Publié le Jeudi 11 Janvier 2018 à

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Alcool, drogue, vitesse: il tue Nadège mais pourrait bénéficier du sursis, la famille de la jeune étudiante sous le choc (vidéo)

Allison Mazzoccato

Lire aussi : La famille de Nadège sous le choc: «Ma fille a vu la mort en face»

Jérôme est face à la justice pour avoir fauché mortellement Nadège Abbate, à Seraing, en février 2015. Malgré l’alcool, le cannabis et la vitesse excessive, le jeune homme, via son avocat, a évoqué les mauvaises conditions climatiques pour expliquer la perte de contrôle du véhicule. Jérôme risque trois ans de prison, et le parquet a précisé qu’il était dans les conditions du sursis probatoire. Trop peu pour les familles, sous le choc.

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Nadège avait 23 ans au moment de l’accident. Jérôme risque du sursis!

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Nadège avait 23 ans au moment de l’accident. Jérôme risque du sursis!

Dans la nuit du 20 au 21 février 2015, Nadège Abbate, 23 ans, a été fauchée mortellement par Jérôme Gysen alors qu’elle attendait son bus rue de Tavier, à Seraing. Le procès s’est ouvert ce mercredi matin devant le tribunal de police de Liège. Jérôme a été entendu sur les faits et sur certains éléments du dossier.

Il a nié avoir consommé du cannabis le jour même de l’accident. La présence de la substance dans son sang remonterait, selon lui, à «  au moins la veille  ». Il a également indiqué que le sol était glissant ce soir-là, et que cet élément explique la perte de contrôle. Pour rappel, le Liégeois, âgé de 29 ans à l’époque, a fait un « tout-droit » sur Nadège alors qu’il abordait un léger virage rue de Tavier. La Serésienne se trouvait sur le trottoir, à l’arrêt de bus, et a été percutée de plein fouet. Elle est décédée sur place.

Comme le tribunal l’a rappelé, Jérôme Gysen est récidiviste. Quelques années avant le drame de Seraing, le jeune conducteur avait déjà commis un accident alors qu’il se trouvait dans un état qui ne lui permettait pas de reprendre le volant. Cette fois-là, seul Jérôme avait été grièvement blessé.

Jean-Paul Reynders, avocat du prévenu, a demandé qu’une peine de travail soit prononcée. Il décrit l’état de la route le jour des faits : «  Une route humide. Il y avait des flaques et la pluie était continue. Mon client n’était pas en état d’ivresse, mais en imprégnation alcoolique et roulait à 40km/h lors de l’impact (sa vitesse avant l’accident était par contre supérieure à la limite autorisée de 50km/h, NDLR). À tout le moins, il y a un doute entre l’accident et la prise d’alcool et de stupéfiants. »

1,29 gr d’alcool

Une plaidoirie qui n’est pas suivie par le parquet. Ludivine Fossoul, substitut du procureur du Roi, a précisé que la route n’était pas verglacée. Elle a également expliqué, avec beaucoup de pédagogie, que «  même à jeun, on peut être un danger. Raison pour laquelle le législateur a formulé une interdiction d’aggraver le danger. Vous, Monsieur Gysen, vous faites une double aggravation : l’alcool, puisque vous avez plus du double du taux autorisé (1,29 au lieu de 0.50 gr d’alcool dans le sang, NDLR), et les stupéfiants, que vous consommez régulièrement. L’accident s’est produit car tout ceci était cumulé. »

Des regrets à la fin

La magistrate a demandé qu’une peine de trois ans de prison soit prononcée. Elle n’est pas opposée à un sursis probatoire. Si elle est suivie, Jérôme Gysen devra également faire du bénévolat dans une ASBL de prévention routière. Elle a aussi demandé qu’une déchéance du permis de conduire de trois ans soit imposée, avec l’obligation de repasser tous les examens.

Les parties civiles ont mal vécu l’absence de regrets – finalement formulés en fin d’audience – et ont insisté sur la douleur des familles. Jugement le 20 février.

La famille de Nadège sous le choc: «Ma fille a vu la mort en face»

La peine demandée par le parquet de police a été jugée trop clémente par une partie de la famille de Nadège. Qui a d’ailleurs quitté la salle d’audience, invitée par la police après avoir ouvertement fait part de son mécontentement. En amont, la substitut Ludivine Fossoul avait pourtant expliqué «  qu’aucune peine ne serait assez grande pour les parties civiles  » et que le rôle de la justice «  humaine  » était de «  punir et empêcher que ça se reproduise  ».

La maman de Nadège n’a pas souhaité s’exprimer. Sandra Berbuto, son avocate, a indiqué que sa cliente regrettait qu’il n’y ait pas de «  vrais regrets avec une vraie prise de conscience. Est-ce que monsieur se rend compte qu’une jeune fille est morte ? À jeun et à 50km/h, tout ceci ne serait pas arrivé.  »

Santo, le papa, a pu prendre la parole. Il a expliqué multiplier les cauchemars depuis cette terrible nuit de février 2015. «  Ma fille a vu la mort en face. Tous les jours, je dois vivre avec ça, avec cette image. Je ne vis pas, je survis.  »

Lillo, le parrain de la jeune femme et frère du papa, a demandé qu’une peine exemplaire soit prononcée. «  Que faites-vous pour nous protéger ?  », a-t-il demandé au tribunal. «  Combien de parents ont vécu ce drame ? Combien vont encore devoir le vivre ? Notre vie est brisée, mais vous avez le moyen d’en sauver d’autres. Ne les déresponsabilisez plus. J’ai dû annoncer à mon frère que sa fille était morte car la police ne parvenait pas à le joindre. Je n’étais pas près de lui. J’entends encore mon GSM sonner en pleine nuit…  »

Laurence Burton, avocate du papa et du parrain, a également regretté l’absence de prise de conscience. «  Les excuses ne sortent même pas. Elles ne vont pas apaiser la peine des familles, mais ça aurait été un geste…  » Des excuses qui, rappelons-le, sont arrivées en fin d’audience.

A.MA

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