Publié le Dimanche 7 Janvier 2018 à

Culture > Musique

La dernière interview belge de France Gall: «On ne veut jamais me laisser seule. Tout le monde est toujours inquiet»

Ch.V.

Il y a deux ans et demi, à l’heure de présenter sa très inspirée comédie musicale, « Résiste », France Gall retrouvait la presse belge. 22 ans qu’elle ne s’était plus adressée à nos médias ! C’est dire combien le privilège était grand et l’occasion belle de passer une partie de l’après-midi en sa compagnie, dans un grand hôtel de la capitale française.

AFP

L’icône est apparue lunettes fumées sur le nez et sourire gourmand devant les petits gâteaux préparés en son honneur. Son bonheur de pouvoir évoquer la comédie musicale portant sur l’œuvre de Michel Berger n’était pas feint. Elle le répétait à l’envi : « Je n’ai jamais été aussi heureuse. Maintenant, je suis délestée de tout… » Elle avait l’enthousiasme des « débutantes »…

Pas cool

Débutante, elle ne l’était pourtant vraiment pas. France Gall confiait être beaucoup moins cool dans le travail qu’elle n’en avait l’air. « Je suis difficile ! Mais parce que je suis difficile avec moi-même d’abord ! » Michel Berger n’avait pas trop de souci à se faire avec elle. « Michel n’était pas difficile avec moi. J’imagine qu’il obtenait ce qu’il voulait ! C’est vrai que j’ai chanté très, très naturellement sa musique tout au long de sa vie sans avoir besoin de répéter ou quoi que ce soit. Il jouait la mélodie, je chantais et c’était bon en une prise. Mais ça, c’est particulier, parce que je sens sa musique. Je sais groover, je sens les rythmes, je suis une chanteuse rythmique et elles sont rares. Françoise (Hardy), c’était son grand drame de ne pas savoir chanter rythmiquement. C’est pour ça que Michel n’aurait jamais pu faire avec elle ce qu’il a fait avec moi en fait. Mais il ne me faisait jamais de compliments. Je ne me souviens pas qu’il ait dit un jour : « c’est bien ». Comme il disait que ce n’était pas bien, c’était une perte de temps. Quand on chante « Tout pour la musique », à la fin en se répondant l’un l’autre, ça coule tellement de source… On passait des heures comme ça à chanter au piano. »

Des souvenirs de carrière, de vie à deux avec Michel Berger, France Gall aurait pu nous en raconter à la pelle, sans jamais verser dans trop de nostalgie. Il y a ce jour où, nous confiera-elle quelques instants plus tard, pleine de tendresse, lors d’un entretien plus « privé », Michel Berger a composé « Cézanne peint ». « J’étais tellement émue ! Dans cette chanson, y’a pas un mot de trop… »

France Gall nous apprendra aussi « adorer la solitude », la rechercher. Mais « mais ça ne m’arrive jamais ! Parce qu’on ne veut jamais me laisser seule. Tout le monde est toujours inquiet. » Inquiet de quoi ? « Je ne sais pas… Qu’il m’arrive quelque chose. Mais moi-même je n’aime pas sortir seule. Je n’ai pas l’habitude de marcher toute seule. Être toute seule chez soi, c’est différent. Dans la rue, les gens me reconnaissent et ça change tout. On ne sait jamais ce qui peut se passer, je me sens un peu perdue, seule dans la rue ! »

Quelques mois plus tard, France Gall prendra la route pour Bruxelles. En avril 2016, sa comédie musicale, « Résiste » triomphait sur la scène du Palais 12 du Heysel. Ce soir-là, elle est montée sur scène en signe de « résistance » après les attentats qui venaient de frapper notre capitale. Pour le souvenir aussi, un de plus, de ses « premiers pas sur scène à 16 ans à Bruxelles », dira-t-elle. Prolongeant ainsi sa « love story avec la Belgique » avant de s’éteindre ce dimanche 7 janvier 2018.

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