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Autriche: un buveur de bière, Dominik Wlazny, veut devenir président

Piercing, tatouage et jeans troués: en se présentant comme le «candidat de la bière» à la prochaine présidentielle, le chanteur punk Dominik Wlazny espère attirer les électeurs autrichiens lassés de l’offre politique traditionnelle.

Âgé de 35 ans, ce nouveau venu reconnaissable à ses lunettes noires détonne dans le paysage du riche pays alpin, sur le point d’offrir le 9 octobre un second mandat au chef de l’État écologiste Alexander Van der Bellen, 78 ans.

Le résultat devrait être sans surprise, loin du tumulte de la dernière élection qui avait vu en 2016 l’extrême droite se hisser aux portes du pouvoir.

«C’est David contre Goliath», admet auprès de l’AFP le plus jeune candidat à la fonction suprême, qui tourne dans les sondages autour des 5% d’intentions de vote — contre 60% pour le favori — mais dont la candidature «satirique», jure-t-il, a un sens.

Faire de la politique autrement: voilà le but de cet artiste connu sous son nom de scène, Marco Pogo, qui fait mousser son «Bierpartei» depuis 2015 à différentes élections et a réussi à arracher 11 sièges de conseillers d’arrondissement à Vienne en 2020.

Installer une «fontaine à bière» pour attirer les touristes et «améliorer la qualité de vie des habitants», le bien-être animal ou encore promouvoir l’égalité de genre... ses objectifs sont aussi surprenants que consensuels.

Et nul besoin d’avoir une grosse descente pour rejoindre son petit millier d’encartés: les amateurs de vin rouge ou d’eau plate sont aussi les bienvenus, s’amuse Dominik Wlazny, «pas sectaire».

«Faire les choses différemment»

Culture germanique oblige, la bière est surtout un moyen pour lui d’attirer l’attention, le candidat souhaitant raviver le débat public autour d’une bonne pinte, avec modération bien sûr.

Si l’humour est son moteur, il défend le sérieux de sa démarche, qu’il n’a pas décidée «au saut du lit», assure-t-il.

Face aux nuages qui s’accumulent, Dominik Wlazny se voit comme une boîte à idées pour «aider les gens» déboussolés par l’inflation, le retour de la guerre en Europe et la pandémie de Covid-19.

S’il reconnaît le rôle principalement protocolaire du président de la République dans ce pays de 9 millions d’habitants, il assure qu’il lui serait possible de «faire les choses différemment».

«J’ai parfois le sentiment qu’il est plus difficile de décrocher un contrat d’apprentissage qu’un strapontin ministériel», dit-il par exemple en ciblant la classe politique.

S’il est élu, il promet de scruter le CV des candidats pour éliminer les incompétents.

«De son temps»

Se voulant une «figure morale à l’écart des intérêts partisans», il imagine aussi «un ministère du futur» qui se pencherait sur l’impact de décisions trop souvent court-termistes, notamment au sujet de l’environnement.

«Pourquoi a-t-on 1.245 remontées mécaniques» dans la région montagneuse du Tyrol «mais aucune éolienne?», demande-t-il sur l’une de ses affiches de campagne, comme écrite à la craie sur un grand tableau noir.

«Il a de bonnes valeurs», réagit Brigitta Koppelhuber, une retraitée viennoise de 78 ans. «Il est jeune, il est de son temps», lance-t-elle en scrutant ses slogans.

Pour capter le vote protestataire face à ses six concurrents — tous des hommes -, Dominik Wlazny a plusieurs cordes à son arc: une expérience de médecin, sa notoriété comme chanteur au sein d’un groupe appelé... Turbobier et bien sûr le fameux breuvage. Il fabrique sa propre bière, que l’on peut trouver dans des supermarchés de Vienne.

En attendant, la route est longue. Sans le soutien d’un grand parti, sa campagne se fait essentiellement sur internet, où le trentenaire poste de petites vidéos potaches.

Mais dans les rues, il est quasi inexistant: le candidat a installé moins de dix affiches dans le pays. Plusieurs ont d’ailleurs été dérobées. «Normal, elles sont stylées», sourit-il.

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