Sophia Loren: « Mastroiani était mon plus grand amour de cinéma »

Dommage que la « conversation » fut plombée par une ancienne journaliste chargée de l'animer – mauvaises références, pas la moindre relance appropriée, des flatteries ridicules et des rires hoquetés. Bref, la « cata »! Heureusement, Sofia Loren pouvait se suffire à elle seule et elle nous a quelquefois régalés : morceaux choisis.

Présidente du jury en 1966 : « Il y avait beaucoup d'écrivains autour de moi et j'étais impressionnée car je n'avais évidemment pas leur niveau de connaissance. C'était le 20ème anniversaire du festival et le monde entier a retenu le grand prix ( NDLR : à l'époque on ne parlait pas encore de la Palme d'or) de « Un homme et une femme », le premier film de Claude Lelouch. En fait, il y avait deux film ex-aequo puisque j'avais finalement convaincu le jury de récompenser aussi « Signore, Signorà » de Piertro Germi.

Début des années 50 : premières apparitions : « Mon père avait pratiquement disparu et je vivais avec ma mère et ma soeur. Nous n'avions pas un sou et pratiquement rien à manger. A Rome, je ne connaissais personne qui pouvait nous aider. C'était l'époque la plus triste de ma vie mais j'avais beaucoup d'énergie et la volonté de me battre pour faire le métier d'actrice. En 1954, j'ai rencontré pour la première fois Vittorio De Sica qui, après quelques discussions, m'a proposé un petit rôle de pizzaiola dans « L'or de Naples. Je ne savais pas jouer, je ne savais rien faire mais la scène fut remarquée grâce au savoir faire de De Sica. On ne s'est pratiquement plus quittés : j'ai tourné avec lui quatorze films en 20 ans ! De plus, il travaillait avec les Studios Ponti-De Laurentis, c'est grâce à lui que j'ai rencontré mon mari » (NDLR : Carlo Ponti, l'un des plus grands producteurs italiens de l'époque).

« La Ciociara » (De Sica, 1961) : « C'est un premier tournant décisif dans ma carrière. Au départ, c'était Anna Magnani qui devait faire le rôle mais elle a refusé en conseillant même à De Sica de me le donner ! Un vrai bonheur : un personnage formidable, un excellent partenaire (J-P. Belmondo) et une remarquable confiance en moi ».

L'Oscar en 1962 : « Je n'étais pas allée à la cérémonie car j'avais peur de m'évanouir devant tout le monde si je gagnais. Quand on m'a téléphoné dans la nuit, j'étais si heureuse que nous avons fait la fête toute la journée avec les amis et les voisins. Beaucoup de journaliste ont débarqué surtout pour faire des photos. Je suis allée à Hollywood l'année suivante, en 1963, pour récupérer ma statuette et en même temps en remettre une à Grégory Peck qui était sacré cette année là. C'était un homme exquis qui m'a remis un autre Oscar en 1991, pour l'ensemble de ma carrière ».

M. Mastroianni : « J'ai fait douze films avec lui et quelques-une des plus belles scènes « cultes » du cinéma italien (dit-elle en pleurant) » et bien sûr « Une journée particulière » (1977) de Ettore Scola, sans doute mon plus beau film. C'est mon grand amour du cinéma. J'ai revu ici « Mariage à l'italienne » et j'ai été émue. A sa sortie en 1964, le film avait connu un énorme succès. J'y repense encore comme si c'était hier ».

« La comtesse de Hong Kong » (1967) de Charlie Chaplin : « Un jour, Chaplin est venu me voir à Londres sur le plateau d' « Arabesque » de Stanley Donen (avec Grégory Peck). Il m'a parlé de cette histoire qu'il avait dans ses cartons depuis tant d'années et qu'il avait écrite à l'époque pour Paulette Godard. Cela m'a encore plus impressionnée quand il m'a dit que j'aurais Marlon Brando pour partenaire.

Le premier jour, Brando est arrivé en retard, Chaplin était furieux et a menacé de la congédier s'il continuait à agir de la sorte. Brando était un acteur dramatique formidable mais très spécial et pas vraiment sympathique. Quoi qu'il en soit, j'étais très fière d'avoir fait le dernier film de Chaplin qui m'a un jour dit : 'Tu es comme un violon. S'il sonne bien, tout sera beau et plus harmonieux'. C'est l'un des plus merveilleux compliments qu'on m'ait jamais fait ».