Cannes: “ Mud ” de Jeff Nichols est une magnifique plongée dans le Sud.

Lors d’une de leurs escapades quotidiennes, deux gamins de 14 ans font la connaissance de Mud (Matthew McConaughey), un personnage énigmatique réfugié sur une île du Mississipi. Ce type leur parle de son amour fou pour Juniper (Reese Whitherspoon), une ravissante blonde qui lui a pourtant causé tant d’ennuis mais qu’il veut retrouver à tout prix. S’en suit une très belle histoire d’amitié entre ce Robinson Crusoé suspect et l’un des deux gamins qui cherche sa propre voie tandis que ses parents divorcent.

Question : Votre film parle à la fois d’amour, de relations parents/enfants, d’amitié entre un homme et un enfant. Comment avez-vous tissé une telle étoffe ?

>Jeff Nichols : L’amour romantique est le fil rouge de mon film. C’est l’idée d’aimer sans être aimé en retour.

Question : C’est un amour irrationnel. Pourquoi?

>Jeff Nichols : J’avais envie de raconter le plaisir de tomber amoureux pour la première fois, quand on n‘a aucune expérience, quand tout est irrationnel. Je ne voulais pas de personnages raisonnables ou pragmatiques.

Question : Parlez-nous de ce gamin de 14 ans, personnage principal du film.

>Jeff Nichols : Le film résonne dans son personnage : il observe, il regarde et il a terriblement besoin de comprendre. Tous les personnages du film sont vus à travers ses yeux d’enfant. C’est de là que découle la cohérence du film.

Question : Ses parents divorcent. Votre film renferme-t-il malgré tout un message positif ?

>Jeff Nichols : Ce garçon cherche désespérément une version de l’amour qui marche, une version que ne lui renvoient pas des parents qui divorcent. Mais il n’est pas découragé. Je suis moi-même marié et père de famille. Je ne voulais pas tuer l’amour.

Question : Le fleuve et le Sud sont des personnages à part entière du film.

>Jeff Nichols : Le Mississipi est l’un des plus grands fleuve au monde. On y a raconté tant d’histoires déjà. Je l’ai filmé à la manière de Lawrence d’Arabie, pour en offrir de grands panoramas, en 35 mm et en cinémascope.

Question : Vous semblez fasciné par cette région du Sud ?

>Jeff Nichols : Venant moi-même du Sud, j’avais l’impression de revenir à mon enfance. Dans le sud, on a un mode de vie très agréable mais qui a tendance disparaître. J’aime intensément ces gens, avec leur accent et leur culture si particulière, dont la vie est façonnée par la nature. C’était important de montrer cela. Et ce serait très dommage que ça disparaisse comme les maisons que l’on démolit le long du fleuve aujourd’hui.

Question : Comment avez-vous préparé vos deux jeunes acteurs, Tye Sheridan (« The tree of life ») et Jacob Lofland.

>Jeff Nichols : Les gosses savaient déjà piloter un bateau, et rouler à moto sans casque. Ce fut très facile, ils sont immédiatement rentrés dans leur personnage qui était déjà un peu eux-mêmes.