigner le fascisme dans les écoles»

André CEUTERICK au Festival de Rome

C’est sans son frère Vittorio que Paolo Taviani a présenté leur nouveau film au festival de Rome : "Une question privée ". Comme d'habitude, les deux frères ont écrit ensemble ce nouvel opus dont Vittorio a dû laisser la réalisation à Paolo, à cause d'une santé un peu défaillante.

Leur film est l'adaptation du roman éponyme de Beppe Fenoglio qui raconte l'histoire de trois jeunes gens qui se sont rencontrés pendant l'été 1943. Milton, pensif et réservé et Giorgio, beau et extraverti, étaient secrètement amoureux de la belle Fulvia qui jouait avec leurs sentiments. Un an plus tard, Milton, devenu partisan, revient à la villa fermée désormais et retrouve la gardienne qui lui laisse entendre que Fulvia et Giorgio avaient une relation intime. Troublé par le doute, secoué par la jalousie, Milton veut connaitre la vérité à tout prix ...

Les Taviani évoquent ici le drame d'amour personnel, à la fois innocent et coupable, d' un homme qui perd le sens même de son devoir : là où le destin particulier se confond avec celui de tout un peuple.

UNE HISTOIRE D'AMOUR UNIVERSELLE

Comment définiriez vous votre film : une histoire d'amour ? Un film sur la résistance ?

Paolo Taviani : «C'est une histoire d'amour en contradiction avec le moment historique où elle se produit, le climat de violence des hommes qui se combattent et se tuent. L horreur de la guerre se développe parallèlement à la course effrénée de Milton vers la vérité . Cette "folie amoureuse" lui fait oublier la Résistance qui l'a conduit dans les montagnes pour combattre le fascisme.»

On retrouve ici l'archétype universel du triangle amoureux ?

«Oui, on n'a rien inventé. Pour nous, le "mythe de l'originalité" n'existe pas. On copie toujours ce qu'on a vu, lu ou appris en essayant de raconter différemment les mêmes histoires. Parfois mieux que les autres si on a de la chance. A partir de cette structure ancienne et universelle, nous avons voulu inventer de nouveaux personnages et exprimer des sentiments que nous n'avions pas encore traités au cinéma.»

LE FASCISME ? TOUJOURS ET ENCORE

Le fascisme est très présent dans le film ?

«Oui, il est important aujourd'hui de reparler du fascisme, de le remettre à l'écran. Actuellement, le fascisme refait surface et tente à nouveau de s'imposer. En Italie, comme ailleurs en Europe, on a tendance à nier le passé et on fait semblant de ne pas savoir, pire encore de ne pas se souvenir. Les trois principaux comédiens du film n'ont pas connu le fascisme et j'ai été étonné de leur niveau d'ignorance à ce sujet. Ils ont lu, se sont informés, ont été sensibilisés et se sont montrés très concernés

C'est pourtant une page essentielle de l'Histoire ?

«Oui, mais on n’en parle plus ou très peu dans les écoles. C'est pourtant là qu'il faut agir. Il faut enseigner le fascisme comme on apprend l'anglais et faire réfléchir les jeunes sur ce qu' il fut (ce qu'il est) et sur les conséquences qu'il peut avoir sur leur vie et leur avenir. Aujourd'hui, ils manquent de valeurs, de références et ne savent pas très bien pourquoi lutter et comment s'engager pour la défense d'un idéal. En cela l'éducation est fondamentale. A travers ce film, j'ai envie de leur dire : « Je sais que les choses peuvent changer parce que je l'ai vécu ».

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