Migrants en Méditerranée: L’Europe, dont la Belgique, se prépare à s’attaquer aux passeurs en Méditerranée

«Je vois un large consensus» émerger afin de «démarrer la phase deux» de cette opération, baptisée EU Navfor Med, a-t-elle affirmé devant la presse à l’issue d’une réunion des ministres européens de la Défense à Luxembourg.

Mme Mogherini a ajouté qu’elle sonderait également les ministres des Affaires étrangères des 28 sur le sujet lors de leur réunion prévue vendredi et samedi, toujours à Luxembourg, qui assure la présidence tournante de l’UE au second semestre.

« Je m’attends à ce que nos discussions, également sur d’autres éléments de notre stratégie (pour faire face à l’afflux de migrants débarquant en masse en Europe) contribueront à résoudre cette crise », a-t-elle souligné.

La chef de la diplomatie européenne a proposé aux Etats-membres de passer de la phase un (qui consiste depuis deux mois à rassembler des informations depuis les eaux internationales sur ces réseaux qui opèrent au départ des côtes libyennes) à la phase deux, qui est la lutte contre les trafiquants et les contrebandiers en haute mer.

La chef de la diplomatie évoquait le lancement de ce que les militaires et diplomates européens appellent la phase 2A d’EU Navfor Med, limitée aux eaux internationales. Une éventuelle phase 2B, dans les eaux territoriales libyennes, dépend soit de l’accord des autorités libyennes - mais le pays reste plongé dans le chaos avec deux parlements et deux gouvernements rivaux en dépit d’une médiation de l’ONU - ou d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, au sein duquel la Russie traîne les pieds.

Le commandant d’EU Navfor Med, l’amiral Enrico Credendino, avait proposé la semaine dernière aux 28 Etats membres de l’UE de passer à cette phase plus offensive, qui pourrait débuter d’ici le 1er octobre.

Concrètement, dans le cadre de cette deuxième phase, les navires de guerre européens pourront arraisonner, fouiller, saisir et dérouter des navires suspectés de servir aux passeurs, mais à condition de ne pas entrer dans les eaux territoriales libyennes.

La phase trois devrait permettre « l’élimination » des « navires et des actifs connexes, de préférence avant utilisation, au plus près des côtes libyennes, et d’appréhender les trafiquants et les contrebandiers » en « pleine conformité avec le droit international, dont le droit humanitaire et des réfugiés ainsi que les droits humains », selon une déclaration publiée en juin par les ministres des Affaires étrangères des 28.

Au stade actuel, quatre navires - un vaisseau amiral italien, le ’Cavour, un britannique et deux allemands - participent à l’opération EU Navfor Med.

En cas de feu vert politique au lancement de la phase deux, l’Union européenne devra encore organiser une conférence de génération de force pour trouver des moyens militaires supplémentaires (navires, avions de patrouille maritime et éventuellement drones). La Belgique a proposé d’y affecter une frégate, le ’Leopold 1’, a confirmé mercredi soir le ministre belge de la Défense, Steven Vandeput, à l’agence Belga.

Lors de leurs patrouilles en Méditerranée, les navires de l’opération ont participé cet été à neuf opérations de secours de barques de migrants en difficulté, contribuant à sauver du naufrage 1.500 personnes, selon Mme Mogherini.

A seize occasions au moins depuis que l’opération a été lancée, le 18 mai - elle est pleinement opérationnelle depuis le 27 juillet - «nous aurions pu nous lancer à la poursuite de passeurs et de trafiquants», a-t-elle assuré.

En Belgique, la frégate Leopold prête à agir

Le ministre de la Défense, Steven Vandeput, s’apprête à proposer au conseil des ministres l’envoi d’une frégate, le ’Léopold I’ pour une mission de deux mois à trois facettes en mer Méditerranée et éventuellement dans le Golfe persique, a-t-il indiqué à l’agence Belga.

Ce navire, qui a effectué au printemps une mission de renforcement des capacités des pays d’Afrique de l’ouest pour assurer la sécurité de leurs eaux territoriales et lutter contre la piraterie et de nombreux trafics, devait se rendre dans les Caraïbes pour participer à une patrouille anti-drogue avec la marine néerlandaise.

Mais son programme est en passe de changer, a confié mercredi soir M. Vandeput en marge d’une réunion des ministres européens de la Défense à Luxembourg, tout en plaidant pour que l’Union européenne s’engage plus activement dans la lutte contre les réseaux de trafiquants en mer Méditerranée.

Le ministre compte, a-t-il expliqué, proposer au gouvernement d’approuver une double mission pour la frégate: un mois de participation, à partir de la mi-octobre, à l’opération européenne EU Navfor Med, qui vise à anéantir les réseaux criminels de passeurs de migrants responsables de la mort de centaines de personnes en Méditerranée, suivi d’un mois dans le Golfe persique comme navire d’escorte du porte-avions nucléaire français ’Charles de Gaulle’. Ce bâtiment pourrait en effet effectuer un nouveau déploiement avec des chasseurs-bombardiers Rafale qui bombarderaient des objectifs de l’Etat islamique (EI) en Irak, après celui réalisé entre février et avril derniers.

M. Vandeput a lui-même souligné que la date de départ de la frégate était tributaire d’une décision européenne de passer de la phase 1 (surveillance) à la phase 2 (la lutte contre les trafiquants et les contrebandiers en haute mer, avant de l’étendre ensuite, idéalement, aux eaux territoriales libyennes).

Il a toutefois plaidé en faveur d’un passage rapide à la phase 2 - également évoqué jeudi matin à Luxembourg par plusieurs autres ministres, ainsi que par la haute représentante pour la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini - en expliquant que les intérêts de l’Europe dans son ensemble étaient en jeu dans cette crise des migrants.

Durant sa période en Méditerranée, le ’Leopold 1’ participera aussi, simultanément, à l’opération de l’Otan «Active Endeavour», lancée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et qui vise à «détecter» et «décourager» les activités terroristes sur le flanc sud de l’Alliance atlantique.

M. Vandeput a cependant prévenu que le déploiement de la frégate dans le Golfe, aux côtés du ’Charles de Gaulle’ dépendait de la réponse française à cette offre belge.

Mais il s’est voulu optimiste en soulignant que «même avec un petit budget», la Défense pouvait faire preuve de créativité et participer à plusieurs opérations différentes avec un seul bâtiment.