Née un mardi-Gras, elle a porté la robe de Gille en 1950: Gillette, la perfection binchoise

Le 12 février 1950, Gillette Primon, deux ans et le virus carnavalesque dans le sang, a eu l’extrême, autant que rare, privilège de pouvoir faire la… gillette accompagnée de son parrain Gérard Flot dans la société des « Supporters ».

« Je suis très fière d’avoir pu participer au Carnaval même si je ne m’en souviens plus », témoigne la principale intéressée. « Le bourgmestre de l’époque, Charles Deliège, avait donné une dérogation spéciale à mes parents pour que je puisse sortir la matinée du Mardi Gras, en costume de gille mais avec une jupe à la place du pantalon, preuve photographique à l’appui. À ma connaissance cela n’était jamais arrivé auparavant et ne s’est pas non plus reproduit. »

Un événement qui ne pourrait plus se produire de nos jours et tout spécialement depuis que la charte avec l’UNESCO a été signée stipulant qu’un gille doit être un homme. « À l’époque bien entendu, tout le monde en avait parlé » confirme Walter, toujours bon pied bon œil malgré ses 87 ans et qui se souviens de ce jour comme si c’était hier. « Mais cela n’avait choqué personne et beaucoup de gens étaient curieux de voir la toute première gillette de l’histoire du Carnaval de Binche. »

Née un Mardi Gras

Retour le 10 février 1948. Walter Primon et Élisabeth Flot s’attendent d’un instant à l’autre à la naissance de leur premier enfant. Tout se présente bien hormis le fait que nous sommes à Binche, un Mardi Gras, jour sacré pour tout Binchou qui se respecte.

L’accouchement se passe sans aucun souci et le bébé peut pousser ses premiers cris dans les bras de la sage-femme rappelée dare-dare… du café dans lequel elle avait ses habitudes en temps de Carnaval. Le prénom de la petite est par conséquent tout trouvé. Walter et Élisabeth l’appelleront Gillette. « Lorsqu’il a fallu lui choisir un prénom, nous n’avons pas hésité longtemps », nous explique Walter. « Toute la famille de ma femme faisait le gille chez les « Supporters ». C’est donc tout naturellement qu’en soirée, ils sont tous venus en tambours pour souhaiter la bienvenue à la petite Gillette. »

Refus de l’Etat-civil

Gillette, un prénom évidemment peu commun et qui a même été refusé par les autorités communales de l’époque. « Officiellement je me prénomme Gisèle mais personne ne me connaît sous ce nom-là. Je suis fière de mon prénom, de son histoire et de tout ce que cela a pu impliquer. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je n’ai jamais subi de moquerie que ce soit à l’école ou dans la vie de tous les jours, même durant l’avènement de la marque de lames de rasoirs. »

Avec sa fille Laetitia et ses petits-enfants Nathan et Samuël, tous les deux membres de la société des… « Supporters », Gillette fêtera ce mercredi son 68e anniversaire et fera tout pour que la tradition folklorique familiale perdure.

Thomas Donfut