Publié le Jeudi 9 Janvier 2014 à

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Yalcin est un simple témoin... mais il a passé la nuit au cachot: "J'ai vraiment mal dormi sur cette planche en bois"

AN.D.

Yalçin, 36 ans, est assis dans la salle d’audience du tribunal de police. Il attend son tour, sur le dur banc de bois. À ses pieds, le sac qui contient toutes ses affaires pour la nuit, son oreiller, ses médicaments. Dans le couloir, devant la porte, une policière monte la garde, elle est chargée de s’assurer que Yalçin ne quitte pas la salle avant son témoignage. «Maintenant que je suis là, je ne vais pas m’enfuir», bougonne l’homme.


Il a quitté le palais après avoir serré la main de la policière qui l’accompagnait

DR

Il a quitté le palais après avoir serré la main de la policière qui l’accompagnait

En juillet 2012, l’homme, libraire à la rue Cayauderie à Charleroi-Nord, a été témoin d’un accident en face de son commerce. Il a été convoqué à trois reprises pour témoigner devant le tribunal. «  La première fois, j’étais seul et je ne pouvais pas fermer le magasin; la seconde, j’étais malade. La troisième, j’étais en vacances en Turquie».

Le problème, c’est qu’il n’a pas averti le tribunal de police de ces empêchements successifs. Alors, il s’est retrouvé sous le coup d’un mandat d’amener. Résultat. Mardi soir, la police est venue le chercher. Il a dormi en cellule. Et mercredi matin, on l’a amené au tribunal.

Plus jamais témoin!

«  Je ne suis qu’un témoin. Si j’avais su que je risquais d’aller au cachot, je serais venu  » explique-t-il au président Martin. «  Si vous étiez venu ou si vous aviez averti que vous aviez un empêchement, il n’aurait pas fallu envoyer la police pour aller vous chercher», lui réplique le magistrat.

Avant d’ajouter: «  Vous le saurez pour la prochaine fois  ». «  Oh, il n’y aura pas de prochaine fois, je vous rassure, je ne serai plus jamais témoin de quoi que ce soit, je vous le promets  » lance Yalçin. Son témoignage dans l’accident qui s’est déroulé devant la vitrine de son commerce en juillet 2012 a-t-il été déterminant ? On l’espère parce que, sans ça, il aura vraiment passé une mauvaise nuit pour rien !

Une planche de bois

«  Je n’ai rien à dire contre les policiers, ils ont été super et compréhensifs, vraiment» précise d’emblée Yalçin. «  Il y en a même un qui m’a dit qu’il n’avait jamais vu ça en 28 ans de carrière, mais bon, ils ont dû suivre la procédure et cela n’a rien eu d’agréable. On m’a fouillé et on m’a tout pris : bijoux, ceinture, GSM, chaussures… J’ai dû négocier pour pouvoir prendre mes médicaments avant de dormir. Pourtant, je vous jure que je n’avais aucune intention de me suicider. Pas question d’avoir ma bouteille d’eau, ni un bouquin, ni le jeu vidéo que j’avais emprunté à mon fils pour passer le temps… J’ai passé la nuit sur une planche de bois. J ’y ai somnolé plutôt que dormi, car dans la cellule d’à côté, il y avait un excité qui a tapé sur la porte pendant toute la nuit. Une vraie galère ! »

Mercredi matin, Yalçin a mangé un croissant, «  celui que j’avais amené avec moi la veille en prévision de mon petit-déjeuner »… Et ensuite ? «  Je vais bosser, qu’est-ce que vous croyez ?  »

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