“La fin de la pub sur la RTBF? Economiquement impossible”

 Photo News

Photo News
    Les négociateurs de l’Olivier l’ont annoncé ce week-end: ils vont lancer une étude sur la faisabilité de créer une chaîne publique (la RTBF) sans pub. Réaliste? Analyse avec Frédéric Antoine, spécialiste des médias à l’UCL.

    Marie-Noëlle Rochette, avec Cédric Baufayt

    >Votre réaction à l’annonce de l’Olivier de lancer une étude sur la faisabilité d’une chaîne sans pub?

    Je suis assez heureux que cela se passe: cela fait longtemps que le milieu politique rejette cette idée. Il y a eu pas mal de mouvements citoyens, mais il a fallu que l’Olivier aborde ce sujet pour que la situation prenne une autre tournure.

    >Pourquoi une chaîne belge sans pub a-t-elle tant d’importance?

    C’est essentiel pour la crédibilité et la liberté de la chaîne. De moins en moins de personnes font la différence entre le public et le privé, parce que tous les deux utilisent les mêmes ressources: la pub! Mais les programmations sont influencées par elle. En radio, certains types de programmes sont découpés pour y intégrer de la pub toutes les X minutes. C’est perturbant que le contenu de ce qu’on écoute soit sans-cesse interrompu.

    >L’idée est prometteuse, mais est-elle réalisable chez nous?

    Économiquement pour la RTBF, c’est impossible. C’est une perte de rentrée financière gigantesque que la Communauté Française ne pourra pas remplacer. On imagine donc mal la télévision sans pub. Pourtant, cela s’est fait dans certains pays à l’étranger (voir en page 2).

    >Quelles chaînes télé et radio belges pourraient être concernées?

    Si on peut rêver, je pense à La Une en télévision. C’est la chaîne dont la programmation est la plus influencée par la pub. Il y a une quantité de fictions. Et avec ce changement, on pourrait revaloriser le côté culturel. Si c’était La Deux qui était choisie, on pourrait libérer les enfants de la pub. Les programmes en journée sont essentiellement destinés aux bambins. Si aucune des deux ne peut le faire, alors ce serait toujours un geste d’éliminer la pub de la Trois. Mais le but ne serait pas vraiment atteint vu que c’est une chaîne de rediffusion assez peu connue. En radio, je pense à La Première, qui est une chaîne de contenu. Les programmes pourraient se dérouler de manière continue et être revalorisés. Vivacité, n’y pensons même pas: c’est la vache à lait de la RTBF. Ses programmes sont prévus pour être interrompus par la pub toutes les quinze minutes.

    >Cela fait maintenant six mois que les chaînes publiques françaises ne diffusent plus de pub après 20 heures...

    Je ne sais pas si la pub a totalement été éradiquée car, oui, il n’y a plus de messages commerciaux. Mais il y a, à la place, des annonces de parrainage: c’est un côté pervers. Mais un changement s’observe au niveau des programmes. Maintenant, France Télévision peut se permettre de choisir des documentaires comme ceux de Yann Arthus Bertrand ou passer des pièces de théâtre. Ils ne sont plus obligés de sortir la grosse artillerie en même temps que les autres chaînes au moment du prime-time (N.D.L.R.: tranche 20h50-22h30). Au niveau du téléspectateur, il y a vraiment une overdose publicitaire, les gens en ont assez. Sans pub, ils peuvent découvrir d’autres choses que les séries et les fictions...

    >Découvrez nos deux pages spéciales sur le sujet dans votre édition Sud Presse de ce dimanche