Mis à jour le Samedi 29 Septembre 2012 à

Culture > Cinéma

"Tango libre" de Frédéric Fonteyne : "François Damiens est très beau et très intéressant à filmer"

Entretien>Pierre Germay, au Festival de Namur

Le Festival de Namur s’ouvre sur des films venus des quatre coins de l’espace francophone à travers une programmation riche et cohérente, mais c’est un film belge, « Tango libre » de Frédéric Fonteyne, qui a ouvert les festivités ce vendredi. Chacun de ses quatre longs métrages ont d’ailleurs connu les honneurs du Festival de Namur.

Frédéric Fonteyne, au milieu, au Festival de Venise

Frédéric Fonteyne, au milieu, au Festival de Venise

Le réalisateur de « Une liaison pornographique » retrouve Sergi Lopez dans le rôle d’un détenu qui partage l’amour pour sa femme avec son codétenu. Quand il s’aperçoit que l’un des gardiens de la prison, François Damiens, suit des cours de tango avec sa femme alors que le règlement lui interdit d’avoir des contacts avec la famille des prisonniers.

C’est un Frédéric Fonteyne décontracté et heureux du succès remporté la veille au soir que nous avons rencontré ce samedi.

L’amour s’inscrit comme un fil rouge dans votre filmographie ?

"Oui, clairement. Tout le monde se trouve comme emprisonné dans sa vie. L’amour est alors quelque chose, souvent fait d’imprévus, qui vous permet de vous libérer. Il y a l’amour entre un homme et une femme mais aussi entre deux hommes. Amour ou amitié. Et que ce soit les deux détenus entre eux, ou l’amour entre un père et son fils." 

La famille - dans tous les sens du terme - s’inscrit aussi comme une constante dans vos films.

"La famille, c’est quelque chose d’étrange composé au départ de personnes très différentes qui tissent petit à petit entre elles des liens très étroits, plus étroits qu’en amitié. C’est dans la famille qu’on se découvre vraiment. Et puis il y a la famille cinéma, avec Sergi Lopez que j’avais déjà dirigé dans « Une liaison pornographique » ; et surtout ma compagne, Anne Paulicevich." 

Parlez-nous un peu du personnage de François Damiens.

"Son personnage de gardien de prison est assez étrange, il est un peu comme un homme invisible, sans véritable histoire. Il n’a pas le caractère pour faire ce métier-là. Mais ce que j’aime chez François, c’est cette dimension particulière qui le rend singulier, ce mélange de maladresse et de fragilité, toujours à la limite. Il est très intéressant et très beau à filmer."

Comment avez-vous abordé le milieu carcéral ?

"J’ai rencontré des gardiens, puis d’anciens détenus. Il y en a de très différents, loin des archétypes. Il y a des gens bien parmi eux. La première fois que j’ai pénétré dans une prison, c’était en Pologne. Il y avait 200 détenus, ce fut très impressionnant. Mon film n’est pas réaliste : qui imaginerait faire danser le tango à des prisonniers ? Et puis le tango, c’est subversif. En faisant entrer le tango dans une prison, on a réussi quelque chose d’impossible qui a même transformé les gardiens qui ont assisté au tournage. Mon film est donc irréaliste mais il est confronté à la réalité de cet univers." 

Pourquoi le tango ?

"Le tango, c’est un combat entre un homme et une femme. D’ailleurs, les chansons racontent toujours la même histoire, celle d’un petit malfrat qui désire une femme. Ça dépasse le simple fait de danser. On y joue sur les équilibres entre homme et femme. C’est comme marcher : chaque pas est un déséquilibre. Si vous vous arrêtez, vous êtes en équilibre mais vous mourez. Pour moi, on existe que dans le déséquilibre."

Il y a presque huit ans entre votre précédent film et celui-ci : pourquoi ?

"J’aimerais pouvoir faire un film par an comme Woody Allen, mais ce n’est pas possible, j’ai besoin de me ressourcer. Le cinéma que je fais vient de ma façon de vivre. Durant ces huit années, j’ai appris à découvrir ma femme en particulier. Et puis, je grandis. Je commence à avoir mon propre langage cinématographique, je deviens capable d’aller chercher dans chaque personnage sa spécificité. C’est que chaque personnage a sa singularité et j’apprends comment la filmer."

"Tango libre" a obtenu le prix du jury au récent Festival de Venise, il sortira dans nos salles le 7 novembre. Et pour la petite histoire, Frédéric Fonteyne sera bientôt papa : "ce sera le plus bel événement de ma vie" a-t-il dit, radieux. Félicitations !

 

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