L’écologiste Nicolas Hulot, invité de l’ULg: «Dresser des murs est contre la nature humaine»

L’université de Liège a donc lancé une grande première mondiale : un observatoire des migrations environnementales. C’est essentiel au regard de l’actualité ?

La création d’un tel observatoire à Liège est quelque chose d’important. Parce que ce phénomène des migrations est à l’œuvre et il l’est pour longtemps. Il y aura des conséquences sociales, humaines, culturelles et géopolitiques. Il faut donc donner un statut à ces personnes, avec les droits qui vont avec. À partir du moment où l’on sait que cela va continuer, donnons des éléments de réflexion, des idées, aux responsables politiques. Au moins, ceux-ci ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas.

On le voit avec Trump aux États-Unis, mais aussi via de nombreux cas en Europe, il y a une montée indéniable des populismes. Un tel outil peut-il aider à combattre ce phénomène ?

J’ai peur que nous allions dans le sens contraire de l’Histoire. Ou nous bossons ensemble, ou nous allons tous souffrir. On doit penser la planète comme un unique espace de solidarité. Et je crains que l’on fasse exactement l’inverse avec un repli sur soi. C’est d’ailleurs un grand paradoxe : dans les moments où l’on devrait s’ouvrir à l’autre, on fait l’inverse. La solidarité est une obligation, pas un devoir moral. Dresser des murs, mettre des barbelés, c’est ignorer ce qu’est la nature humaine. Cette idée de dire qu’on peut s’abriter pour ne pas voir la misère des autres, l’ignorer, est fausse. La misère, c’est comme un filet d’eau, elle trouvera toujours un chemin. Ce qui nous fait défaut, c’est une vision. Et c’est surtout, un état d’esprit universel. La crise climatique nous oblige à nous voir tels que nous sommes, comme des citoyens du monde. Si on arrive à voir que notre diversité est un atout, si nous arrivons, nous les Occidentaux, à cesser de considérer que nous nous sommes universels et que les autres sont le singulier, alors on ira de l’avant.

@GasGrosjean

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