Douze morts dans l’attentat contre Charlie Hebdo: le plus jeune des suspects s’est rendu à la police!

Mourad Hamyd, 18 ans, soupçonné d’avoir aidé les deux tireurs, s’est rendu «vers 23H00 après avoir vu que son nom circulait sur les réseaux sociaux», a expliqué à l’AFP une source proche du dossier. «Il a été interpellé et placé en garde à vue», a confirmé une autre source proche du dossier, affirmant aussi que «plusieurs gardes à vue» étaient en cours «dans l’entourage» des deux frères recherchés dans cette affaire, Chérif et Saïd Kouachi.

Des opérations ont été menées par le Raid et le GIPN dans la nuit de mercredi à jeudi à Reims et à Charleville-Mézières, dans le cadre de l’enquête sur l’attentat contre Charlie Hebdo, sans apparemment déboucher sur des interpellations, a constaté l’AFP. Une vingtaine de policiers du Raid lourdement armés ont pénétré peu après minuit dans un immeuble du quartier Croix-Rouge de Reims, et en sont ressortis une dizaine de minutes plus tard. Des hommes de la police scientifique en combinaisons blanches leur ont succédé, pour effectuer des relevés et prendre des photos, derrière des rideaux blancs, au premier étage de l’immeuble.

L’opération se déroulait dans une ambiance surréaliste, des dizaines de badauds de tous âges s’étant rassemblés devant l’immeuble et prenant des photos de la scène. D’après des témoins, deux perquisitions simultanées ont eu lieu dans d’autres secteurs du quartier.

D’après une source proche du dossier, les opérations à Reims tenaient plus de «perquisitions et de vérifications» de lieux rattachés aux suspects, que d’une opération visant à des interpellations. Une autre source proche du dossier évoquait une «opération de police, en aucun cas un assaut, ce sont des vérifications de domiciles liées à l’environnement des trois criminels recherchés».

Des policiers ont aussi mené mercredi des perquisitions à Strasbourg et dans plusieurs villes de la région parisienne. Ces opérations n’avaient donné lieu à aucune interpellation en fin de soirée, selon des sources policières.

A Charleville-Mézières, une vingtaine de voitures banalisées transportant des hommes en cagoule, certains avec l’écusson du GIPN sur leur blouson, ont pénétré dans le parking du commissariat central entre 00H15 et 01H15, selon un photographe de l’AFP sur place. L’opération dans la préfecture des Ardennes, non confirmée de source policière, semblait terminée, les hommes étant en train de ranger leur matériel.

Trois hommes dangereux et lourdement armés

Un avis de recherche national a été lancé mercredi soir par la police contre trois hommes, soupçonnés d’avoir participé à l’attaque de Charlie Hebdo à Paris, qui a coûté la vie à douze personnes, a-t-on appris de source proche du dossier.

La police recherche deux frères d’une trentaine d’années, dont un avait été condamné en 2008 pour avoir participé à une filière d’envoi de combattants en Irak. Un troisième homme âgé de 18 ans figure parmi les suspects, et s’est finalement rendu à la police dans la nuit de mercredi à jeudi. Ils sont «considérés comme dangereux et lourdement armés» par les enquêteurs.

Les constatations et les investigations ont mené les enquêteurs sur la piste de ces deux frères, âgés de 32 et 34 ans, nés à Paris et de nationalité française. «Le troisième homme est soupçonné de les avoir aidés dans leur attaque», a expliqué une source policière.

L’un des deux frères est un jihadiste bien connu des services antiterroristes français. Après sa condamnation de 2008, il a été inculpé, avant de bénéficier d’un non-lieu, dans l’enquête sur un projet d’évasion d’un auteur des attentats islamistes de 1995 en France.

(Photo : Photo News)

Cet homme fait partie de ce qui a été appelé «la filière des Buttes-Chaumont», qui visait, sous l’autorité de «l’émir» Farid Benyettou, à envoyer des jihadistes rejoindre en Irak les rangs de la branche irakienne d’Al-Qaïda, dirigée à l’époque par Abou Moussab al Zarkaoui. Interpellé juste avant de s’envoler vers la Syrie, puis vers l’Irak, il a été jugé en 2008 et condamné à trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis.

Deux ans plus tard, son nom a été cité dans le projet de tentative d’évasion de prison de l’islamiste Smaïn Aït Ali Belkacem, ancien membre du Groupe islamique armé algérien (GIA), condamné en 2002 à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commis l’attentat à la station RER Musée d’Orsay en octobre 1995 (30 blessés).

Cet homme était notamment soupçonné d’être proche de Djamel Beghal, une autre figure de l’islam radical français, qui a purgé dix ans de prison pour la préparation d’attentats, avec lequel il était soupçonné d’avoir participé à des entraînements. Après avoir été mis en examen dans cette affaire, il a toutefois bénéficié d’un non-lieu.

Ces indications confirmeraient la fiche de renseignement circulant sur les réseaux sociaux et dévoilant trois personnes recherchées par la police dans une Renault Clio gris clair. La carte d’identité de Saïd K. circulerait ainsi à cause... de sa carte d’identité laissée dans la Citroën C3 abandonnée dans les rues de paris après l’assaut.

Plus de 3000 policiers sont actuellement à la recherche des assaillants, qui sont « au moins deux » selon le procureur de Paris, et « trois criminels » selon le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

« Ils sont tous morts »

« La France est aujourd’hui devant un choc », le choc « d’un attentat terroriste », a déclaré François Hollande, qui devait s’adresser au pays à 20H00, après s’être rendu auprès des rescapés pris en charge à l’Hôtel-Dieu.

Charb, Wolinski, Cabu et Tignous, figures historiques de « Charlie », connus pour leurs dessins irrévérencieux, provocateurs, figurent parmi les morts, selon une source judiciaire. L’économiste et chroniqueur Bernard Maris aussi, a confirmé Radio France.

« Ils sont tous morts », a dit d’une voix blanche à l’AFP Patrick Pelloux, urgentiste et chroniqueur de l’hebdomadaire. « Je suis vivant mais Charb, Cabu, ils sont tous morts… », a-t-il répété, hébété par le drame.

(Charb, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo – Photo News)

Selon un survivant, les agresseurs, cagoulés et vêtus de noir, ont fait irruption en pleine conférence de rédaction et crié : « Nous avons vengé le prophète ! » et « Allah akbar », selon le procureur de Paris.

L’hebdomadaire était visé par des menaces constantes et faisait l’objet d’une protection policière depuis la publication de caricatures de Mahomet fin 2011, a rappelé son avocat, Me Richard Malka.

(Photo : Reuters)

Charb, directeur de la publication, figurait sur une liste de « Recherchés, morts ou vifs, pour crimes contre l’islam » publiée au printemps 2013 par la revue jihadiste Inspire.

Deux policiers ont été tués. L’un d’entre eux assurait la protection de Charb, selon une source proche de l’enquête. L’autre, blessé et gisant à terre, a été tué à bout portant par l’un des assaillants lors de sa fuite, selon une vidéo amateur authentifiée par les enquêteurs.

> La terrible vidéo du policier exécuté par les auteurs de l’attentat (attention, images choquantes).

L’attaque a fait aussi onze blessés dont quatre graves, a précisé le procureur de Paris, lors d’un point de presse.

François Molins a également évoqué « au moins deux assaillants », affirmant qu’un témoin avait constaté la présence, lors de leur fuite, d’un troisième complice dans leur voiture.

Le plan Vigipirate a été relevé à « alerte attentats », le niveau le plus élevé, en Ile-de-France et les sorties scolaires à Paris ont été suspendues. Selon l’Intérieur, près de 500 CRS et gendarmes mobiles ont été déployés en renfort dans la capitale.

Des drapeaux sont en berne, notamment à l’Élysée ou à l’Assemblée. Et des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Paris, Toulouse, Lyon, Nantes et Grenoble. « Les religions, c’est de la merde. Charlie, c’est le droit de penser ça », a souligné à Paris Béatrice Cano, la cinquantaine, le dernier numéro de « Charlie » à la main.

Les réactions indignées se sont multipliées dans le monde. Le secrétaire d’État John Kerry a assuré, en français, que « les Parisiens et tous les Français » avaient le soutien des Américains. Le Conseil de sécurité de l’ONU a dénoncé un attentat « lâche et barbare », Angela Merkel le qualifiant d’« abominable ».

Des milliers d’internautes ont exprimé leur émotion derrière le hashtag #jesuischarlie.

(Photo : Reuters/Gonzalo Fuentes)

> Le résumé des événements :

« Vers 11H30, deux hommes, armés de kalachnikov, ont fait irruption » au siège du journal dans l’Est parisien et « un échange de feu a eu lieu avec les forces de l’ordre », a décrit une source proche de l’enquête.

Ils ont ensuite pris la fuite en voiture, braqué un automobiliste et percuté un piéton.

Le mode opératoire des tueurs, leur calme, leur détermination et leur efficacité, sont la marque d’hommes entraînés militairement, ont souligné des sources policières.

Un témoin travaillant en face des locaux de « Charlie » a décrit sur i-TELE « des corps à terre, des mares de sang, des blessés très graves ».

Des témoins ont raconté à l’AFP avoir entendu, « à 11H30 pile, une trentaine de coups de feu pendant une dizaine de minutes », « c’était fort, répété, très impressionnant ».

Sur la une de Charlie Hebdo paru ce mercredi, « les prédictions du mage Houellebecq : en 2015 je perds mes dents… En 2022 je fais Ramadan ! ». Le dernier livre de l’écrivain controversé prédit l’arrivée au pouvoir d’un parti musulman en 2022.

« C’est un journal qui a été décapité, comme en Syrie, en Irak », a réagi le dessinateur Willem, auprès de l’AFP.

(Photo : AFP/Denis Charlet)

En novembre 2011, le siège du journal avait été détruit dans un incendie criminel, alors qu’il publiait une caricature de Mahomet en une. Son site web avait été piraté, affichant une photo de La Mecque et le slogan : « No God but Allah » (« Pas d’autre Dieu qu’Allah »).

La brigade criminelle de la PJ parisienne, la Sous-direction antiterroriste (SDAT) et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont été chargées de l’enquête.

La France est militairement engagée sur plusieurs terrains contre des groupes militaires jihadistes, notamment au Mali et sur l’ensemble de la zone sahélo-saharienne. Des avions français participent par ailleurs aux bombardements en Irak contre le groupe État islamique (EI).

Les services de sécurité français redoutent que des jihadistes partis en Syrie et en Irak, au nombre d’un millier déjà, commettent des attentats à leur retour en France.

> Ce jeudi, rendez-vous en librairie pour une édition spéciale de 12 pages sur l’attentat contre Charlie Hebdo : l’enquête, notre reportage sur place, les meilleurs dessins, les meilleures Unes, toutes les réactions…

(Photo : Reuters/Gonzalo Fuentes)

(Photo : Reuters/Gonzalo Fuentes)

(Photo : AFP/Martin Bureau)