Pollution: la vallée de l’Arve (Chamonix, Mont Blanc...) tousse depuis plus de trois semaines

Jeudi, la zone a dépassé pour le 23e jour consécutif le seuil des 50 microgrammes de particules fines par mètre cube d’air. «Ce n’est pas un épisode exceptionnel par son intensité mais par sa longueur», a déclaré à l’AFP Marie-Blanche Personnaz, directrice générale d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, organisme chargé de surveiller la qualité de l’air dans la région.

L’anticyclone bloqué sur cette partie des Alpes est doublé d’une «inversion très dure» des températures qui génère un «effet de couvercle» sur le fond de vallée, ne permettant pas la dispersion des particules.

Depuis quelques jours, Chamonix est ainsi passé au-dessus du couvercle et «respire maintenant tranquillement», tandis que «la basse vallée de l’Arve est beaucoup plus touchée vers Cluses, Sallanches et Passy», soit 40.000 des 155.000 habitants permanents de la zone, selon Mme Personnaz.

Le problème est bien «l’accumulation» des particules, souligne-t-elle. «Dans les territoires de montagne, fragiles, il faudrait émettre beaucoup moins (au quotidien) car il faut pouvoir tenir sur des anticyclones aussi longs».

Et selon les relevés d’Atmo, lors des pics, les particules proviennent pour 70 à 80% du chauffage au bois, contre environ 60% en temps normal, sans que l’on puisse différencier le chauffage résidentiel traditionnel en montagne du chauffage des artisans du bois.

Le Plan de Protection de l’Atmosphère (PPA) de la vallée de l’Arve (41 communes) prévoit, depuis 2013, une aide forfaitaire de 1.000 euros pour tout particulier s’équipant d’un appareil de chauffage au bois très performant.

« Pas de baguette magique »

L’objectif est de remplacer 3.200 des 20.000 appareils comptabilisés afin de réduire de 25%, d’ici fin 2017, les émissions de particules fines liées à cette utilisation.

«Aujourd’hui, 2.000 appareils ont été subventionnés. Les gens se sont emparés du dispositif», précise-t-on au Fonds Air Bois créé par les collectivités locales pour aider au changement.

Dans la continuité géographique de la vallée, l’agglomération d’Annemasse met en place, au 1er janvier, une prime similaire. Pour prendre le problème encore plus en amont, des aides à l’isolation des habitations existent aussi.

Mais pour Anne Lassman-Trappier, présidente de l’association Environn’MontBlanc, «il ne faut pas faire tout porter sur les particuliers et leur chauffage au bois» même «si la tendance est à leur mettre un coup de projecteur». «La pollution est multi-sources et il faut agir sur toutes, il n’y aura pas de coup de baguette magique !», met-elle en garde.

Pour cette spécialiste de la qualité de l’air à France Nature Environnement (FNE), «il faut parler aussi des industries et du transit par le tunnel du Mont-Blanc, où passent chaque année un million de voitures et 500.000 poids lourds», sans oublier le «grave déficit des transports en commun».

A l’année, sur Chamonix, «c’est le dioxyde d’azote qui est dépassé. Et la pollution routière, c’est 300 polluants différents», insiste-t-elle, soulignant que «les gens sont très inquiets».

Le conseil municipal de la capitale du Mont-Blanc a d’ailleurs adopté, mercredi soir, une motion sur la qualité de l’air, en proposant d’inscrire dans le prochain PPA la réouverture du train de nuit Paris-Saint-Gervais, l’accélération du report des marchandises de la route vers le rail entre la France et l’Italie, ainsi que la rénovation de la ligne ferroviaire Annemasse-le Fayet pour les trajets quotidiens.

La population s’est également mobilisée ces dernières semaines avec de nombreuses manifestations, des actions de protestation dans les collèges et lycées, ainsi qu’une réunion avec le préfet, début décembre, où l’exaspération des habitants était palpable.

A ce contexte déjà tendu s’est ajoutée, dans la nuit de mercredi à jeudi, la dégradation par un engin incendiaire de l’usine d’incinération des ordures ménagères de la vallée, à Passy. Une plainte a été déposée et une enquête ouverte.