Dopage mécanique: un reportage de Stade 2 dévoile des images troublantes et alimente les rumeurs de vélos à moteur (vidéo)

Depuis le cas de Femke Van den Driessche en janvier dernier, qui a sonné comme le premier cas officiel de dopage mécanique dans le cyclisme moderne, le spectre de cette tricherie semble enrober le peloton… Les cas suspects s’accumulent, les théories sur des coureurs du top fusent sur Internet, mais aucune preuve ne vient étayer ces hypothèses. L’émission française Stade 2 et le quotidien italien Corriere della Sera ont pourtant de nouvelles images à fournir pour confirmer la suspicion d’un dopage mécanique dans le peloton.

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Le dossier ne passe pas inaperçu en cette période où les doutes sont encore le lot quotidien des cyclistes professionnels… Le cas de tricherie de Femke Van den Driessche a ouvert la boîte de Pandore : oui, il est possible d’utiliser un moteur discret dans son vélo. Alors, le peloton doit se justifier et confirmer qu’il n’use pas de ces méthodes honteuses pour continuer de faire son métier sereinement. Et pourtant, les cas suspects se multiplient depuis plusieurs années. Il y eut Fabian Cancellara sur le Tour des Flandres et Paris-Roubaix en 2010. Il y eut le vélo de Ryder Hesjedal sur le Tour d’Espagne 2014. Mais aussi celui de Nairo Quintana sur cette même Vuelta. Et puis, ces nombreux témoignages de commentateurs extérieurs, comme Davide Cassani ou Mario Cipollini, confirmant l’existence de ces moteurs, sans toutefois prouver leur utilisation sur les courses cyclistes actuelles. Mais le fait que ce dopage mécanique existe suffit à lancer de nouvelles suspicions sur les coureurs.

Une caméra thermique utilisée

Le dossier dévoilé par France 2 et le Corriere della Sera arrive donc comme une nouvelle arme pour les habitués de ces théories. Outre les éléments déjà connus, comme les vidéos de Cassani, ce constructeur italien qui monte des vélos avec moteur pour les amateurs ou le cas de Van den Driessche, les journalistes français et italiens dévoilent grâce à une caméra thermique des zones de chaleur étranges sur les vélos de certains coureurs sur le Strade Bianche, le 5 mars dernier, ou sur une course amateur italienne, le lendemain. Le pédalier ou la cassette arrière apparaissent ainsi plus chaud sur le vélo de certains coureurs par rapport à d’autres. Cela n’indique pas forcément la présence d’un moteur, mais les images ont de quoi intriguer les spécialistes.

Toujours selon le Corriere della Sera, sept vélos ont paru suspects sur ces caméras thermiques utilisées sur le Strade Bianche et sur la Semaine Coppi et Bartali : un moteur aurait ainsi été repéré dans la tige de selle de cinq vélos, et un autre à l’arrière de deux autres machines. Des experts en imagerie thermique affirment pour leur part que le seul moyen de créer une telle zone de chaleur est l’utilisation d’un moteur. Les images ont même surpris le président de l’Union Cycliste Internationale (UCI) Brian Cookson, interrogé sur France 2. « Peut-être qu’il y a une explication toute simple, peut-être que ce sont des frictions », explique-t-il. « Mais on peut avoir des suspicions, on peut s’interroger et contrôler encore plus ».

Des roues électro-magnétiques

Il y a aussi le cas de ce constructeur hongrois Istvan Varjas, qui a construit de nombreux moteurs discrets et introduit notamment sur le marché des roues électro-magnétiques. Et le gain de ces innovations est important pour les coureurs : jusqu’à 250 watts grâce à un moteur dans le pédalier avec des batteries Litium-ion, et entre 60 et 200 watts avec une roue arrière couverte d’aimants, tournant autour d’électro-aimants placés dans la fourche arrière. Cette fameuse roue coûte tout de même entre 50.000 et 200.000 euros mais le constructeur affirme : « Si elle ne servait à rien, je ne l’aurais pas inventée ». L’homme refuse toutefois d’indiquer qui sont ses clients, amateurs ou non. Varjas confirme toutefois que les électro-aimants de cette roue peuvent être activés grâce à une télécommande placée dans une montre, par exemple.

Or, sur le Tour d’Italie 2015, une vidéo dévoilée par le Corriere della Sera avait semé le doute : avant le contrôle du vélo d’Alberto Contador, alors deuxième de l’étape, un mécanicien de Tinkoff était filmé en train de scruter la roue arrière de la machine avant de jouer longuement avec sa montre. Cette explication de Varjas sur la roue arrière activée grâce à une télécommande prend du coup une tout autre ampleur…

L’UCI a pris des mesures

Depuis l’hiver dernier, l’UCI a pris des mesures pour démontrer le dopage mécanique : des tests sont prévus sur la plupart des épreuves du circuit WorldTour et sur les circuits continentaux, au départ et à l’arrivée des courses. Les commissaires de l’UCI utilisent ainsi une application pour tablettes et smartphones qui permet de détecter des éventuelles ondes suspectes. Cette méthode est toutefois contestée par certaines autorités. La Ligue vélocipédique belge (RLVB) a ainsi introduit sur les épreuves amateurs et destinée aux jeunes un nouveau scanner qui permet d’obtenir une image de l’intérieur du vélo grâce aux rayons X. Mais cela a un coût… Cela suffira-t-il donc à faire fuir les éventuels tricheurs ?

Ces nouvelles informations montrent en tout cas qu’il reste encore beaucoup à faire pour traiter ce problème du dopage mécanique, qui n’a toujours pas été confirmé dans le monde professionnel. Mais c’est en essayant de trouver des solutions préventives, en prouvant que la lutte est efficace, que ce problème de tricherie ne sera plus autant dans les esprits. L’UCI sait que ce dossier est prioritaire avec celui sur la sécurité des coureurs. Elle doit faire face à l’un de ses plus grands défis depuis les scandales de dopage qui ont émaillé les années 90 et 2000. Le sort du cyclisme en dépend…