Plus d’un Wallon sur cinq renonce à se soigner, les femmes et les familles monoparentales sont les premières touchées

La médecine n’a jamais été aussi ’fortiche’, on ne cesse de nous dire qu’on vit dans un Pays de Cocagne en matière de soins de santé et de Sécurité sociale et, pourtant, de plus en plus de Belges sont amenés à devoir faire une croix sur leur santé au quotidien… Les derniers chiffres disponibles auprès des Mutualités socialistes – Solidaris, qui portaient sur l’année 2014, montraient que plus d’une personne sur cinq était dans ce cas.

Or, la précarité est loin de reculer… On peut donc imaginer que ça ne s’est pas amélioré depuis. «  Vraisemblablement, ces chiffres augmentent. Mais il est encore trop tôt pour les données 2015  », explique Jacques Huchon, conseiller Soins de santé – direction Études chez Solidaris. «  Sur le terrain, on a toutefois l’impression que les choses ne s’arrangent pas. Il est par exemple effrayant de voir des affiliés venir nous trouver, comme cette dame, désargentée, qui ne sait plus manger à cause de ses mauvaises dents mais qui ne sait pas aller chez le dentiste. »

Précarité et préjugés

Reporter des soins dont on aurait cruellement besoin, voire carrément y renoncer, est une réalité chez nous. Même si ces soins sont couverts par l’assurance soins de santé. Soit qu’on n’a même pas les moyens de sortir l’argent du ticket modérateur (la part de notre poche), soit qu’on connaît mal les mécanismes de remboursement, soit, encore, à cause d’idées fausses qui ont la dent dure… C’est précisément le cas avec les soins dentaires : «  Dans l’esprit de beaucoup de gens, le dentiste reste cher  », confirme Jacques Huchon. Avec l’achat de médicaments, la visite chez le dentiste fait partie du top 3 des soins que l’on sacrifie en premier. Le remboursement s’est pourtant fortement amélioré ces dix dernières années. Mais, suite aux abus de certains, les dentistes ne pratiquent plus le tiers payant (le fait, pour le patient, de ne rien payer au cabinet du praticien, qui voit directement avec la mutuelle) pour les personnes en détresse financière, ce qui n’arrange évidemment pas la situation… Ces personnes, qui ne bénéficient pas toujours du statut BIM (tarif préférentiel), se retrouvent donc davantage hors circuit.

Osez demander !

Et si, avant de différer, on posait la question, tout simplement ? «  On peut demander ce qu’un soin va coûter, conseille M. Huchon. Ce n’est pas toujours possible d’avoir une réponse au centime près, mais on peut au moins demander une estimation et ce, dans tous les domaines des soins de santé. Mais il y a une pudeur vis-à-vis du coût… Les gens ont peur alors que chez le garagiste, ils osent demander combien va coûter une réparation ou un entretien. »

Demander un devis fait partie du droit des patients, et les prestataires de soins se doivent d’être transparents face aux tarifs demandés, même si certains ne le font pas d’initiative. Les médecins conventionnés, entre autres, doivent l’afficher dans leur salle d’attente. En choisissant d’être conventionnés (+ de 80 % des généralistes le sont en 2016), les médecins s’engagent à respecter les tarifs Inami, sans suppléments. Pas de mauvaise surprise, donc, au moment de sortir le portefeuille.

Les populations les plus touchées

Les femmes et les familles monoparentales sont les plus impactées par le report des soins de santé, contrairement aux couples sans enfants. «  Les mamans se privent de soins pour ceux de leurs enfants  », analyse le conseiller soins de santé de Solidaris. «  Les hommes peuvent êtres dans la même situation, mais ils en parlent moins. » Les inégalités salariales entre hommes et femmes jouent-elles un rôle ? «  Non, c’est vraiment le fait de vivre seul, car il faut assumer le loyer, les charges tout seul. Même si on gagne ’bien’ sa vie, on peut vite tomber dans la précarité. »

Les moins de 45 ans sont davantage concernés que les seniors, sans doute parce que ceux-ci ont des traitements plus lourds, dont ils ne peuvent se passer. Ils font donc des sacrifices sur d’autres postes budgétaires pour se payer leurs médicaments, alors que les 18-30 ans peuvent encore s’en passer sans effets graves. L’étude 2014 de Solidaris montrait également que près d’un Wallon sur dix avait renoncé à des médicaments sur prescription médicale, qui n’étaient donc vraiment pas du luxe, un chiffre qui grimpait à 27 % dans les familles monoparentales.

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Des disparités selon les régions

Les soins de santé auxquels on renonce ou que l’on postpose diffèrent selon les provinces. Ainsi, dans le Hainaut, les médicaments et les consultations chez le généraliste sont en première ligne, alors que les Namurois reportent d’abord les soins dentaires. Au Luxembourg, on fait une croix sur le médecin spécialiste et dans le Brabant wallon, on diffère les hospitalisations. Enfin, à Liège, une petite partie de la population retarde les soins chez le kiné et les examens cliniques, comme les prises de sang.

Des outils pour vous aider

-Si vous avez un Dossier Médical Global (DMG), demandez un formulaire à votre médecin traitant quand il vous envoie chez un spécialiste afin d’obtenir un tarif préférentiel. Exemple* : une femme paie 7€ de ticket modérateur chez le gyné au lieu de 12€ si elle est assurée ordinaire, et 1€ au lieu de 3€ avec le statut BIM (ex-VIPO).

-Pas de DMG ? Demandez-le ! Votre consultation chez le généraliste vous coûtera 4€* au lieu de 6€, et 1€ au lieu d’1,5€ si vous êtes BIM (* montants de l’intervention personnelle si le malade va chez un médecin conventionné).

-Combien va vous coûter votre accouchement, une intervention chirurgicale ou une consultation ? Tapez www.solidaris.be et allez sur l’onglet « outils en ligne », puis descendez jusqu’à « outils pour se soigner moins cher ». Vous pourrez y consulter le coût moyen d’une hospitalisation (en différents hôpitaux du pays), mais aussi les médicaments les moins chers, calculer vos « remboursements de soins » après une consultation et/ou avoir une idée d’un honoraire avant d’aller chez un spécialiste (conventionné).

En collaboration avec Solidaris

A lire dans le supplément Maxx des quotidiens du groupe Sudpresse de ce samedi, ainsi que dans nos éditions numériques, sur http://num.sudinfo.be