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Le préservatif protège-t-il contre les infections à papillomavirus?

Parmi les IST, les infections dues aux papillomavirus humains sont très fréquentes. Si le préservatif est indispensable dans la prévention de toute IST, il n’offre pas une protection totale pour les infections HPV (nom du virus en abrégé pour Human Papilloma Virus). Explications avec le Docteur Magali Flamme, dermatologue à Bruxelles.

> Que sont les papillomavirus humains (HPV) ?

La famille des papillomavirus humains (HPV) comporte de très nombreux types qui sont à l’origine de différentes maladies. Certains d’entre eux entraînent des lésions bénignes de la peau (les verrues), des muqueuses des régions génitale et anale (les condylomes) ou extragénitales (bouche, appareil respiratoire…). Ces derniers provoquent des types de lésions de risques différents :

– les papillomavirus à bas risque HPV 6 et 11

– les papillomavirus à haut risque, dits oncogènes, dont les plus courants sont les HPV 16 et 18. Ils sont impliqués dans le développement de lésions précancéreuses ou de cancers de différents organes au premier rang desquels le col de l’utérus mais aussi celui du pénis ou de l’anus.

> Quels sont les modes de transmission ?

Les papillomavirus humains (HPV) se transmettent habituellement par contact direct de peau à peau et, dans les infections génitales, le plus souvent mais pas exclusivement, lors de rapports sexuels avec pénétration. Une petite lésion de la peau (écorchure) ou des muqueuses suffit parfois pour que le virus pénètre dans l’organisme. Sa transmission pourrait aussi se faire de façon indirecte par l’intermédiaire d’objets contaminés (jouets sexuels…). Toutes les pratiques sexuelles peuvent être contaminantes, y compris les rapports bucco-génitaux, dans les couples hétérosexuels et homosexuels. Plus le nombre de partenaires sexuels est élevé, plus le risque de transmission est important. De même, l’existence d’une autre infection sexuellement transmise, par les « blessures » et l’inflammation qu’elle induit sur la muqueuse ano-génitale, facilite la contamination.

> Ces virus qui touchent le col

L’infection à HPV est une maladie sexuellement transmissible, très souvent asymptomatique, ce qui favorise sa dissémination. Toutes les infections à HPV, même celles de type oncogène, n’évoluent pas vers un cancer. Dans environ 80 % des cas, l’infection guérit spontanément. Une infection persistante (10 % à 20 % des cas) peut entraîner l’apparition de lésions précancéreuses du col de l’utérus qui, en l’absence de traitement, risquent d’évoluer vers un cancer. Le cancer du col de l’utérus est une maladie grave, silencieuse et mortelle. Elle touche les femmes dans le monde entier. À l’échelle mondiale, ce cancer occupe le second rang parmi les cancers les plus fréquents chez les femmes de moins de 45 ans et représente la troisième cause de mortalité associée au cancer chez les femmes.

Le cancer du col utérin est une maladie sexuellement transmissible, conséquence d’une infection chronique impliquant certains types de Papillomavirus (HPV).

> Comment prévenir le cancer du col de l’utérus ?

On distingue aujourd’hui deux types de prévention du cancer du col de l’utérus :

– une prévention primaire par la vaccination avant les premiers rapports sexuels qui permet de protéger les femmes des papillomavirus les plus oncogènes ;

– une prévention secondaire qui permet de détecter, grâce à des frottis de dépistage, la présence de cellules anormales dues aux papillomavirus humain.

Face au cancer du col de l’utérus, les femmes bénéficient d’un vaccin préventif efficace contre les souches les plus virulentes de papillomavirus.

> Dangereuses les verrues génitales ?

Les condylomes ressemblent à des verrues en forme d’excroissance, indolore, en crête-de-coq. On les appelle verrues génitales. Elles sont localisées au niveau de la vulve, du pourtour de l’anus mais aussi à l’intérieur du vagin et sur le col de l’utérus. Cette infection génitale peut engendrer des traumatismes physiques et psychologiques, handicapant la vie sexuelle et affective.

C’est dire l’importance d’une prévention par une vaccination ciblant les types de virus HPV responsables de ces verrues (6, 11…). Le diagnostic et le traitement des condylomes s’accompagnent souvent d’une forte anxiété qui relève principalement d’une méconnaissance de la maladie, et notamment de la croyance courante selon laquelle les condylomes seraient liés, d’une manière ou d’une autre au cancer. L’infection génitale à HPV se transmet en général par voie sexuelle. La période d’incubation est variable et il est souvent difficile, voire impossible, de déterminer le moment et la source de l’infection. Le traitement des condylomes est souvent difficile et douloureux. Crème, azote liquide, laser, chirurgie sont les armes dont dispose le médecin. Les taux de récidive sont élevés, ils peuvent dépasser 50 % à un an.

Les types de papillomavirus responsables des condylomes sont différents de ceux impliqués dans le cancer.

La découverte d’un condylome doit conduire à une démarche de dépistage aussi bien chez la personne infectée que chez son ou ses partenaires.

> Existe-t-il des conditions locales favorisant l’infection ?

Trois facteurs sont critiques dans le risque de contracter une infection à HPV : la charge virale (c.-à-d. la quantité de virus présente chez la personne contaminante) lors de l’exposition, la présence de micro-abrasions cutanées ou muqueuses et le niveau d’immunité cellulaire de la personne exposée. Le nombre de partenaires sexuels est le facteur de risque principal pour acquérir une infection à HPV. Ce facteur est indépendant de l’âge, de l’origine ethnique et de la méthode de contraception choisie.

> Quelle prévention ?

Comme pour toutes les infections sexuellement transmissibles, la prévention des infections par HPV de tout type repose avant tout sur le port du préservatif lors des rapports sexuels. Si les préservatifs diminuent le risque, ils n’empêchent pas celui de la transmission via le contact direct des muqueuses sans pénétration (lors de caresses par exemple).

L’utilisation du préservatif est protectrice, mais incomplète, car celui-ci ne recouvre pas toute la zone lors des contacts intimes, cependant il reste recommandé dans tous les cas.

Il existe actuellement deux vaccins contre les infections à HPV qui permettent tous deux une prévention efficace des cancers du col de l’utérus : l’un, le vaccin quadrivalent, protège contre quatre types viraux dont deux oncogènes (HPV 16 et 18) et deux non oncogènes (6 et 11) ; l’autre est un vaccin bivalent qui protège uniquement contre les HPV 16 et 18. La vaccination est inefficace sur la prévention d’environ 30 % des cancers du col, et les vaccins n’ont pas d’effet thérapeutique sur les lésions existantes. La vaccination s’adresse essentiellement aux jeunes filles avant les premiers rapports, elle est indiquée de 9 à 45 ans. En Belgique le vaccin est remboursé chez les filles de 12 jusqu’à 19 ans moins un jour.

Cependant, la vaccination peut être recommandée en dehors des tranches d’âge et également chez les hommes.

Le vaccin ne protège pas contre tous les types d’HPV. Les examens de dépistage du cancer du col et une visite annuelle chez le gynécologue restent indispensables.

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