Publié le Samedi 26 Mai 2012 à

Culture > Cinéma

Festival de Cannes: un "grand soir" presque apocalyptique

Au Festival de Cannes, André Ceuterick

Le duo Kerven Delépine a encore frappé ! En plein festival de Cannes cette fois et même en direct sur les plateaux de télévision et devant les objectifs des photographes du monde entier ! Pire, ils étaient accompagnés d’un autre couple infernal : Albert Dupontel – Benoît Poelvoorde, les deux frères frappa-dingues du film: "Le grand soir" qui, à tous égards, fit hurler le festival.

AFP

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Pendant deux jours, de l’aube à la nuit, ce fut l’heure du « Grand Soir » au Festival de Cannes ! On les a rencontrés tous les deux, séparément heureusement, l’un s’en est plutôt bien tiré, l’autre était complètement "cuit" !

Vous avez déjà foutu un sacré bordel ici !

Albert Dupontel : "Vous savez, c’est dans l’excitation du moment mais il n’y avait aucune préméditation. C’est Kerven qui a tout déclenché en allant saluer Brad Pitt sur les marches et en faisant des doigts d’honneur à la foule et aux starlettes défilantes. C’était quand même drôle et puis la provocation appartient un peu à notre culture , ce qui me permet de me sentir libre dans un monde où tout le monde s’épie et se surveille. Je m’étais rarement autant amusé en aussi peu de temps, grâce aussi à l’exubérance incroyable de Benoît (Poelvoorde). Mais sans doute sera-ce notre dernière invitation au Festival de Cannes !"

Le tournage était-il aussi délirant ?

A.D. : "Qu’on ne s’y trompe pas. C’est un film très préparé, très construit, avec une part d’invention en life et d’improvisation sur le terrain mais tout est finalement contrôlé et maîtrisé. Il n’y avait que Kerven et Delépine pour accueillir deux acteurs comme nous. Ils ont aussi rendu une âme d’artiste à Benoît qui essaie de s’en débarrasser à tout prix."

Vous êtes-vous impliqué dans le développement du scénario ?

A.D. : "Pas au départ puisque les séquences étaient déjà écrites. Mais on a pu faire des suggestions, des propositions et intervenir directement sur le tournage. Les réalisateurs ont écrit, au départ, le texte pour nous mais ils nous ont aussi permis de nous le rapproprier sur le plateau."

Comment s’est passé le tournage ?

A.D. : "Dans un était de sobriété extraordinaire, sans le moindre excès, sans aucun conflit, dans une bonne entente. A la fin, on a tous pleuré mais on savait qu’on allait se revoir !"

Lors des deux premières projections, le film a eu beaucoup de succès. Et cela devrait se prolonger à la sortie en salle. N’est-ce pas en contradiction avec le sujet proprement dit ?

A.D. : "Non car Kerven et Delépine sont fondamentalement sincères dans ce qu’ils montrent et se qu’ils disent. Aujourd’hui, le problème se situe au niveau de l’évaluation de la valeur d’un film: on s’intéresse aux résultats obtenus non aux moyens mis en oeuvre pour le construire. C ‘est le taux de consommation qui importe avant tout !

Moi, je m’angoisse parce que je veux faire mes propres films "d'auteur", comme on dit. Benoît, lui il s’en fout, il travaille pour l’argent et pratique le système du "jour au lendemain"."

Il y a néanmoins un message assez clair dans le film.

A.D. : "Oon évoque les situations graves du monde actuel avec humour et dérision mais si les clowns eux-mêmes portent le discours, tout est foutu. Le vrai travail de l’artiste consiste à camoufler le propos de base du film et à le rendre +/- souterrain. Il faut distiller le message, non pas de manière découverte mais avec un loup (noir) sur le visage pour éveiller le spectateur."

Une expérience à renouveler ?

A.D. : "Peut-être mais pas tout de suite et pas tous les mois ! Avec Benoît, on risque de crever sans s’en apercevoir !"

 

BENOÎT POLVOORDE: "J'AI PEUR MAIS JE ME SOIGNE!"

Avec Albert Dupontel vous constituez un duo d’acteurs assez infernal.

Benoît Poelvoorde : "Nous on ne compte pas. Vous avez un Matthias Schoenaerts dans « De rouille et d’os », le film d’Audiard. Un acteur belge formidable, un Flamand qui parle le français et aussi l’anglais. Quand Dieu m’a dit : tu veux devenir comédien ? Tu dois choisir entre être acteur populaire ou acteur qui parle anglais. Moi, j’ai voulu être populaire, lui, il a pris pris l’anglais. J’aurais dû faire ça !"

C’est toujours la fête ici !

B.P. : "On s’est bien marré avec Gustave l’autre soir quand il a fait des doigts d’honneur sur le tapis rouge. Frémaux (NDLR : le Directeur Général du Festival) n’a rien dit mais il avait l’air furieux. Brad Pitt a bien rigolé et les autres ne savaient plus quoi faire. Gustave, il n’a peur de rien, moi, je n’aurais pas osé mais j’ai compris l’autre jour quand on m’a dit que « Kerven » signifiait « Che Guévara » en Breton. Sinon, au boit un petit coup de temps en temps (!) Parfois un peu plus ! Pourquoi bois-tu me demande-t-on parfois ? Parce que j’ai peur, tout simplement … mais je me soigne !"

Vous non plus, vous n’avez pas froid aux yeux.

B.P. : "Moi, je me détache de tout et j’en rigole. Une attitude très belge finalement mais il ne faut pas se prendre plus malin qu’on est. Ici, je pense qu’on a assez donné. D’ailleurs, je m’en vais demain (N.LR : c’est à dire aujourd’hui), faut quand même être prudent !"

Vu l’accueil ici à Cannes, le film aura sans doute du succès à sa sortie en salle.

B.P. : "Que cela marche ou pas, je m’en fous. J’avais ce truc dans la tête, je voulais le faire et je me suis éclaté. C’est tout. On fait notre métier et on est bien payé pour ça, donc je vais continuer !"

Il y a plus de 20 ans, vous étiez à Cannes avec "C’est arrivé près de chez vous".

B.P. : "Seulement 20 ans ? Mais que cela me paraît long ! Oui, je me souviens. Cette année là j’ai rencontré ma future femme, Coralie. Je lui disais d’ailleurs l’autre soir : « Cora, c’est vraiment très long, tu ne trouves pas ?! Tout ce temps pour revenir au même endroit et faire les mêmes conneries : finalement rien n’a changé !"

Dans dix ans, vous serez toujours là ?

B.P. : "Cannes n’appartiendra plus aux gens qui font le cinéma mais à ceux qui volent le cinéma : aujourd’hui on est déjà des représentants de commerce et cela va encore s’aggraver !"

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