Libye: les rebelles ont pris Tripoli, les heures de Kadhafi sont comptées

Le dirigeant libyen s'est adressé à plusieurs reprises ces derniers jours à ses partisans par l'intermédiaire de messages sonores mais aucune information n'était disponible sur l'endroit où il se trouvait.

La télévision britannique Sky News a diffusé des images montrant une foule en liesse, agitant des drapeaux rouge, noir et vert, aux couleurs de la rébellion, dansant, et scandant "Allah Akbar" ("Dieu est grand") tout en tirant en l'air.

L'offensive "Sirène", lancée samedi soir se déroule en coordination entre le CNT, l'organe politique de la rébellion à Benghazi (est), et les combattants dans et autour de Tripoli, a indiqué un porte-parole du CNT en précisant que "l'Otan est aussi impliquée".

Des insurgés se sont infiltrés dans la capitale en arrivant par la mer de l'enclave côtière de Misrata, à 200 km à l'est, selon la rébellion.

D'autres rebelles venant de l'Ouest ont réussi, après de violents accrochages avec des soldats loyalistes, à entrer dans Tripoli en fin d'après-midi, acclamés par les habitants qui couraient le long de leur convoi, dans une ambiance euphorique, a constaté un correspondant de l'AFP.

Les rebelles qui semblent n'avoir pas rencontré une forte résistance, se sont approchés du centre de la capitale après avoir pris le contrôle de plusieurs quartiers dont Tajoura, un quartier de la banlieue est de Tripoli, selon les témoins.

Dans la nuit de dimanche à lundi, des forces pro-kadhafi pilonnaient le quartier al-Hemida (est), a indiqué à l'AFP un habitant de ce quartier.
"Les bataillons de Kadhafi sont en train de tirer des roquettes sur les habitations, les gens sont terrifiés et terrés chez eux, en train d'attendre les rebelles pour les sauver", a poursuivi cet habitant.

Quelques heures auparavant, le colonel Kadhafi avait appelé ses partisans à "nettoyer" la capitale des rebelles, dans un message sonore diffusé par la télévision libyenne.

Les Tripolitains "doivent sortir maintenant pour nettoyer la capitale", a déclaré le colonel Kadhafi dans son troisième message sonore en moins de vingt-quatre heures. Dans la matinée, il avait affirmé qu'il ne se rendrait pas et sortirait "victorieux" de la bataille de Tripoli.

A Benghazi, Mahmoud Jibril, l'un des principaux responsables du Conseil national de transition (CNT, organe politique de la rébellion), a demandé aux combattants rebelles de s'abstenir de toute vengeance et les a mis en garde contre des "poches" de résistance pro-Kadhafi dans la capitale.

"Je vous mets en garde. Des poches de résistance (des forces pro-Kadhafi) sont toujours localisées dans et autour de Tripoli (...)", a déclaré M. Jibril soulignant que "le combat n'est pas terminé".

Malgré les succès apparents des rebelles, le porte-parole du régime, Moussa Ibrahim, a affirmé pour sa part lors d'une conférence de presse, que "le régime est toujours fort et que des milliers de volontaires et de soldats sont prêts à se battre". Selon lui 1.300 personnes avaient péri ces dernières 24 heures à Tripoli. Il n'était pas possible de vérifier ce bilan.

A Benghazi, la "capitale" rebelle dans l'est de la Libye, des dizaines de milliers d'habitants en délire ont envahi les rues. "Bye Bye le frisé!", "Dieu est grand!", scandait la foule en liesse.

Pour le secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen "le régime de Kadhafi s'effondre clairement".

L'Otan a pris le commandement fin mars d'une coalition internationale intervenue sur mandat de l'ONU pour protéger la population civile d'une sanglante répression d'un mouvement de contestation sans précédent, né à la mi-février, contre le régime autoritaire de Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans.

Le procureur de la CPI (Cour pénale internationale) Luis Moreno-Ocampo a annoncé que Seif al-Islam, l'un des fils du colonel Mouammar Kadhafi, a été "arrêté". Seif al-Islam, présenté dans le passé comme le futur successeur de son père, fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la CPI pour crimes contre l'humanité commis en Libye.

Plusieurs pays occidentaux ont estimé que le régime approchait de sa fin. Pour Londres "il est clair d'après les scènes auxquelles nous assistons à Tripoli que la fin est proche pour Kadhafi". Le président français Nicolas Sarkozy a estimé "que l'issue ne fait désormais plus de doute" et Rome a dit que la "tragédie" du conflit "touche à sa fin".

En revanche, l'un des derniers alliés du dirigeant libyen, le président vénézuélien Hugo Chavez, a estimé que les gouvernements d'Europe et les Etats-Unis "sont en train de détruire Tripoli sous les bombes".