Publié le Vendredi 12 Janvier 2018 à

Culture > Médias

Jean-Claude Marcourt et Isabelle Simonis réagissent au débat sur le viol chez Benjamin Maréchal: «Ce n'est pas la première fois qu'il y a des dérives dans cette émission»

Guillaume Pavoncelli

Le débat proposé ce vendredi matin dans l’émission « C’est vous qui le dites » continue de faire des vagues. Un débat qui a choqué de nombreux internautes et qui provoque la colère de Jean-Claude Marcourt et d’Isabelle Simonis. Contactés par nos soins, les deux ministres réagissent.

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« Est-il possible pour une femme de jouir lorsqu’elle est victime d’un viol ? » Voilà en substance le débat proposé ce vendredi matin sur VivaCité, radio généraliste de la RTBF. Une thématique choc qu’avait décidé de proposer aux auditeurs Benjamin Maréchal, dans son émission « C’est vous qui le dites », pour qu’ils réagissent aux propos de Brigitte Lahaie. L’ancienne actrice de films X avait déclaré mercredi, sur les ondes de BFM TV, qu’il est possible pour une femme « de jouir lorsqu’elle est victime d’un viol ».

Si elle s’est depuis excusée pour ses propos, l’animateur de la RTBF est lui, désormais, au centre des critiques. Pour certains auditeurs, ce débat est le « dérapage de trop » pour Benjamin Maréchal. Le ministre des Médias en Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Claude Marcourt (PS), a directement annoncé son intention d’interpeller l’administrateur-général de la RTBF, Jean-Paul Philippot.

Marcourt : « l’émission dépasse les bornes »

Contacté par téléphone, celui-ci estime que l’émission du jour «  dépasse les bornes  » : «  De quoi parle-t-on ? On parle des violences contre les femmes et puis, on en arrive à ça  ». Si bien qu’aujourd’hui, celui-ci a décidé de réagir car « ce n’est pas la première fois que l’on m’interpelle au sujet de Monsieur Maréchal. Ce sont des sujets extrêmement sensibles : la violence faite aux femmes, leur place dans la société… On ne peut pas plaisanter de tout. Et ici, j’estime qu’il y a une dérive ».

Ministre des Médias en Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Claude Marcourt a la tutelle de la RTBF. Dès lors, on peut se demander si un ministre qui se positionne de la sorte ne dépasse son devoir de réserve en interpellant de façon directe l’administrateur-général de la RTBF sur le contenu d’une émission. « Si je dois me taire sur un sujet qui me dérange ? », explique-t-il avant de poursuivre. « Ce n’est pas la première fois qu’il y a des dérives avec cette émission. Il est donc normal que je réagisse ! Mon intention n’est pas d’être un « ministre de l’information »… Mais je suis ministre des Médias. Dès lors, un ministre a le droit de dire que cela était inapproprié ».

Jean-Claude Marcourt insiste donc sur le fait qu’il ne fera qu’interpeller l’administrateur-général de la RTBF. « Ensuite, à lui de voir avec son conseil d’administration ce qu’il compte faire », conclut-il.

Isabelle Simonis : « On dépasse l’entendement ! »

Également contactée, la ministre des Droits des femmes en Fédération Wallonie-Bruxelles, Isabelle Simonis (PS), est « vraiment heurtée » par l’émission de ce matin : « La question et la manière dont le débat a été posé banalisent complètement le viol, qui est un crime. Une terrible agression sexuelle. De prendre cette question et d’y associer la notion de plaisir, je trouve que l’on dépasse l’entendement ».

C’est pourquoi elle a aussi décidé d’interpeller l’administrateur-général de la RTBF pour qu’il « prenne la mesure de la question des violences sexuelles, en particulier du viol, et qu’il décide, avec le conseil d’administration, des suites qui sont à donner à cette question, par rapport à cette émission et à la manière dont le sujet a été traité. Mais ce n’est pas à moi à prendre cette décision mais bien à la RTBF. C’est la raison pour laquelle je vais juste l’interpeller et lui demander qu’il puisse réagir de la manière la plus opportune qui soit. »

Pour le CDH, « Benjamin Maréchal n’a pas sa place sur les ondes du service public »

Les deux ministres ne sont pas les seuls à réagir. Le CDH s’est aussi exprimé, par voie de communiqué. Le parti « exige des conclusions et des actes » concernant l’émission de Benjamin Maréchal. «  Benjamin Maréchal poursuit son parcours dans le non-respect de la personne humaine et de l’indignité. Aujourd’hui, il franchit une étape supplémentaire, celle de la violence symbolique la plus abjecte imposée sur les ondes du service public aux victimes de viol. La RTBF ne mérite pas cette ignominie. »

Pour autant, le CDH a décidé de ne pas interpeller le Ministre des Médias de la Fédération Wallonie-Bruxelles comme il a pu le faire à plusieurs reprises dans le passé. « Force est de constater que ces interpellations n’ont aucunement modifié la situation », écrit le parti. « Aujourd’hui, après avoir demandé en novembre une réflexion de la part de la RTBF au sujet de Benjamin Maréchal et de son émission, le groupe cdH au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles exige des conclusions et des actes. »

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