"In the fade" de Fatih Akin avec Diane Krüger: une dénonciation du terrorisme qui secoue et émeut

Dénonciation efficace du terrorisme néo-nazi, le film secoue et émeut, mêlant efficacement thriller, film de procès, étude de mœurs et œuvre politique. « Mon film s’inspire de faits réels. Je suis né de l’immigration. En Allemagne, pour la police et certains médias, Turc est encore aujourd’hui synonyme de trafiquant de drogue. C’est ce qui m’indigne toujours », dénonce Fatih Akin.

Fils d’immigrés turcs, il ne rejette pas nécessairement le phénomène de la mondialisation : « Comme tout le monde, je sens s’opérer un changement partout. La mondialisation est un défi qui effraie beaucoup de gens, surtout sur le plan économique. Mais c’est grâce à cette mondialisation et à ce brassage multiculturel que je peux m’exprimer et être ici devant vous, à Cannes, aujourd’hui. Et ça, ça me rend optimiste malgré tout ».

Mais surtout, le film offre à Diane Krüger un rôle qui devrait peut-être lui valoir de figurer au palmarès ce dimanche soir. Fatih Akin l’a connue à Cannes précisément, en 2012 : « Je l’ai rencontrée ici, lors d’une soirée, sur une plage. Elle est arrivée très tard. On a tout de suite parlé allemand et elle m’a dit qu’elle voulait tourner avec moi. Comme il me fallait une blonde aryenne aux yeux bleus (NDLR : selon ses propres termes), ça s’est fait ».

Ce qui a plu à Diane Krüger quand le scénario lui a été proposé, c’est l’angle d’attaque : « Dans un temps où c’est tellement d’actualité, faire un film sur le terrorisme me faisait peur », a expliqué l’actrice de « Inglorius Bastards » de Tarantino, à Cannes, en 2009. « On ne parle jamais que du nombre de morts et de blessés. Pour une fois, on donne ici la parole à ceux qui restent. Comment vivre cette horreur, comment vivre avec l’injustice, comment en faire son deuil ».

Le rôle de la mère de l’enfant victime de l’attentat semble pourtant si loin d’elle-même. « Je suis allée m’immerger dans Hambourg (NDLR : où les faits se déroulent). J’ai écouté leur musique, j’ai fréquenté leurs bars. Le film a été tourné dans l’ordre chronologique, un luxe assez rare aujourd’hui. Mais ça m’a permis de me transformer petit à petit, m’éloigner de moi et devenir mon personnage ».

Le thème de la vengeance hante le film : peut-on vraiment se faire justice à soi-même ? Tant le réalisateur Fatih Akin que l’actrice Diane Krüger se sont posé la question. « Comment savoir comment on réagirait si on était réellement confronté soi-même à pareille situation ? s’interroge Diane Krüger. Que feriez-vous en pareil cas ? Le film est une proposition. Mon personnage est une femme normale qui vit quelque chose d’inhumain, ce n’est pas un assassin ».