Libye: mais où se cache Kadhafi?

Les pays occidentaux ont estimé que le régime de M. Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans, était condamné par l’entrée des rebelles dans Tripoli, tout en se disant préoccupés pour l’avenir de la Libye, riche pays pétrolier, avec l’ouverture d’une période d’incertitudes.

Se préparant à l’après-Kadhafi, le patron de l’ONU Ban Ki-moon a convoqué un sommet sur la Libye cette semaine, la France a proposé une réunion du groupe de contact international la semaine prochaine à Paris, et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine devait tenir dès lundi une réunion.

Parallèlement, plusieurs pays arabes se sont empressés de reconnaître le CNT, après l’effondrement du régime de M. Kadhafi avec l’entrée samedi des insurgés dans Tripoli, sous l’appui aérien de l’Otan, et l’arrestation de deux fils du dirigeant libyen, confronté depuis plus de 6 mois à une révolte armée.

Fidèle à sa réputation de pugnacité et défiant les appels de la communauté internationale et des rebelles à se rendre, M. Kadhafi s’accrochait toujours à ce qui lui reste de pouvoir. Le Pentagone a affirmé qu’il se trouvait toujours en Libye, alors que la rébellion a dit ignorer où il était pour le moment.

Les rebelles sont entrés dimanche pratiquement sans résistance de la part des forces pro-Kadhafi dans la capitale, où les habitants oscillent entre crainte et jubilation.

Ils ont atteint la place Verte, un lieu symbolique où les partisans du régime avaient l’habitude de se rassembler et que les insurgés ont rebaptisée “place des Martyrs”. Une foule en liesse a dansé toute la nuit en agitant des drapeaux rouge, noir et vert, aux couleurs de la rébellion.

Mais avec la poursuite des combats les habitants de la capitale étaient nerveux, ne sachant pas ce qui va se passer dans les jours à venir, même s’ils sont heureux d’avoir vu ce qu’ils considèrent comme la fin inévitable de Mouammar Kadhafi.

Des affrontements avaient ainsi lieu par intermittence dans plusieurs quartiers du centre-ville, notamment du côté du port, ont indiqué des témoins en faisant état de la présence de tireurs embusqués pro-régime sur le toit d’immeubles.

Selon une source militaire rebelle, des “tireurs embusqués ont visé la place des Martyrs”, vers laquelle des dizaines d’insurgés, dans des camions, pick-up et voitures, ont convergé.

Des combats se déroulaient également autour de la résidence de M. Kadhafi à Bab Al-Aziziya. Ce dernier s’y trouverait encore, selon une source diplomatique.

Cependant le chef du Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion, Moustapha Abdeljalil, a dit ignorer où se trouvait M. Kadhafi. “Bab al-Aziziya et certaines zones alentour ne sont toujours pas sous notre contrôle et par conséquent nous ne savons pas si Kadhafi se trouve là-bas”.

Mais a-t-il ajouté dans une conférence de presse à Benghazi, fief des rebelles dans l’Est, “l’époque de Kadhafi est révolue”, même si la bataille pour Tripoli n’est pas encore terminée.

“Nous espérons que Mouammar kadhafi sera capturé vivant pour qu’il puisse avoir un procès équitable”, a ajouté M. Abdeljalil, après avoir confirmé que deux fils du colonel libyen, Mohamed et Seif al-Islam, étaient “entre de bonnes mains, et sous contrôle de nos révolutionnaires” après leur capture dimanche.

Après l’entrée des rebelles dans la capitale, M. Kadhafi, toujours combatif, a continué à appeler à la résistance via des messages sonores, et à promettre “la victoire”.

M. Abdeljalil a par ailleurs dit qu’il démissionnerait au cas où il y aurait des exactions de la part de ses combattants en mentionnant des actes de vengeance perpétrés par certains rebelles sur le terrain.

Ailleurs en Libye, des affrontements ont été signalés dans les villes d’Al-Aziziya (50 km au sud de Tripoli) et d’Al-Khoms, à mi-chemin entre la capitale et Misrata (est).

Plus à l’est, les pro-Kadhafi ont évacué la ligne de front de Brega et fui vers l’Ouest en direction de la ville de Syrte, région d’origine et bastion du dirigeant libyen, selon la rébellion dont le chef a promis que les villes de Syrte et de Sebah “se soulèveront bientôt à leur tour”.

Avec l’accélération des développements des dernières 48 heures précédés par des succès majeurs des rebelles dans l’ouest et l’est du pays, la communauté internationale a estimé que le régime Kadhafi semblait fini. Pour le président américain Barack Obama le régime “a atteint le point de non-retour” et pour le secrétaire général de l’Otan Anders Fogh Rasmussen “le régime Kadhafi s’effondre clairement”.