Suivez en live le procès Bernard Wesphael: l’accusé est "narcissique, menteur et manipule l’opinion publique"

La première prestation du Dr Hellebuyck s’est déroulée lors de la reconstitution organisée dans la chambre 602, le 6 novembre 2013. L’accusé lui a donné sa version des faits et a ensuite regardé l’enregistrement vidéo de la reconstitution et le médecin l’a confronté aux données de l’enquête et du médecin légiste. «Il s’est comporté de manière impersonnelle, neutre, et très maîtrisé lors de la reconstitution. Confronté plus tard aux constations du médecin légiste, il a perdu le contrôle et a commencé à réagir de manière irritable en criant «pensez vous que je l’ai tuée? «Il a commencé à pleurer d’une manière théâtrale. Ce qui frappe, c’est qu’il raconte parfois des choses dont lui même se rend compte que c’est impossible».

Le médecin a ensuite rencontré l’accusé à la prison de Bruges. «Ce que nous retenons comme enseignement, c’est qu’il a connu des échecs scolaires. Si on compare ça avec son récit, il présente cela comme s’il avait réussi toutes ses formations».

L’expert résume la vie professionnelle de l’accusé qui fut éducateur, militaire, employé dans l’aide sociale à la jeunesse avant de se lancer en politique et de co-créer le parti Ecolo, groupe politique qu’il a quitté en 2012. «Il nous a raconté un récit qui ne correspond pas à la réalité. Il dit que, en 2012, il a quitté Ecolo mais on ne parvient pas à connaître la véritable raison. Il dit qu’il a quitté un parti de valeur devenu un parti de puissance».

Concernant sa vie relationnelle, l’accusé a raconté qu’il avait eu plusieurs partenaires, treize selon le dossier, et qu’il avait eu des relations extra-conjugales qu’il a réussi à cacher. «Certaines dames prétendent que leur relation fut destructrice. Une autre femme déclare qu’il utilise les femmes en fonction de ses besoins».

Sur le plan médical, l’expert note que l’accusé nie son problème d’alcool. «Il dit qu’il buvait du vin le soir avec son épouse alors que d’autres témoins disent qu’il était ivre dès le matin».

Aucun test d’intelligence n’a été fait, «Quand vous regardez sa carrière scolaire, il est évident qu’il n’est pas handicapé mental mais qu’il a une intelligence moyenne, inférieure à la moyenne. Il a une tendance à la manipulation impitoyable»

Selon l’expert, les faits pourraient s’expliquer par certains traits de personnalité. «Il a un état d’esprit narcissique, ce qui est confirmé par certains témoins. D’autres disent qu’il est du genre rebelle et qu’il souhaite beaucoup de reconnaissance. Dans l’enquête de moralité, il y a des déclarations qui vont dans tous les sens. Certains disent qu’il est honnête, idéaliste. D’autres sont moins positifs».

L’expert constate que, lors d’auditions à la police, Bernard Wesphael ne présentait pas d’émotions notables. «Ces dernières années, il a subi beaucoup d’humiliations dans son parcours politique et il avait des dettes. Un rejet est, pour lui, probablement une vexation narcissique importante qui l’a incité à commettre les faits si on admet qu’il est coupable».

Me Mayence, avocat de la défense, se demande si l’expert accepte le respect de la présomption d’innocence. «S’il dit qu’il est innocent, je peux l’inscrire dans le rapport», répond l’expert.

Le docteur Hellebuyck note cependant que l’accusé a une certaine tendance à mentir. «Il raconte des choses dont tout le monde sait que c’est impossible, notamment avec sa version du sac en plastique qui se trouvait sur le visage de la victime. Il a tendance à manipuler l’opinion publique comme par exemple avec une lettre envoyée à Belga dans laquelle il essaye d’instaurer la pitié en menaçant de se suicider». L’expert avoue cependant qu’il a pris connaissance de cette lettre après sa rencontre avec l’accusé.

Sur le plan émotionnel, l’accusé s’est montré assez superficiel. «L’ami du réceptionniste à l’hôtel déclare qu’au départ il pensait à une blague car il était venu lui annoncer le suicide de son épouse de manière très calme. Sur ce genre de personne, on voit souvent des expressions théâtrales».

L’expert conclut que, pour le moment, l’accusé n’est pas un danger pour la société mais peut être agressif sous influence de l’alcool. «On ne peut pas changer grand chose à son caractère mais le problème avec l’alcool devrait être pris en main pour limiter les risques».

Dans la foulée, Me Mayence a posé de nombreuses questions à l’expert, notamment au sujet de ses sources.