Kroll imagine Tintin à 85 ans: il ressemble étrangement à Albert II...

Ça aurait pu être seulement un album de plus du dessinateur Pierre Kroll (le vingtième, en l’occurrence). Un album (en vente en librairie) qui reprend les dessins parus notamment dans les pages de notre confrère « Le Soir » où Kroll commente l’actualité par ses dessins, souvent féroces.

Mais il y a une surprise, dans ce livre, qui a été présenté ce vendredi : il se termine par six planches d’une « aventure » forcément inédite de Tintin, puisqu’imaginée entièrement par Kroll. Le héros de Hergé a 85 ans (son âge réel) et il se pose gravement la question de savoir s’il ne pourrait pas connaître de nouvelles aventures. Le Tintin de Kroll a de faux airs du roi Albert II, l’un des personnages fétiches du dessinateur. « C’est vrai », nous dit Kroll. « L ’allusion est claire. Mon personnage du roi Albert en pantoufles et peignoir est devenu lui aussi un personnage connu. Et dans les albums de Tintin, les allusions à la Belgique sont très nombreuses. »

Milou empaillé

Aux côtés de Tintin, mais sur une planche de bibliothèque, un Milou… empaillé, visiblement attaqué par les mites. « Je reconnais, c’est un peu trash, mais attention, ce que j’ai fait n’est pas une provocation, je ne m’attaque pas à Tintin et à son univers. Bien au contraire. C’est un hommage à Hergé. C’est à la fois un pastiche, une satire et un hommage. La ligne claire, c’est extrêmement difficile à faire. Il faut l’essayer pour se rendre compte à quel point c’est difficile. » Milou a beau être empaillé et en mauvais état, Tintin continue de lui parler. De même qu’il parle encore au capitaine Haddock, à qui il rend visite dans sa séniorie. Eh oui, ceux qui ne sont pas encore décédés (Tournesol, sans doute) sont très âgés.

Bon pour le service

Le héros est donc devenu très vieux, mais il est toujours bon pour le service, selon le médecin (qui se casse la figure sur la marche jamais réparée du château de Moulinsart). Il est même en contact avec des personnages jamais apparus dans les albums de Hergé. Un certain Sterling, par exemple, que l’on peut identifier comme étant Nick Rodwell, le mari de la veuve de Hergé, qui gère d’une main de fer l’image et les droits des personnages du dessinateur bruxellois.

Là, le « cartoon de six pages », comme l’appelle Kroll, se fait un peu plus grinçant. Tintin se fâche avec Sterling-Rodwell, lui faisant remarquer que s’il gère (« fort bien ») son patrimoine, il ne gère quand même pas sa vie. Façon d’envoyer promener le patron de la SA Moulinsart, qui risque de ne pas goûter ce que Pierre Kroll présente comme un hommage. « On verra bien ce qu’ils en pensent », reprend le caricaturiste. « Mais je le répète, je ne suis pas dans la provocation. Et puis, ce n’est pas parce que Tintin est une icône que l’on ne peut rien faire autour. Pourquoi ne pourrait-on pas dessiner Tintin alors qu’on peut le faire pour Jésus ou Bouddha ? On ne peut pas non plus me reprocher de vouloir faire de l’argent avec Tintin. Mon album a été tiré au même nombre d’exemplaires que les précédents. C’est vrai aussi que dans l’avant-dernière case, Sterling, qui a vu les pages précédentes, appelle son avocat (dont le nom est inspiré du vrai avocat de la SA Moulinsart, NDR). Enfin, on verra bien. »

Pierre Kroll pense que les aventures de Tintin « jeune », qui se terminent chez les Picaros (l’Alph-Art est un album incomplet), ne doivent pas être poursuivies. Même si lui-même pourrait peut-être dessiner de nouvelles aventures. « Je pense que l’avenir de Tintin est plutôt au cinéma », nous dit-il. Et d’ailleurs, rappelons que Hergé ne souhaitait pas que Tintin continue ses aventures quand lui-même aurait disparu. Par contre, Kroll ne serait pas contre la poursuite de l’histoire de son Tintin vieux. « J’ai des idées pour la suite. Mais bon, ça prend beaucoup de temps. Et puis comment le public va-t-il recevoir ce que j’ai fait. Je vais peut-être recevoir des tonnes de lettres d’insultes. Ou, au contraire, il y aura une pétition de 200.000 signatures pour demander que je poursuive. » Deux cent mille, peut-être pas, mais en ce qui nous concerne, cet « essai de six pages » mérite une suite.