Publié le Jeudi 27 Juin 2013 à

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Tour de France: «Certains coureurs prenaient de l'EPO à la louche», selon l'ancien entraîneur de l'équipe Festina (sondage)

Interview par Eric Clovio, notre envoyé spécial sur le Tour de France

Sondage : Tour de France: De Hinault à Wiggings, les lauréats de la Grande Boucle se sont-ils tous dopés?

Le professeur Antoine Vayer, l’ancien entraîneur de l’équipe Festina, publie le magazine « De Hinault à Wiggins, tous dopés ? La preuve par 21 ». Pour cela, il se base sur les puissances développées par les anciens vainqueurs de Tour depuis 1983. Et, hormis Greg LeMond, il n’épargne personne.

Avant même l’arrivée des premiers coureurs sur l’Ile de Beauté, une chape de plomb s’est abattue sur le Tour. Laurent Jalabert positif à l’EPO lors d’une Grande Boucle 1998 qu’il avait d’ailleurs prématurément quittée comme l’ensemble de son équipe ONCE, doit-on encore s’en étonner, alors que la plupart de ses contemporains livrent un à un des parcelles de leur vérité, de leurs mensonges ? Le Mazamétain reste dans un « ni oui ni non » étonnant.

Deux jours plus tôt, c’est Jan Ullrich qui était enfin sorti du silence dans lequel il s’était muré depuis sa retraite (en 2007), confirmant qu’il avait eu recours aux services du sulfureux Dr Ferrari, «  pour avoir les mêmes chances que les autres  ». Concourir à armes égales, dans un peloton visiblement survitaminé…

Ces dérives, Antoine Vayer les dénonce depuis 1999 et ce qui devait être le «  Tour du renouveau  ». Professeur d’éducation physique et de sport en Bretagne, l’ancien entraîneur de l’équipe Festina a publié, le 7 juin dernier, le magazine intitulé « De Hinault à Wiggins, tous dopés ? La preuve par 21 » Comme les 21 virages de l’Alpe d’Huez que les coureurs du Tour 2013 graviront à deux reprises cet été.

L’équipe d’Antoine Vayer y passe en revue les performances de champions depuis 1983, sur base des puissances développées par les coureurs dans les grands cols.

Réalisée lundi, à la veille des révélations de « L’Equipe » à propos de Jalabert, notre interview prend des accents étonnants.

Antoine Vayer, les confessions de Jan Ullrich, le week-end dernier, doivent-elles encore étonner un amateur de cyclisme ?

2013 est une année spéciale. Il y a eu les confessions d’Armstrong qui, mêmes mesurées et millimétrées, ont amplifié le processus de libération de la parole. En France, depuis le printemps, une commission sénatoriale a entendu 84 acteurs du vélo. Le rapport sortira le 18 juillet, en plein Tour, ce ne sera pas joli-joli, croyez-moi.

Le cyclisme n’a plus guère de crédibilité aux yeux de ceux qui l’aiment et qui veulent encore croire en lui, hélas. Nous sommes dans une année charnière, avec la création du mouvement Change Cycling Now, l’élection d’un nouveau président de l’Union Cycliste Internationale… Il faut parler, c’est maintenant ou jamais !

Dans les 146 pages de votre magazine, vous décryptez les performances de champions du Tour, dans les cols, depuis une trentaine d’années. Personne n’échappe à la suspicion ?

Un seul, Greg LeMond, semble avoir réalisé des performances « humaines » -par opposition aux athlètes classés « suspects », « miraculeux » voire carrément « mutants », confer le tableau ci-dessus. Pour nous, sur base des critères physiologiques et scientifiques appliqués, le seuil de 410 watts correspond à la limite à partir de laquelle un coureur devient suspect. L’Américain reste en deçà, il remporte son premier Tour en 1986 avec 381 watts développés, son deuxième en 1989 avec 408 watts et son dernier, en 1990, avec 407 watts. Il reste « dans le vert », dans les frontières du faisable, sans jamais avoir été flashé. Tous les autres, de Pantani à Armstrong, d’Indurain à Contador, ont franchi la limite.

L’arrivée de l’EPO il y a plus de 20 ans a accéléré la course à l’armement ?

Retenez une formule : un coureur qui était capable de développer 400 watts pendant 20 minutes d’effort devient capable d’en produire 440 pendant 40 minutes ! Bjarne Riis (qui a avoué et a été déchu de son sacre au Tour) passe par exemple de 399 watts en 1993 à 449 watts en 1996… LeMond, à la fin de sa carrière, est ainsi largué par des ânes devenus des pur-sang…

Pourquoi votre échantillon n’est-il pas plus large ? Vous débutez en 1983…

Tout simplement parce qu’avant cela, nous ne disposons pas d’images télé suffisamment fiables, de séquences de retransmission d’étapes de cols suffisamment longues pour être valablement utilisées et analysées.

Armstrong, le plus grand menteur de l’histoire du vélo, n’arrive « que » 6 e  dans votre ranking des tricheurs. Bizarre, non ?

Pas sur base de l’analyse de ses performances pures, si j’ose dire. Le Texan a oscillé entre 428 et 438 watts, soit un seuil dit « miraculeux ». Il a « intelligemment » géré tout cela, après le scandale Festina de 98 et les tests de détection de l’EPO. Mais il a joué petit face à des coureurs comme Pantani, Riis et surtout Indurain.

El Rey est le roi de votre hit-parade…

Le Navarrais a développé 455 watts de moyenne lors du Tour 1995, record absolu. Le médecin qui préparait Indurain a mu(t)é un colosse de 80 kilos en grimpeur performant, plus efficace qu’un Pantani qui pesait 56 kilos tout mouillé…

Plusieurs performances de Laurent Jalabert vous paraissent également appartenir à cette même catégorie des « mutants ».

Pourquoi a-t-on rebaptisé l’ascension du col de Mende « la montée Jalabert » ? Il y a produit 495 watts en 1995. Il a aussi développé des puissances anormalement élevées sur la Vuelta, en 1996 et 1997. Le doute à propos du Mazamétain, ce n’est pas seulement parce qu’il évoluait dans l’équipe de Manolo Saiz (impliqué au premier chef dans le récent procès Puerto) ou dans celle de Bjarne Riis par la suite, mais parce qu’il a été plusieurs fois flashé au-dessus de la limite. De meilleur sprinter, il est passé meilleur grimpeur du Tour…

Votre équipe a donné la parole à tous les coureurs (encore vivants) cités dans votre enquête. Peu ont donné suite. Déçu ?

Oui mais pas surpris. Thomas Voeckler a pris la plume, l’équipe Sky de manière collective aussi. C’est un début, il faut que la parole s’affranchisse, que l’omerta se brise.

Votre démarche n’a évidemment pas plu. Avez-vous reçu des menaces ?

De poursuites, oui, mais rien de concret pour l’instant. Vous savez, certains ont eu envie de parler, « off the record ». Cela évolue.

« La preuve par 21 » (146 pages) est disponible en librairie ou sur commande (8,9 euros) sur le site www.alternativeeditions.com

Sondage.

Tour de France: De Hinault à Wiggings, les lauréats de la Grande Boucle se sont-ils tous dopés?

Gagner le Tour de France, sans dopage, c’est possible?

Non, ce n’est pas possible
54% (268 votes)
Oui, évidemmment
36% (180 votes)
Ca dépend si c’est pour gagner une étape ou le classement général
7% (37 votes)
Sans avis
1% (7 votes)
Total votes: 497

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