Publié le Mardi 9 Janvier 2018 à

Sports > Moteurs > Endurance

Bruno Famin, directeur de Peugeot: «Interdire les cartes sur le Dakar, c'est incohérent»

Sébastien Close

Bruno Famin, le directeur de Peugeot qui brille au Dakar, veut une réglementation plus claire...

Le sable a cette propension à maltraiter les certitudes. La trace du jour est éphémère, la bourrasque a tôt fait de la réduire au souvenir. Un peu comme ce classement du Dakar qui impose une certaine humilité, peut en un jour transformer les larmes de joie en rivières de désespoir. Du coup, chez Peugeot, l’optimisme colle aux carrosseries bariolées des 3008 après ce bon début d’épreuve mais pas question de verser dans l’exubérance. «  On redoute les cinq premières étapes  », explique depuis le Pérou Bruno Famin, directeur de Peugeot Sport, durant la quatrième levée, une boucle autour de San Juan de Marcona. «  Beaucoup de sable, de dunes… Mais jusqu’à présent, on est pas mal. On l’a joué stratégique dans la première étape en la sacrifiant et ça a payé. Lapalissade, certes, mais c’est le genre d’endroit où on ne peut pas spécialement gagner le Dakar mais on peut certainement le perdre.  » Stéphane Peterhansel mène les débats, deux autres Lionnes (Loeb et Sainz) sont aux avant-postes, mais Cyril Despres a dès ce mardi dit adieu à la victoire finale, après avoir arraché une roue arrière et endommagé la suspension de son bolide. Sébastien Loeb ? Ça roule, merci pour lui. «  Malgré un terrain qui ne lui est pas favorable, il est dans le match  », reprend l’homme fort de la marque française. Du coup, malgré ce diable de Nasser al-Attiyah et sa Toyota d’usine (belge), si les bolides hexagonaux squattent les premières places du classement à portée de roues de Cordoba, est-il inenvisageable d’esquisser une once de fragment d’idée de tactique d’équipe qui permettrait au nonuple champion du monde des rallyes de claquer sa première traversée du désert ? «  Il n’y a aucun plan, aucune tactique qui irait en ce sens. Ma seule consigne, c’est que nos équipages fassent une course intelligente. Après, si comme l’année dernière, nous avons une position robuste avec trois voitures en tête, ils pourront se battre jusqu’au bout. Même si les deux premiers s’éliminent, au grand pire, il reste toujours le troisième. Par contre, si notre position est plus tendue et que nous sommes malmenés, alors oui, il y aura une consigne pour assurer le sacre. L’important, c’est la victoire finale. En aucun cas on ne privilégiera Sébastien. Le reste, ce sont des problèmes de riche. Et ce genre de problèmes, c’est facile à régler. Mais bon, la route jusqu’à… Dakar est encore longue  », s’amuse le directeur, tout en coupant quelques secondes pour s’assurer de la bonne évolution de ses troupes sur ce tracé ensablé.

Pas de smartphone

Le tracé, justement. Le Dakar, par ses caractéristiques, allie maîtrise du volant et fine science de la navigation. Soit la grammaire même de la discipline. Mais la réglementation en la matière est assez particulière, ce qui laisse entrevoir certains doutes, des suspicions (Voir nos éditions de samedi). Les… cartes old school, version papier, sont par exemple interdites. «  La réglementation actuelle ne les autorise pas alors que cela fait pourtant partie intégrante de notre discipline  », reprend Bruno Famin. «  Le road-book fourni par l’organisation ne suffit pas dès qu’on s’éloigne de la trace. Pareil pour les GPS. Ceux fournis par l’organisation servent à vérifier les check-points, pas à aider les équipages. Et les autres sont interdits. Le problème dans tout ça, c’est que je n’ai jamais vu le moindre contrôle pour vérifier si un mec n’avait pas planqué un GPS dans sa bagnole. Du coup, on crée des conditions propices à la suspicion. Et, possiblement, à la tricherie. Chacun jette un œil sur les trajectoires de l’autre. Et c’est vrai que parfois, il y a des choses, disons, surprenantes… Il est temps d’avoir une véritable législation en la matière.  » Sur ce point, le Dakar peine-t-il à vivre avec son temps ? Peut-être tant la situation sur les téléphones portables est particulièrement ubuesque. «  À l’inverse des autres, la vingtaine de pilotes de pointe n’a pas le droit d’en avoir dans l’habitacle. Où plutôt, ils peuvent en posséder un mais sans application de navigation… ce qui paraît assez compliqué vu que le moindre smartphone est aujourd’hui équipé d’un GPS. Et, une nouvelle fois, il n’y a aucun contrôle. Donc oui, il y a probablement de la triche, j’en suis convaincu. Mais il y a surtout un règlement qui est incohérent. Et la solution du « vous allez vous surveiller les uns les autres » n’aide pas à tuer la suspicion…  » Il est temps, sur le coup, que le Dakar fasse sa trace.

Faites de sudinfo.be la page d'accueil de votre navigateur. C'est facile. Cliquez-ici.

Nos partenaires vous proposent