La vie dans les prisons belges reste indigne, malgré des remontrances internationales

Ce volumineux rapport de 260 pages condense les observations du réseau d’informateurs de l’OIP, organisation indépendante qui milite pour le droit à la dignité des détenus. Parmi les membres de ce réseau, on trouve tant des travailleurs de l’administration pénitentiaire que des avocats, des intervenants du secteur associatif ou des (proches de) prisonniers.

Ces trois dernières années, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné plusieurs fois la Belgique pour les conditions de vie déplorables qu’elle offre aux personnes incarcérées. Pourtant, toilettes non cloisonnées, cellules sans toilette, matelas posés au sol, rats qui courent, espace de détention inférieur au minimum requis ou encore mélange de détenus fumeurs et non-fumeurs perdurent dans de nombreuses prisons, relève l’OIP.

Les grèves de l’an dernier ont encore aggravé ces conditions, sans pour autant conduire à l’instauration d’un service minimum des agents pénitentiaires, malgré les promesses et les sommations du Conseil de l’Europe.

Les détenus qualifiés de terroristes font l’objet de mesures spéciales, parfois secrètes, qui misent tout sur l’isolement. «On les laisse végéter sans aucun accompagnement spécifique», regrette par ailleurs Nicolas Cohen, co-président de la section belge de l’OIP.

Des internés, c’est-à-dire des personnes malades, sont toujours enfermés avec des détenus de droit commun, et l’ouverture d’un centre de psychiatrie légale à Gand est loin d’avoir mis fin à la surpopulation et au manque de soins dans les annexes psychiatriques des prisons.

«On a entendu énormément d’effets d’annonce. Mais toutes les lois qui devaient lutter contre la surpopulation ont en réalité surtout des motifs budgétaires», commente Delphine Paci, également co-présidente belge de l’OIP.

Les Masterplans successifs, eux, n’ont qu’un but, selon l’OIP: l’extension de la capacité carcérale, qui paradoxalement est l’option la plus onéreuse. «La prison est un outil extrêmement cher (minimum 130 euros par détenu par jour), inefficace (vu le taux de récidive) et même dangereux. La manière dont on traite les détenus crée de la haine, et pas de la remise en question», déplore Mme Paci. «On préfère investir dans le béton que dans l’humain

L’OIP s’inquiète en outre du choix du partenariat public-privé pour ces nouvelles prisons, dont les conséquences financières et humaines sont méconnues sur le long terme, ainsi que de leur localisation éloignée des agglomérations urbaines, ce qui accentue le sentiment d’isolement des détenus.

En octobre 2016, la population carcérale était de 10.250 détenus pour une capacité cellulaire de 9.584 places. La surpopulation a diminué en 2015 et 2016, «principalement grâce à l’augmentation du parc carcéral (y compris la création des centres de psychiatrie légale dont un est déjà en fonction) et surtout à l’augmentation du nombre de personnes mises sous bracelet électronique, et, d’après le ministre de la Justice Koen Geens, au rapatriement plus effectif de condamnés sans droit de séjour», peut-on lire dans le rapport.

Mais, à long terme, les expériences montrent que plus on construit des prisons, plus la surpopulation augmente, rappelle l’OIP. Et si, «dans quelques cas, le quotidien des détenus s’améliore matériellement, la détention reste fondamentalement un long et obscur tunnel, vide de sens, et créateur de récidive», conclut-il.

L’intégralité du rapport peut être consulté à l’adresse http://oipbelgique.be.