Bactérie mortelle: l’origine est toujours inconnue

Les premières analyses sur 40 échantillons prélevés dans une ferme du nord du pays produisant des graines germées se sont révélés négatifs lundi. Mais les scientifiques espèrent toujours résoudre le mystère de la propagation de cette souche particulièrement virulente et résistante de bactérie E.coli qui a déjà tué 23 personnes en Europe et rendu malade des milliers d’autres.

Outre les 17 échantillons restants de l’exploitation agricole biologique suspecte, ils comptent surtout sur l’analyse d’un paquet de graines issu de cette ferme, retrouvé dans le réfrigérateur d’un patient de Hambourg, qui s’est remis de sa maladie.

Vieux de plusieurs semaines, avec une date de péremption au 23 avril, soit huit jours avant les premiers cas sérieux, ce paquet pourrait bien être la pièce déterminante dans la traque que mènent les différents instituts sanitaires allemands depuis presque trois semaines.

Mais “il est tout à fait possible que nous ne trouvions pas la source”, a reconnu mardi, dans le quotidien populaire Bild, Gert Lindemann, le ministre de l’Agriculture de Basse-Saxe, où se trouve la ferme suspecte.

Un scénario similaire à celui qu’a connu le Japon en 1996, avec 10.000 malades, huit morts, un fort soupçon pesant sur des graines de radis germées, mais qui n’avait jamais pu être étayé, pourrait bien se reproduire.

En attendant, la ministre allemande de l’Agriculture et de la Consommation, Ilse Aigner, a dû se défendre des critiques de l’opposition et de la presse qui dénoncent l’absence de coordination dans la gestion de la crise.

“Nous travaillons tous ensemble sur la situation actuelle. Il n’y a absolument aucun conflit de compétence”, a-t-elle ainsi déclaré lors d’une émission de télévision lundi soir.

Le directeur de l’Institut fédéral de veille sanitaire Robert Koch, Reinhard Burger, a pourtant reconnu lors de la même émission que le fédéralisme avec sa répartition jalouse des compétences, pouvait compliquer le travail. “Mais le système fédéral est une vache sacrée en Allemagne”, a-t-il dit.

Dans un éditorial, le quotidien conservateur Die Welt s’étonnait toutefois que les autorités sanitaires fédérales n’aient pas fait le rapport plus rapidement entre la contamination et les graines germées.

L’Institut Robert Koch avait ainsi attiré, il y a presque un an jour pour jour, l’attention des consommateurs sur la forte présence de bactéries E.coli dans les mélanges de graines pour salades, notamment, souligne Die Welt.

Victime de la défiance des consommateurs, la fédération agricole allemande, a chiffré à 50 millions d’euros le manque à gagner dans ce qu’elle qualifie de “pire crise depuis Tchernobyl” pour les producteurs de légumes du pays.

Inflexibles, tant que la contamination n’aura pas été jugulée, les autorités déconseillent la consommation de tomates, concombres, salade et de graines germées.

Les pertes semblent encore plus graves chez les producteurs espagnols, dont les concombres avaient été désignés à tort comme vecteurs de la maladie il y a dix jours. Ils ont évoqué des pertes de 225 millions d’euros par semaine et Madrid réclame leur indemnisation intégrale.

La Commission européenne voulait proposer mardi “des mesures concrètes d’indemnisation” pour le secteur, au cours d’une réunion extraordinaire à Luxembourg des ministres européens de l’Agriculture et de la sécurité alimentaire.