Publié le Lundi 3 Septembre 2012 à

Culture > Cinéma

38ème Festival du cinéma américain de Deauville: hommage à William Friedkin

Pierre Germay depuis Deauville

Depuis plus de quarante ans, William Friedkin filme notre société dont il débusque les travers, la violence, la drogue, la corruption, il traque la bêtise humaine partout où elle sévit.

F. D./Getty Images Europe

Frensh Connection ” et “ L’exorciste ”, deux films couverts d’Oscars, dès les années 70, lui ont valu tout de suite la reconnaissance tant du public que de l’establishment hollywoodien. Mais on lui doit aussi, par la suite, “ Le convoi de la peur ”, “ Cruising – La Chasse ”, “ Police Fédérale Los Angeles ”, “ L’enfer du devoir ”, parmi d’autres films encore.

Le Festival de Deauville a donc choisi de rendre hommage cette année à cette légende du cinéma américain, tout en lui confiant une leçon de cinéma. Alors, écoutons le professeur Friedkin donner sa leçon debout, déambulant sur son estrade et relevant régulièrement son pantalon sur la taille… tout en s’en excusant.

Question : D’où vous est venue votre envie de faire du cinéma ?

William Friedkin : J’ai depuis toujours un côté cinéphile. Je connaissais donc déjà assez bien le cinéma avant d’en faire moi-même. Le déclic, je l’ai eu à l’âge de vingt ans : j’ai vu “ Citizen Kane ” d’Orson Welles cinq fois de suite et j’ai tout de suite su que c’était ça que j’aurais aimé savoir faire. Comment ? Je n’en avais pas la moindre idée. Mais Orson Welles, c’était ce qui se faisait de mieux.

Question : Vous avez commencé comme réalisateur à la télévision. Racontez-nous ça.

W. F. : Oui, je réalisais des émissions en direct. J’ai toujours aimé ça. Tous les grands réalisateurs américains viennent de la télévision. Mon premier véritable film, je l’ai tourné pour la télé. J’ai obtenu l’autorisation de réaliser l’interview d’un prisonnier condamné à la chaise électrique. J’ai dû louer une caméra et demander comment s’en servir ! Une fois tourné, j’ai envoyé mon film au Gouverneur de l’Etat. Il a été convaincu et a gracié le condamné alors qu’il avait épuisé tous les recours devant la Cour Suprême. Ceci démontre la puissance du cinéma.

Question : Même dans vos films de fiction, vous avez toujours conservé ce goût pour l’aspect documentaire, comme pour cette scène de “ Frensh Connection ” dans le métro où Fernando Rey parvient à semer Gene Hackman.

W. F. : Oui, c’est une scène tournée sans aucune autorisation, avec une seule caméra, sans éclairages particuliers, juste les lumières du métro, et sans figurants : les passagers sur le quai ou dans le métro sont de vrais passagers. La caméra bougeait sans cesse. Pour suivre les personnages et l’action, elle faisait 360 degrés sur elle-même. C’était assez nouveau pour l’époque. Aujourd’hui, avec la technologie, vous auriez plusieurs caméras et tout se construirait au montage. On n’avait pas de cantine non plus. Ceux qui avaient faim ou soif n’avaient qu’à aller acheter quelque chose au buffet de la station du métro !

Question : Vous ne répétiez pas la scène avant ?

W. F. : Non, mais toutes les scènes étaient extrêmement agencées, je donnais des indications très précises aux comédiens et techniciens. S’il n’y avait pas de panne de caméra ou d’éclairage dans la station, on ne prenait qu’une seule prise. Ma volonté était de capter un maximum de spontanéité.

Question : Quel conseil donneriez-vous aujourd’hui à un jeune qui veut devenir réalisateur ?

W. F. : De regarder tous les films d’Alfred Hitchcock. Il n’y a pas meilleur manuel du cinéma.

Question : Avez-vous personnellement des films de référence ?

W. F. : Oui, “ Swinging in the rain ”, “ Un Américain à Paris ” et tous les films sur les femmes. Mais aussi tous ceux des cinéastes français de la nouvelle vague : Alain Resnais, Claude Chabrol, François Truffaut, Jean-Pierre Melville, Costa-Gavras, mais aussi Clouzot, Carmé ou Tati. Je regarde encore leurs films, ils sont une mine d’inspiration inépuisable.

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