Publié le Vendredi 25 Mai 2012 à

Culture > Cinéma

Robert Pattinsson : un vampire devenu acteur

André CEUTERICK

Dans « Cosmopolis », la très fidèle adaptation par David Cronenberg (« La Mouche », « Crash », « Existenz », « A history of violence ») du roman sombre et prophétique de Don DeLillo, Robert Pattinson joue le rôle de Eric Packer.
AFP

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Ce super golden boy de la haute finance qui voit son empire s’effondrer sur une seule erreur d’appréciation alors qu’il traverse la ville de New-York en pleine effervescence (déplacement du Président des Etats-Unis à Manhattan, cortège funèbre d’une star de la pop music, incidents de voirie, etc. …) dans sa somptueuse limousine blanche pour … aller se faire une coupe de cheveux chez le coiffeur de son enfance …

Aux antipodes du héros fantastique du phénomène « Twilight », le rôle offert par Cronenberg (qui prenait quand même un certain risque !) à Robert Pattinson le consacre d’emblée comme un acteur capable d’une vraie et intense composition dramatique.

Question : A 26 ans, c’est votre carrière qui (re)commence en quelque sorte ?

Robert Pattinson : Oui, pour un jeune acteur comme moi, c’est génial d’être dans un film d’un maître du 7ème Art comme David Cronenberg. Tourner « Cosmopolis » m’a donné la confiance nécessaire pour m’investir désormais dans des projets qui m’intéressent vraiment, d’autant plus que l’accueil ici à Cannes fut réellement enthousiaste ce qui est très encourageant dans un festival où on considère encore, malgré tout, le cinéma comme un art.

Q. : Comment avez-vous travaillé avec Cronenberg ?

R.P. : Il pratique une méthode de travail assez étonnante mais très efficace : il définit les meilleures prises, s’absente du plateau, visionne directement en life ce qu’on est en train de tourner puis revient pour la séquence suivante.

Q. : Et avec les acteurs ?

R.P. : Il observe et écoute soigneusement les acteurs, sans les assommer de questions et de conseils. Quand moi-même je sentais vibrer en moi quelque chose de particulier, il l’avait déjà détecté : avec lui il faut vraiment être très attentif et ne se relâcher à aucun moment.

Q. : Vous êtes dans toutes les scènes du film qui dépend donc essentiellement de vous. C’est une énorme responsabilité.

R.P. : Au début, j’étais terrifié d’autant plus que Cronenberg ne m’avait pas donné beaucoup d’explications sur le personnage. On a d’abord fait des tests de caméra, j’étais assis dans la limousine, je n’avais rien à faire. Je ne parvenais même pas à bouger ! Progressivement, on a trouvé le rythme et le tournage a « décollé » !

Quelqu’un m’a dit l’autre jour qu’Eric Packer était une sorte de vampire qui sévissait sur Wall Street ! Non, c’est un être humain qui a une fonction sociale importante et qui symbolise le capitalisme en crise. Ce n’est pas un concept abstrait ! « Cosmopolis » n’a rien à voir avec « Twilight ». Je ne suis plus un vampire mais un interprète de chair et d’os, au service d’un réalisateur.

Q. : Comment avez-vous préparé ce rôle ?

R.P. : J’ai beaucoup aimé le scénario très lyrique et avec un rythme tout-à-fait particulier. Le texte de base de Don Delillo est très riche mais aussi très précis, ce qui constitue une certaine facilité pour l’acteur même s’il est difficile à maîtriser. Il ne permet en tout cas aucune improvisation ni le moindre changement au niveau des dialogues qui possèdent une sensibilité très particulière liée au personnage. C’est comme une chanson dont on connaît bien les paroles mais à laquelle il faut donner du corps et du rythme, sans faire intervenir le « moi » ni ma propre subjectivité intellectuelle. D’ailleurs, les acteurs ne sont pas censés être intelligents (rires !).

Q. : Il y a une ou deux scènes de sexe, mais finalement peu « engageantes ».

R.P. : Oui, c’était relativement facile sauf peut-être celle avec la garde du corps (Patricia Mc Kenzie) parce que David voulait absolument qu’on parle et qu’on baise en même temps ! Une double … concentration, en quelque sorte !

Q. : Grâce à « Twilight , on vous a d’emblée identifié comme un wonder boy du cinéma. Vous sentez-vous proche de cet autre golden man ?

R.P. : Il ne s’agit pas d’établir de rapport entre ma vie personnelle et le personnage d’Eric mais le fait qu’il vive en semi claustrophobie dans sa limousine peut me rapprocher de lui comme je ne suis pas quelqu’un de très sociable, d’extraverti. Mais je ne passerais pas ma vie dans cet « aquarium » sur roues qu’il a lui-même créé !

Q. : La page « Twilight » est définitivement tournée.

R.P. : Oui, ici c’est tout autre chose. « Twilight » est une phénomène de mode littéraire et cinématographique, un blockbuster, ce qui importe, c’est le produit lui-même dans lequel les acteurs figurent comme des stars mais ne sont pas vraiment reconnus pour leur performance. Edward Cullen n’est qu’un super héros qui existe en tant que tel. Ici, je suis un vrai comédien dans un grand rôle et je serai jugé sur mes propres valeurs ! Cela me fait peur mais me rend aussi terriblement heureux. Quelle que soit la sentence du public !

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