Allergiques, sortez vos mouchoirs : les beaux jours ramènent les pollens…

Mais pourquoi éternue-t-on comme ça ? Qui sont donc ces allergènes qui chatouillent sans répit les narines de près d’un tiers des adultes belges (et 11% des enfants) et les font pleurer du printemps à l’automne, voire toute l’année en cas d’allergie aux acariens ?

Ces « rhinites allergiques », dites aussi « rhume des foins » même si le foin est loin d’être seul en cause, sont une réaction exacerbée de notre corps au contact de substances comme les grains de pollens, les acariens ou les protéines de salive que les animaux domestiques laissent sur leur pelage en se léchant. Ces allergènes peuvent aussi provoquer des conjonctivites, et jusqu’à des crises d’asthme dans les formes les plus sévères.

Pourquoi une réaction aussi explosive face à un micro-grain de pollen offert par Dame Nature pour assurer sa reproduction ? Parce que notre organisme, à qui il arrive de se tromper, fabrique trop d’anticorps de type allergique, et de façon inadéquate : il lève une armée de petits soldats « immunoglobulines E » (IgE) et les envoie en rangs serrés contre ce qu’il prend pour un ennemi, qu’il s’agisse d’un pollen de noisetier, de platane, de plantain, ou encore d’un acarien ou d’un chat qui passait par là.

A leur contact, les muqueuses du nez et des yeux, parfois jusqu’à celles des voies respiratoires basses, déclenchent un processus inflammatoire qui provoque, entre autres, des torrents d’eau. Bonjour le nez qui coule et les yeux qui pleurent. « Cette eau est produite par toutes les cellules des muqueuses pour éliminer le corps étranger », explique le Dr Anne Vergison, médecin-conseil national à la Direction médicale des Mutualités Solidaris.

Faute d’ennemis à combattre…

« Mais pourquoi moi ? », direz-vous… Par hérédité, peut-être : l’enfant de deux parents allergiques court 75% de risques de l’être à son tour. L’exposition aux antibiotiques, au tabagisme et à la pollution - notamment aux particules du diesel - sont autant de causes possibles. Une autre hypothèse convainc de plus en plus de spécialistes : celle de ‘l’hygiénisme’ (excès d’hygiène) qui réduit l’exposition des bouts d’chou à des corps étrangers qui aident en principe l’immunité à se forger, de même que la disparition de plusieurs maladies infantiles (coqueluche, rougeole, oreillons) : et si le système immunitaire, contraint à se tourner les pouces en l’absence de virus et bactéries à combattre, perdait la tête et surproduisait ces immunoglobulines E ?

Pour savoir à quoi l’on est allergique exactement (acariens ? haie de charmes autour de notre jolie pelouse ?), « on peut doser ces IgE dans le sang ou vérifier leur présence par des tests cutanés, poursuit le Dr Vergison. Cependant, ce n’est pas parce qu’on a trop d’IgE qu’on va forcément avoir des symptômes allergiques. » On peut aussi être sensibilisé au bouleau… et éternuer face à un grain de pollen de noisetier ! Parce qu’en plus d’être compliquées, les allergies peuvent aussi être ‘croisées’ : la réaction peut se produire en croisant le chemin d’un allergène similaire, par exemple en mangeant un kiwi ou une amande quand on est sensible au bouleau.

Le bouleau

Comment s’en protéger ?

Des conseils pour limiter les dégâts, oui. « Mais il n’y a pas de recette-miracle pour lutter contre les allergènes », prévient Anne Vergison. Surtout quand il s’agit d’allergies aux acariens ou aux pollens (il est plus facile d’éviter un chat). Seule solution : fuir au maximum les contacts avec l’ennemi.

Vous êtes allergique aux acariens :

-Veillez à ce que les pièces de la maison ne soit ni trop chaudes, ni trop humides pour ne pas en faire un motel de rêve pour acariens. Par contre, ils détestent l’altitude et jouent les abonnés absents au-delà de 1.000m, filez donc à la montagne ! (Non, pas Botrange, ce n’est que 700m, mais plutôt les Vosges, pas si loin de la Belgique).

-Lessivez le linge de lit régulièrement (chaque semaine ou tous les quinze jours, selon l’ampleur de vos symptômes). Attention, « il faut plus de 60° pour tuer les acariens », précise notre interlocutrice. Nos petites peaux mortes, comme notre transpiration la nuit, constituent un garde-manger pour les acariens qui y trouvent des nutriments.

-Vous êtes sensible aux pollens :

-Aérez tôt le matin, quand l’air n’est pas encore trop chargé en pollens, puis fermez les fenêtres (idem en voiture) ; De même, sortez en début de matinée ou après une averse (les pollens sont collés au sol). Portez des lunettes solaires pour faire barrage aux pollens vers les muqueuses de l’œil : « c’est le contact qui provoque la réaction inflammatoire », souligne le Dr Vergison.

-Evitez d’aller vous balader en plein pic de pollution ou près d’une pelouse qui vient d’être tondue (les pollens sont remis en circulation dans l’air). Renoncez à mettre le linge à sécher dehors si vous ne voulez pas en faire un attrape-pollens 5 étoiles.

-A la maison, évitez le tabac, mais aussi les parfums d’intérieur et désodorisants, irritants pour les voies respiratoires.

-Offrez-vous un séjour à la mer où les pollens – tout particulièrement ceux de bouleau qui sévissent en avril-mai – sont moins présents (pas de différence, par contre, pour ceux des graminées).

Une couverture pour piéger les acariens

Le marketing surfe sur ce phénomène croissant des allergies en proposant une déclinaison de literie et de linge de lit étiquetée « anti-acariens ». Il existe même une nouvelle couverture « piège à acariens », qui fonctionne sur le principe attractif des phéromones pour séduire les acariens et les piéger. Qu’en penser ? « On n’a pas beaucoup de données scientifiques sur la durée d’efficacité de ces produits », analyse le Dr Vergison. « On ne sait pas non plus jusqu’à quelle densité d’acariens il faut descendre pour avoir des résultats cliniques (disparition des symptômes allergiques, Ndlr). » La literie dite « anti-acariens » représente un investissement financier important, alors qu’une hygiène correcte du matelas et des draps peut déjà suffire à améliorer les choses. Ne plongez donc pas trop vite dans le « piège à acariens »…

Les traitements

Gouttes pour les yeux et le nez dans un premier temps. Des antihistaminiques sont aussi proposés, mais ils provoquent de la somnolence chez certaines personnes. Des corticoïdes à usage local peuvent aussi soulager.

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Ces traitements ne visent toutefois que les symptômes. Il n’y a pas (encore) de médicament pour prévenir ni guérir les allergies, si ce n’est l’immunothérapie, qui permet dans certains cas d’obtenir un répit pendant quelques années. « Le mieux, pour l’instant, c’est la désensibilisation, qui est efficace sur la rhinite allergique due aux pollens et aux acariens, mais pas forcément sur l’asthme pour lequel on n’a pas encore assez de données. Mais cette immunothérapie exige beaucoup de compliance des patients : c’est long (3 ans), avec un comprimé sublingual à prendre tous les jours, et ce n’est pas remboursé, or ça représente un budget d’environ 500€ par an », explique le Dr Vergison.

La pollution et le changement climatique expliquent aussi l’explosion du nombre d’allergies. Sous l’effet de la première (déjà irritante en soi pour les voies respiratoires), les grains de pollens expriment différentes protéines à leur surface et mutent. Le réchauffement climatique agit, lui, en important chez nous des espèces végétales étrangères à notre système immunitaire (telle l’ambroisie), mais aussi en dopant le nombre de grains de pollens de nos plantes indigènes et en allongeant les durées de floraisons.

En collaboration avec Solidaris

Retrouvez cet article dans le supplément Maxx des quotidiens du groupe Sudpresse de ce samedi, ainsi que dans nos éditions numériques, sur http://num.sudinfo.be