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Abbas Bayat est parti comme il est arrivé: avec fracas!

Belga |

Mis à jour le Jeudi 6 Septembre 2012 à

Le Sporting de Charleroi a officialisé le départ du président Abbas Bayat, jeudi lors d'une conférence de presse. Une histoire longue de douze ans se termine. Un chapitre bien trop long, selon les supporters carolos.

Entre gestionnaire hors pair et despote colérique, l'homme n'a jamais suscité les avis modérés. Mais il aura marqué l'histoire du club par sa singularité. Une personnalité aussi forte que controversée. Au crépuscule de sa présidence, Abbas Bayat, 65 ans, ne peut pas se vanter d'avoir humainement réussi son défi carolo.

 

Décrié pour ses coups de colère, ses relations chaotiques avec les supporters ou ses entraîneurs, l'ancien président a souvent concentré l'attention médiatique sur le Sporting de Charleroi. Trop de bruit pour pas grand chose, selon les Carolos.

"Au départ, je ne suis pas arrivé à Charleroi pour gagner de l'argent. Mais c'est devenu commercial lorsque j'ai découvert que les informations financières étaient mauvaises. Si j'avais eu les vraies données, je ne serais jamais venu."

 

Ces propos tenus par Abbas Bayat en mai 2012 témoignent d'une idylle ratée. Né en 1947 à Téhéran en Iran, qu'il quitte au moment de la Révolution de 1979, Abbas Bayat est le petit-fils de l'ancien Premier ministre Morteza Gholi. Diplômé de l'université de Columbia à New-York, l'homme d'affaires américano-iranien débarque sur les terrains médiatique et sportif belges en juillet 2000, auréolé de l'image d'homme d'affaires brillant. En 1997, il avait racheté le producteur d'eau Chaudfontaine à Interbrew, avant de s'emparer des sociétés Sunnyland en 1999 et Ben Shaw en 2000. A Charleroi, le Sporting croulait sous les dettes et vacillait en haut du gouffre.

 

Abbas Bayat le sauve de la faillite. Mais son aura s'effrite au fil du temps, à cause de résultats sportifs insignifiants, de relations houleuses avec les supporters et de sorties médiatiques fracassantes. En 2003, Abbas Bayat introduit des membres de sa famille au sein du club. Ses neveux Mogi et Medhi deviennent manager général et directeur commercial du Sporting de Charleroi. Il licenciera le premier en 2010. Les médias et les supporters évoquent progressivement une "méthode" Bayat, mélange d'arrogance, d'impatience et de déclarations incendiaires. Pourtant, de l'aveu de tous, Abbas Bayat est un gestionnaire financier hors pair.

 

Le club présente des bilans comptables positifs, préservant le petit Charleroi des problèmes de trésorerie. Et l'homme tient tête à la toute puissante FIFA. En 2004, le club récupère un joueur blessé à la suite d'un match en sélection nationale. Abbas Bayat dépose plainte pour obtenir réparation car aucune indemnité n'est prévue.

 

"L'affaire Oulmers" atteint même la Cour européenne de Luxembourg et fait frémir les plus hautes instances du football. Mais la polémique s'éteint plus tard et le Sporting de Charleroi retire sa plainte, à la suite de négociations nébuleuses avec la FIFA. Mais le président semble considérer le club comme une entreprise, destinée à générer de l'argent, plutôt qu'une source de fierté sportive pour la ville.

"Dans la vie, les gens ne doivent pas toujours être d'accord avec ce que vous entreprenez. Il ne faut pas se focaliser sur ceux qui trouvent que vous ne travaillez pas bien", se justifiait-il. Les supporters ne lui pardonneront pas. Cela ressemble ensuite à une descente aux enfers, lente et inéluctable. Les deux "top 5" arrachés lors des saisons 2004-2005 et 2006-2007 ne font qu'illusion. Charleroi flirte fréquemment avec la zone de relégation et Abbas Bayat licencie plus de 20 entraîneurs, parfois malgré de bons résultats. Les supporters et le vestiaire se rebellent, mais le président ne les entend plus. En décembre 2008, lors d'un match à Genk, Abbas Bayat descend même sur le terrain pour leur adresser insultes et gestes déplacés. Le désamour est total.

 

A la fin de la saison 2010-2011, après 26 années consécutives en première division, le Sporting de Charleroi est relégué en division 2. Le club ne met qu'une saison à retrouver l'élite mais la plaie ne cicatrise pas. Depuis plusieurs années, Abbas Bayat avait laissé entendre qu'il revendrait le club en cas d'offre intéressante et celle de Fabien Debecq, le nouveau président du Sporting de Charleroi, l'a définitivement convaincu. Abbas Bayat n'était pas présent à la conférence de presse pour commenter son départ et dresser le bilan de ces douze années de présidence.

Abbas Bayat est parti comme il est arrivé. Avec fracas.