Procès d’Anders Breivik: le tueur pleure lors de la diffusion de son film

Le procureur, Mme Inga Bejer Engh, venait de consacrer une bonne partie de la matinée à égrener les noms et les causes de la mort des 77 personnes, essentiellement des adolescents, tuées par Breivik il y a près de neuf mois.

“Les balles sont entrées dans la tête sous l’oeil gauche et la tempe gauche, provoquant des dégâts conséquents au crâne et au cerveau”, “deux balles dans le dos”, “une balle dans la gorge”...

Le recensement macabre et éprouvant avait plongé les 200 membres environ du public dans un silence glacial.

Dans la salle 250 flambant neuve du tribunal d’Oslo, quelques proches des victimes étouffaient leurs sanglots ou secouaient silencieusement la tête, encore incapables de comprendre ce qui avait poussé Breivik à commettre ces actes.

Salut fasciste, poing fermé

Au centre de cette tragédie, Breivik restait, lui, impassible.  Son entrée théâtrale quand, libéré de ses menottes, il avait adressé à l’assistance un salut d’extrême droite -le bras droit tendu, le poing fermé-, son sourire en coin... L’heure n’était visiblement pas aux remords.

Difficilement audible, sa voix traduisait certes, peut-être, un manque d’assurance, mais à aucun moment il n’a perdu sa contenance à la lecture de l’interminable liste des noms de ses victimes.

“La balle dans la gorge a pénétré la partie inférieure gauche de la mâchoire”, “La balle dans la poitrine a pénétré dans le poumon droit”...

Les yeux le plus souvent baissés sur un cahier à spirale, Breivik a écouté sans broncher.

Et puis, elles se sont invitées. Pour les besoins de ses explications préliminaires, le second procureur chargé de l’affaire, Svein Holden, montrait le film idéologique de 12 minutes diffusé par l’accusé le jour des attaques, quand des larmes discrètes ont point dans les yeux du tueur.

Succession de photos et de dessins censés illustrer un supposé péril musulman en Europe, la vidéo accompagnée d’une musique douce et plaisante a provoqué chez lui des émotions que les détails de ses crimes n’avaient pas réussi à susciter.

Le visage et le regard rougis, Breivik a essuyé à plusieurs reprises ses yeux humides. Etait-ce sa satisfaction devant l’esthétique du film ? Une angoisse, réveillée par la vidéo, de voir l’Europe ployer sous “l’invasion musulmane” qu’il redoute ? Impossible à dire vu de l’extérieur.

Breivik: “ C’est juste que c’est un film émouvant ”

“L’explication réside en partie (...) dans le fait qu’il a commis son acte, qu’il a décrit comme atroce, mais nécessaire, afin comme il dit de sauver l’Europe d’une guerre en cours”, a expliqué Geir Lippestad, au cours d’un point de presse en fin de journée.

“Et c’était ces sentiments qu’il ressentait” à ce moment, a-t-il dit, niant ainsi implicitement qu’il ait pu s’agir de remords.

Selon la chaîne de télévision TV2 Nyhetskanalen, qui dit avoir obtenu ces informations en lisant sur ses lèvres, Breivik a confié à une de ses avocates, Vibeke Hein Baera : “C’est bon. Ca va. C’est juste que c’est un film émouvant”.

Mme Hein Baera a refusé de s’expliquer sur la teneur de ses propos.

Dans les couloirs du palais de justice, les conjectures allaient bon train.

“Je pense personnellement que ses larmes étaient dues à son émotion par rapport à ce qu’il a fait”, a confié à l’AFP John Kyrre Lars Hestnes, un membre du groupe de soutien aux victimes des attaques du 22 juillet.

“Ce n’est pas un signe de regret. De toute façon, ce qui est sûr, c’est qu’un homme qui a fait ce qu’il a fait ne bénéficiera jamais de ma pitié”, a-t-il dit.