Emilie Dequenne: sans jamais perdre la raison

Un film inspiré de la tragique affaire Lhermitte mais, comme nous l’a expliqué le réalisateur Joachim Lafosse (voir notre article du 23 mai dernier) qui ne constitue en aucun cas la restitution du fait divers.  Un film pour tenter de comprendre comment une société (la nôtre) peut conduire des êtres humains à une telle extrémité.

Emilie Dequenne: "J’ai immédiatement été sensibilisée à cette histoire terrible.  Mais Joachim Lafosse a volontairement fui la réalité pour laisser libre cours à sa propre imagination.  Nous avons voulu analyser un tel acte et peut-être donner un visage humain à cette monstruosité.

Pour moi, c’était très important de faire ce film mais si le scénario n’avait pas été celui-là, je n’aurais jamais accepté le rôle.  De plus, en tant que mère, j’avais besoin de comprendre comment on pouvait en arriver là."

Selon vous, qui est vraiment responsable ?

"Le film ne parle pas de ça.  C’est d’abord l’histoire d’un geste incompréhensible, d’une souffrance, d’un deuil et de la part du cinéaste, d’un regard sur une société qui transmet une émotion pure et intense au spectateur.  Comme le dit Joachim, l’enfer est pavé de bonnes intentions que n’importe qui peut dépasser, selon des circonstances exceptionnelles."

Comment avez-vous préparé ce rôle ?

"Je ne me suis absolument pas documentée sur le fait divers et comme Joachim et les autres membres de l’équipe, je n’ai cherché ni à rencontrer les protagonistes, ni à visiter les lieux, ni à m’informer sur les tenants et aboutissants du procès en cours. Murielle est une femme aimante dont la vie privée se dégrade et qui veut mourir en emmenant ses enfants. C’est un rôle fort, qui évolue jusqu’au dénouement tragique mais sans jamais sombrer dans le pathos."

Un rôle quand même très délicat, voire un peu casse-gueule ?

"En tant qu’actrice, on ne peut refuser un tel rôle sauf si on manque d’ambition, si on a peur ou si on veut se cantonner dans une certaine sécurité.

J’avais envie de me donner à fond pour ce personnage et de m’impliquer au maximum. C’est l’essence même de notre métier de réussir même l’impossible.  Je n’ai jamais pensé au danger que pouvait représenter une telle aventure.  Mais j’ai quand même voulu me protéger en sollicitant les conseils d’un psychologue avec qui j’ai analysé le personnage clinique et comment il allait être perçu par les spectateurs.  Même si elle sombre finalement dans la folie, j’ai toujours gardé mon sang froid et j’ai préparé ce film en me préservant de confondre le personnage et moi-même.  Grâce à cette distance bien réfléchie, j’ai pu plonger, sans aucun risque, au plus profond d’elle-même.  Notamment grâce à mon expérience théâtrale quand j’ai joué plus de 150 fois « Mademoiselle Julie » dans la pièce de Stringberg.  Une fois que vous êtes sorti de là, vous pouvez tout faire, ou presque !"

A 30 ans, c’est déjà un tournant dans votre carrière ?

"Non pas forcément.  C’est un film important mais je me suis toujours investie dans tous ceux que j’ai tournés.  Je ne regarde jamais en arrière et je pense systématiquement à demain.  Je me suis donnée à fond en chaque circonstance et je suis contente de tout ce que j’ai fait."

Vous avez des envies de cinéma ?  Travailler avec tel réalisateur, tel partenaire ?

"Non, je ne suis pas à l’initiative de choses mais au service d’un projet.  On ne force pas le destin.  On peut séduire mais, en ce qui me concerne, seulement grâce  aux films que j’ai fait et aux personnages que j’ai interprétés.  Je ne peux pas me vendre personnellement et je ne cours après rien.  J’aime la tranquillité de mon « chez moi » et je me tiens bien loin des soirées branchées et des rencontres « people ».  Au cinéma, j’ai vécu des expériences humaines formidables que personne ne pourra me reprendre.  J’avance à mon rythme, avec la même curiosité et la même envie d’apprendre."

Quelles sont pour vous les valeurs essentielles ?

"La famille, les proches, la sérénité parmi les miens, à la maison.  Des choses simples, basiques, essentielles."

Vos projets immédiats ?

Je viens de terminer le tournage de "La Traversée" de Jérôme Cormuau  d’après le roman très populaire de Guillaume Musso et je vais  bientôt commencer le nouveau film de Eric Rochant « Mobius » avec Jean Dujardin, Tim Roth et Cécile de France.  Vous voyez, tout va bien !"