Publié le Lundi 6 Août 2012 à

Culture > Cinéma

Ornella Muti : la Dernière femme à Locarno

André CEUTERICK

La très belle actrice italienne Ornella Muti, révélée par la “Dernière femme” (1976) de Marco Ferreri est l’une des invitées d’honneur du Festival de Locarno. Nous l’avons rencontrée.
Photonews

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Q : Quel fut votre premier contact avec le cinéma?

R. : J’avais 14 ans (en 1960), je ne pensais pas au cinéma. Je faisais de la danse et je commençais le mannequinat. Lors d’une séance photo pour un magazine, j’ai été remarquée par le réalisateur Damiano Damiani qui m’a proposé un rôle dans son film “ Seule contre la mafia “. Cela a bien marché et j’ai continué. Pour moi, les rencontres professionnelles ont été très importantes car je n’ai pas suivi de cours d’art dramatique et j’ai eu besoin de conseils et de l’expérience des autres. Je n’étais encore qu’une gamine ! Tout cela est arrivé par hasard, de manière extraordinaire mais au début ce n’était qu’un jeu, pas vraiment un choix.

Q : Votre vrai nom est Francesca Romana Rivelli. Comment êtes-vous devenue Ornella Muti?

R. : Sur le tournage du film, Damiano Damiani m’a proposé de trouver un nom plus médiatique, plus marquant ; je voulais au moins garder Francesca mais il m’a finalement convaincue d’être Ornella.

Q : Vous aviez déjà tourné au moins une vingtaine de films avant la “Dernière femme” de Ferreri, pourtant ce fut une assez terrible expérience.

R : Oui, je n’étais pas encore prête pour un tel rôle, Ferreri me brusquait, me secouait, exploitait mes fragilités. Il n’y avait pas de règles avec lui. Il m’a vraiment suffoquée. C’était une pression intellectuelle permanente, presque insupportable, mais j’ai finalement résisté.

Q : Vous avez quand même fait d’autres films avec lui, “Conte la folie ordinaire” et le Futur est Femme.

R : Oui mais on avait appris à se connaître et à se respecter. Il a vu qui j’étais et a compris mon caractère. Nous avions fait un grand pas l’un envers l’autre et ce fut un vrai travail de professionnel entre lui et moi.

Q : Il y a eu d’autres réalisateurs décisifs pour votre carrière.

R : Oui, en Italie bien sûr: Mario Monicelli, Francesco Nuti ou encore Dino Risi avec qui j’ai fait plusieurs films importants parmi lesquels La Chambre de l’Evêque, l’un de mes préférés. En France, Georges Lautner m’a fait tourner avec Alain Delon dans “Mort d’un pourri” (1977) et j’ai travaillé aussi en Amérique avec John Landis (“L’embrouille est dans le sac”) avec qui je suis restée en contact. Sa femme créait les costumes. C’est un couple formidable.

Q : Vous fréquentez beaucoup les gens du spectacle, vos partenaires, d’autres acteurs?

R : Non. Je suis d’un naturel assez timide et réservé et je me concentre surtout sur mon travail. Je me souviens que sur le tournage de “La Chambre de l’Evêque”, je quittais le plateau dès que j’avais fini pour passer un maximum de temps avec ma fille de trois ans, qui est maintenant devenue actrice. Pour moi, la famille est très importante et j’ai toujours essayé d’en profiter un maximum.

Q : Vous avez tourné dans énormément de films (presque une centaine), en alternant les genres : le cinéma d’auteur, la comédie populaire, ... Que préférez-vous?

R : J’aime jouer pour le spectacle, pour ce qu’il est, sans me préoccuper du genre auquel il appartient, de son contexte politique, de sa nature intimiste ou non. J’ai joué dans des films “ à message “, dans des comédies dramatiques ou à connotation sociale, dans des polars... C’était drôle, ou tendre, ou sensuel, ou désespéré... On peut dire des choses intéressantes ou émouvantes de tant de manières possibles.

Q : Quelles sont, selon-vous, les qualités essentielles pour une actrice ?

R : Moi, je me suis toujours mise au service des réalisateurs. Je faisais ce qu’on me demandait car j’étais portée par la vision de quelqu’un d’autre à qui j’essayais de donner toute la force, toute la lumière qui étaient en moi. Mais pour moi, les qualités les plus importantes sont l’écoute, la patience, la compréhension et l’humilité.

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