DSK: l’affaire sera-t-elle classée, dès ce soir?

La femme de chambre accusant Dominique Strauss-Kahn de crimes sexuels rencontre lundi après-midi le procureur chargé du dossier à New York, avant un possible classement de l’affaire qui mettrait un terme à un sensationnel feuilleton politico-judiciaire.

Nafissatou Diallo, 32 ans, est attendue à 15H00 (19H00 GMT) chez le procureur Cyrus Vance. Preuve de l’attente provoquée par cette rencontre, en milieu de matinée, les médias avaient déjà pris position devant le tribunal.

L’avocat de la femme de chambre, Kenneth Thompson, qui l’accompagnera à cette convocation, n’a pas caché son pessimisme, craignant un classement imminent de l’affaire.

“Nous attendons de voir de ce que le procureur va faire”, a-t-il déclaré peu avant la rencontre à l’AFP. “Mme Diallo veut que justice soit faite. Nous espérons que le procureur ne laissera pas tomber Mme Diallo”, a-t-il ajouté, disant sa cliente “très déprimée par la tournure des événements”.

Me Thompson pourrait à nouveau demander lundi au juge de dessaisir le procureur Vance et de nommer un procureur spécial. Il l’avait déjà tenté en juillet sans succès. Et selon les experts, il a peu de chances d’obtenir gain de cause.

Depuis deux jours, le classement de l’affaire fait l’objet de toutes les spéculations à New York. Lundi, le New York Times affirmait, citant une source proche du dossier, que le procureur avait pris sa décision et allait demander au juge de classer l’affaire lors d’une nouvelle audience de M. Strauss-Kahn très attendue mardi.

M. Vance a préparé une motion qui précise pourquoi, selon lui, à l’issue d’une enquête fleuve de trois mois, il pense que les accusations de Mme Diallo ne peuvent être prouvées “au delà du doute raisonnable” lors d’un procès.

Le procureur, à l’origine de la spectaculaire arrestation de DSK le 14 mai, avait, un mois et demi après, émis des doutes sur la crédibilité de son accusatrice, et sa capacité à convaincre un jury. Il avait expliqué qu’elle avait menti à plusieurs reprises aux enquêteurs sur son passé et sur ce qui s’était passé tout de suite après les faits présumés. Elle avait également longtemps refusé d’admettre une conversation téléphonique -enregistrée- où elle aurait évoqué le 15 mai avec un ami emprisonné la fortune de M. Strauss-Kahn.

Dans une étonnante interview télévisée fin juillet, la jeune femme, illettrée, avait elle même reconnu des erreurs. Mais elle avait assuré qu’elle disait la vérité, en racontant les larmes aux yeux et avec force détails l’agression dont elle aurait été victime le 14 mai.

Une condamnation au pénal ne peut être obtenue à New York que par un jury unanime, convaincu “au delà du doute raisonnable”.

Si le juge acceptait mardi une motion d’abandon des charges de la part du procureur, ce qui selon les experts est hautement probable, Dominique Strauss-Kahn, 62 ans, serait libre de quitter immédiatement les Etats-Unis.

Le formidable bras de fer judiciaire, qui oppose depuis trois mois l’ancien patron du FMI et une femme de chambre guinéenne du Bronx, pourrait ainsi trouver son épilogue sans que l’on sache jamais ce qui s’est passé dans la suite 2806 du Sofitel le 14 mai.

Nafissatou Diallo accuse DSK de l’avoir agressée et contrainte à une fellation alors qu’elle venait faire le ménage en croyant la chambre vide.

M. Strauss-Kahn, auquel cette affaire a coûté son poste de directeur général du Fonds monétaire international, a plaidé non coupable le 6 juin. Ses avocats ont parlé d’une relation consentie, et décrit une femme uniquement intéressée par l’argent.

La fin de la procédure pénale ne met cependant pas un point final à l’affaire aux Etats-Unis. Les avocats de Nafissatou Diallo ont en effet lancé au début du mois une procédure civile devant un tribunal du Bronx pour obtenir des dommages et intérêts après l’agression “violente et sadique” contre leur cliente.