Marie Peltier doit justifier l’achat de billets de train auprès de BNP Paribas... parce qu’elle a participé à un gala sur la Syrie

Spécialiste des questions portant sur la Syrie, Marie Peltier était loin d’imaginer que sa dernière participation au gala caritatif de l’ONG Syria Charity, qui s’est tenu à Villejuif (France) le 17 octobre, la conduirait à un bras de fer avec sa banque. Le problème? La combinaison Thalys/Syrie qui a poussé BNP Paribas Fortis à bloquer une transaction de… 130 euros sur son compte. «Ce lundi, un agent de BNP Paribas m’a téléphoné pour me demander de justifier l’achat des billets Thalys», relate-t-elle. «J’ai refusé de lui répondre, en lui disant que cela relevait de la vie privée. Dans ma tête, j’ai très vite relié cela au fait que je me rendais à une conférence sur la Syrie. Mais je me demandais comment la banque avait pu faire le lien entre ce trajet et cette conférence, puisque rien dans ma réservation de billets de train ne l’évoquait.»

C’est après un rendez-vous auprès de son agence, mardi, que Marie a appris ce qui posait problème: un versement sur son compte bancaire réalisé par Syria Charity quelques jours après l’événement. «L’organisation a voulu me rembourser mes frais de logement et de déplacement», précise-t-elle. C’est cette somme, 130 euros, que la banque a décidé de bloquer. «Parce que cela vient, selon eux, d’un organisme «non-reconnu» lié à la Syrie. Ce qui est faux, une simple recherche sur Internet permet de vérifier qu’il est subsidié», peste notre interlocutrice.

Qui doit maintenant justifier le bien-fondé de cette transaction pour permettre à BNP Paribas Fortis de débloquer la somme. Cela devrait être fait dans les 48 heures, assure la banque. En attendant, Marie Peltier a déjà consulté un avocat pour envisager la suite des événements. Pour elle, le comportement de son agence bancaire relève de «l’abus de pouvoir, au prétexte de l’anti-terrorisme et du souci de la légalité.» Et si elle partage aujourd’hui sa mésaventure, c’est parce qu’elle est révélatrice d’une problématique beaucoup plus globale. «Cela fait quatre ans que les acteurs civils et humanitaires engagés dans la solidarité avec les Syriens ont les pires ennuis avec les banques, en Belgique. Toute transaction liée de près ou de loin à la Syrie peut être considérée par la banque comme suspecte et donc être bloquée. Il y a des tas d’organisations qui ont vu des dons qui leur étaient faits être retenus par l’institution bancaire.»

Cette histoire en dit long, insiste-t-elle, sur la parano qu’entraîne le conflit syrien dans nos contrées. «Dans bien des esprits, Syrie = Terrorisme. Dans cet état d’esprit, toute personne qui s’engage pour les Syriens, qui veut sensibiliser au sujet de ce conflit, qui parle de solidarité, d’engagement, est considérée comme «sujette à caution ».Derrière cela, une réalité: le Syrien en tant que personne humaine digne, plus encore le Syrien en tant que sujet politique, aux yeux de beaucoup, n’existe pas», conclut-elle.