Le café serré de Thomas Gunzig sur Mgr Leonard? Fort de chez fort (vidéo)

L'intégralité du texte de Thomas Gunzig:

"Bonjour monsieur Léonard

Alors monsieur Léonard, je suis vraiment très heureux que ce soit vous, ce matin, car cela me permet de vous dire de vive voix que pour moi, vous avez toujours été un exemple ! Vous savez, je m’épuise à venir ici matin après matin pour tenter autant que faire se peut de faire rire les gens, tout en essayant que toutes les bêtises que je dis ne soient pas trop politiquement correctes. Rire tout en égratignant un peu les sensibilités, et j’en suis conscient, je n’y arrive que rarement…

Alors que vous, monseigneur, monseigneur, vous…

Quel talent ! Le surréalisme à la belge, mais avec ce côté incisif un peu Monty Python, ce culot incroyable, ce côté no limit… C’est bien simple, le soir venu, comme une sorte d’exercice, je lis et je relis vos plus grands moments, espérant sans vraiment y croire arriver à votre niveau…

Mais je le sais, je me berce d’illusions. Comment égaler en cocasserie kamikaze votre sketch dans le Télémoustique de 2007 : « L’homosexualité provient d’un blocage rencontré au cours du développement psychologique normal. » J’ai adoré : vous êtes parvenu à éveiller en moi le souvenir nostalgique d’une époque où l’on pouvait rire des homosexuels, une époque où, souvenez-vous, on pouvait les appeler tapettes. Cette odeur de bûcher, cette évocation de l’anormalité, avec la petite caution scientifique à trois sous par-dessus. Parvenir à résumer en une seule phrase tout l’esprit de la joyeuse Inquisition, à faire confusément sentir la menace des coups de fouets et du supplice du pal.

Monseigneur, jamais en une année de billets je n’étais arrivé à un tel niveau. C’est bien simple, comment voulez-vous que je sois un tant sois peu créatif, moi qui suis condamné à être le comique de seconde zone évoluant dans l’ombre du génie ! Oui, du génie ! J’ai bien dit génie!

« Le sida : justice immanente ! Quand on malmène l’amour humain, il finit par se venger. » L’amour qui se venge ! Subtil renouvellement de la concupiscence qui rend aveugle et de la masturbation qui rend sourd. Cette vision cocasse et désespérée à la fois. Cet humour cru comme le pratiquent les fiers-à-bras dans les cours de récréation du monde entier qui martyrisent les plus faibles quand ils sont déjà au sol. Vous avez tout à fait raison, ce qui nous faisait rire quand nous avions six ans peut encore nous faire rire aujourd’hui…

Se moquer des faibles et des malades, c’est bien simple : un humour aussi anticlérical, moi, avec tous ces fanatiques qui traînent dans les rues, je n’aurais jamais osé. Vous si ! Chapeau ! Le talent, le génie et, comme si ça ne suffisait pas, vous avez ce sens du timing !

Durant quelques mois, on ne vous entend plus, vous faites semblant de bouder. Du coup, nous, on pense à autre chose. Voire, on vous oublie. Et puis, crac ! Une fulgurance : « Pas de directeur d’école divorcé ! » Une petite phrase sans queue ni tête et encore une fois la Belgique entière qui rigole. « Pas de directeur d’école divorcé. » Jamais je n’aurais pensé à un truc pareil. A la rigueur, j’aurais bien tenté : pas de pianiste manchot, ou pas de pilote aveugle… Mais c’était trop attendu, pas drôle. « Pas de directeur d’école divorcé ! » Et demain : pas de médecin tatoué ? Pas de caissière lesbienne ? Pas de bourgmestre cancéreux ? Non, décidément, vous êtes tellement fort que je pense que vous devriez prendre ma place. C’est pas super bien payé mais, des fois, on reçoit une couque gratuite et les hôtesses sont mignonnes comme tout !

 A la semaine prochaine ! "