Suicide: comment aider nos ados? Conseils pour affronter cette dure réalité qui suscite l'effroi à chaque actualité

« Comment savoir ? » « Comment le voir avant qu'il ne soit trop tard ? ». C'est la question que tout le monde se pose... « L'impulsivité de certains passages à l'acte est telle qu'elle nous laisse démunis », reconnaît Florence Ringlet, directrice thérapeutique d’« Un Pass dans l'Impasse », association partenaire de Solidaris. « Certains jeunes semblaient « sans problèmes » car extérieurement, ils étaient tellement adaptés qu'on n'aurait pas pu soupçonner leur souffrance. Mais le suicide ne se produit pas sans avertissement. L'ado peut cumuler une série de signes, son comportement peut se modifier, son discours être porteur de messages à décoder. »

A nous « d’accuser réception » de ces messages… Mais comment ? Quels sont les signes avant-coureurs ? L’ado, en quête d’indépendance vis-à-vis de ses parents, peut aussi 'activer' ses messages d'alerte auprès d'un tiers qui ne vit pas sous le même toit : un grand frère, des grands-parents, un parrain...

Ecoutez-le et observez-le, aussi

« Parmi les indices, il peut y avoir des messages directs : verbaux, allusions à la mort, menaces de suicide, automutilation ou comportements dangereux », poursuit Mme Ringlet. « Il y a aussi des signes indirects : allusions au suicide, travaux scolaires en rapport avec la mort, attrait soudain pour les armes à feu ou les produits toxiques, préparation de son départ par une lettre d'adieu ou le don d'un objet à forte valeur personnelle. »

Faute de mots, le non-verbal peut trahir l'intention suicidaire : « Le jeune perd son intérêt pour ses activités, il recherche la solitude, se replie sur lui-même, évite les contacts et refuse de communiquer ou montre une absence d'émotions », souligne la directrice thérapeutique. Outre le décrochage scolaire, le jeune en mal-être peut changer d'apparence, devenir négligé, montrer un désintérêt général mais se passionner pour la mort ou des sujets associés (réincarnation, par exemple). La consommation excessive d'alcool, de drogues, voire de médicaments est aussi un facteur aggravant.

Des facteurs de gravité

Si le jeune est déprimé, il va d'autant moins exprimer sa souffrance par des mots. « La dépression est parfois minimisée, surtout chez les ados, et peut être, à tort, assimilée aux symptômes de la « crise d'adolescence ». L'ado dépressif est irritable, il se plaint souvent d'avoir mal quelque part, il peut montrer des variations de poids et être tenté par les drogues. »

Qui dit « comportements à risques » ne dit pas forcément « risque suicidaire ». Mais il y a des facteurs de gravité qui doivent attirer l'attention. « L'âge, par exemple : si les premières conduites de rupture surviennent en-dessous de 15 ans. Le cumul : fugues, automutilations, alcool, cannabis. L'intensité du comportement est aussi un signe : faire un coma éthylique n'est pas une « simple » cuite. Enfin, la répétition : ces conduites se reproduisent, elles ne sont pas isolées. »

La prévention commence « chaque fois qu'on encourage l'ado dans son estime de soi, qu'on lui apprend à solutionner ses problèmes et à trouver en lui des ressources pour agir, par exemple pour gérer ses conflits, ou encore qu'on le soutient à développer un talent, à être lui, à exprimer sa singularité et à lui donner forme », conclut Mme Ringlet.

A faire

Commencer par mettre ses jugements de valeur de côté : le suicide n'est ni affaire de « courage », ni de « lâcheté », il vise à arrêter d'avoir mal.

Ecouter l'ado attentivement et calmement. Comprendre et respecter ses sentiments, ses opinions et valeurs, et reconnaître sa souffrance.

Lui parler à la fois ouvertement et honnêtement, sans lui donner de fausses espérances en lui faisant croire que tout va se résoudre et en se centrant sur la dissuasion.

Eviter le mode binaire : c'est-à-dire se dire « Ouf ! » si la réponse est « non » à la question « Veut-il vraiment mourir ? », ou au contraire penser « Au secours ! » si c'est « Oui ». Préférer les questions constructives, comme : « Qu'est-ce qui te fait souffrir ? », « Comment puis-je t'aider ? »

Etre authentique et humble, sans tricher ni vouloir à tout prix essayer de tout comprendre et de tout régler.

A éviter

L'interrompre régulièrement, lui poser des questions insidieuses et/ou faire des remarques personnelles.

Minimiser/banaliser son problème, mettre en cause ce qu'il dit. Montrer une condescendance dominatrice et juger : la souffrance de l'autre ne se mesure pas en volume, il n'y a pas de « petites » ni de « grandes » souffrances.

Etre choqué, montrer son émotion, son embarras devant lui. Lui dire qu'« on est trop occupé ».

Faire tout pour combattre le risque de passage à l'acte... sans s'intéresser au pourquoi de son comportement.

Essayer de régler le problème tout seuls, entre parents, si on est perdus devant la tâche : le médecin de famille peut être un bon allié, de même que les centres spécialisés comme Un Pass dans l'Impasse.

Ne JAMAIS le mettre au défi de se suicider, sous prétexte qu'on pense que ce n'est qu'une « bêtise » ou un « chantage ».

En collaboration avec Solidaris