Rumes: baladez-vous dans les pas de Monique

Monique était son nom de code. En réalité, elle s’appelait Henriette Hanotte.

Elle avait 20 ans quand la guerre s’est déclarée et a d’emblée mis sa connaissance de la frontière au service du réseau d’évasion Comète qui venait en aide aux aviateurs dont l’avion avait été abattu au-dessus du Benelux.

La frontière, Henriette la connaissait comme sa poche depuis sa prime jeunesse. « Elle habitait Rumes et suivait les cours en France. C’est pourquoi, elle savait tout de la frontière : l’horaire des rondes des douaniers, les petits chemins, les aboiements des chiens, etc. », raconte le Rumois Bernard Leclercq, l’un des créateurs du circuit transfrontalier qui permet désormais aux promeneurs de se souvenir de cette héroïne de guerre, toujours bon pied bon œil à presque 95 ans ! À tel point qu’elle fait encore, de temps à autre, profiter les autres de son expérience. « La ligne Comète que je représente aujourd’hui guidait les aviateurs tombés en pays alliés pour leur permettre de regagner la Grande-Bretagne et reprendre le combat. Ils passaient par la France, les Pyrénées, l’Espagne et Gibraltar ».

Des frayeurs quotidiennes

Dès le début de la guerre, la jeune femme a fait passer la frontière à des soldats français. Trois ans plus tard, elle est devenue « Marie » puis « Monique » et a passé 50 aviateurs par Bachy, 45 par Hertain.

La Rumoise, aujourd’hui établie à Nivelles, a consigné les photos de ces hommes, leurs noms inscrits dans un petit carnet qu’elle conserve encore précieusement. Le feuilleter, c’est replonger dans ces moments de risques et de frayeurs. C’est aussi évoquer la chance qu’il a fallu pour passer entre les mailles des filets allemands. «  J’ai souvent eu très peur », confie Henriette. Elle se souvient de ces moments de stress, quand les Allemands s’asseyaient près d’elle et des aviateurs dans le train. Il ne fallait surtout pas que les alliés doivent ouvrir la bouche… « Mais malgré tous les risques, si c’était à refaire, je le referais sans hésiter  ». C’est ce fabuleux destin que les communes de Bachy et de Rumes font revivre aujourd’hui à travers un itinéraire transfrontalier. Il colle au plus près à l’itinéraire qu’empruntait la jeune guide il y a 70 ans. « On n’a pas pu passer exactement aux mêmes endroits en raison de changements dans l’urbanisation mais on arrive à bien cibler la zone quand même », notent Jacki Naud (F) et Bernard Leclercq.

Au-delà du devoir de mémoire et de la mise à l’honneur d’une héroïne, le bourgmestre de Rumes se réjouit que l’Eurométropole «  se construise par les acteurs de base ». Et de préciser que l’histoire n’est pas close : un projet de stèle et de panneaux didactiques le long du circuit est sur les rails. Plus rien ne s’oppose donc à ce que vous emboîtiez le pas à Monique.