Didier Reynders: "J’ai été séduit par Raúl Castro et par ce pays"

"Impressionné et séduit!" Les mots étonnent, dans la bouche de Didier Reynders, tant ils y sont rares. C’est d’autant plus vrai qu’ils concernent… Raúl Castro en personne! Il faut dire que le président cubain lui a offert, lundi soir, une entrevue-marathon qui a duré pas moins de… 3h30! Le ministre des Affaires étrangères ne boudait pas son plaisir à sa sortie: "J’ai vraiment été séduit par l’homme, mais aussi par ce pays."

Et il s’explique: "Si, à 84 ans, je peux encore, comme lui, parler de 18h à 21h30 en étant aussi précis, et avec une telle force de conviction, je signe des deux mains! C’était vraiment impressionnant! Quant à son pays, il me séduit par son climat, mais aussi son architecture et son histoire qui me font un peu rêver…"

Bon, du calme, Didier Reynders ne va pas, dès son retour, proposer l’annexion du PTB de l’autre Raoul – Hedebouw – au MR. Mais en une petite journée, même s’il n’est "que" ministre des Affaires étrangères, il aura eu droit aux honneurs de tous les officiels qui comptent à Cuba, en ce compris donc du frère de Fidel, auquel il a succédé à la présidence. L’Ucclois n’en est pas dupe. Même si la Belgique, a toujours conservé des contacts diplomatiques avec la patrie du cigare à la différence d’autres, "Raúl Castro sait que nous sommes une porte d’entrée vers l’Union européenne, avec laquelle il aimerait normaliser les relations."

Belga/Benoît Doppagne

Ensemble, ils auront parlé histoire et révolution (prononcez: révolución), mais aussi ouverture aux Etats-Unis, à l’Europe donc et à… la transformation de l’économie en y associant le privé! L’Ucclois a même invité celui qui lui a confessé avoir appris le français avec Che Guevara à rendre une visite à l’Union et à la Belgique. "Je lui ai promis que, s’il venait, il pourrait discourir devant des jeunes dans une université, et qu’il pourrait leur parler des heures, voire des jours s’il le veut", sourit-il.

En le raccompagnant à son véhicule, Castro lui a remis… un DVD de Guantanamo. "Le message est clair: il est ouvert à discuter de tout, y compris des droits de l’Homme ou de la levée du blocus américain, il est preneur d’une normalisation complète. Mais alors il faudra aussi parler de ce bout de territoire qu’il veut récupérer des Américains..."