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L’obsession vitale: freiner le virus

Nos statistiques de contamination commencent à être inquiétantes, non ?

Cela n’est pas rassurant. Nous savons que nous n’en sommes encore qu’au début. En France, ils ont connu cela cinq semaines avant nous. On a commencé à avoir des patients après les vacances de Carnaval, on s’y attendait. Là, on a pu gagner quelques semaines, cela nous a permis de nous préparer et de laisser passer le pic de la grippe hivernale.

Le SPF Santé publique note que de plus en plus de gens se plaignent d’affections respiratoires. C’est aussi inquiétant ?

Il y a plus de contacts, car les gens vont plus rapidement chez leur médecin s’ils ont un rhume ou une affection un peu plus importante.

Un scénario « à l’italienne », c’est possible chez nous ?

Nous faisons tout pour l’éviter. Le comité scientifique nous dit que le contenu des mesures est important, mais plus encore le moment où on les prend. Les mesures de « social distancing » (« distanciation sociale » pour limiter les contacts et le risque de contamination, NDLR) doivent être prises au début. On l’a donc fait très rapidement, le 10 mars, le dixième jour après les premières contaminations.

C’est quoi la version la plus pessimiste ?

Le « worst case », c’est 13.000 personnes infectées, 2 à 3.000 hospitalisées et 300 à 500 en soins intensifs. On a besoin de ce genre d’exercice pour estimer si on a la capacité suffisante dans nos hôpitaux.

Et cette capacité est suffisante ?

Le SPF Santé publique dispose d’un plan d’approche phasé, avec plusieurs étapes en fonction des besoins et de la capacité de soins. Nous suivons en permanence la situation sur le terrain et évaluons les éventuelles mesures à prendre avec l’ensemble des autorités concernées, avec le comité scientifique et d’autres experts. Il y a deux hôpitaux de référence, avec une convention pour le traitement de patients infectieux (le CHU Saint-Pierre et l’UZ Antwerpen). Une capacité supplémentaire a déjà été activée au sein des hôpitaux universitaires UZ Leuven, UZ Gent, UZ Antwerpen, UZ Brussel, HUDERF, Érasme, Saint-Luc, CHU Liège et Mont-Godinne. Grâce à cela, nous pourrions déjà traiter de manière optimale plus de 150 patients. Nous n’y sommes pas encore. D’autres scénarios sont prêts pour que tous les hôpitaux soient en état de recevoir un certain nombre de patients si cela s’avérait nécessaire. Toutes les options restent ouvertes pour y parvenir : postposer des opérations non urgentes, déplacer certaines interventions dans d’autres hôpitaux, etc.

Il y en a combien dont la santé est préoccupante actuellement ? On parlait d’une vingtaine en milieu de semaine.

Comme dans toute épidémie, les chiffres évoluent très vite, l’état de santé des patients aussi. L’important aujourd’hui, c’est avant tout de ralentir la propagation du virus pour protéger les plus vulnérables parmi nous et maintenir une capacité de soins suffisante. Il faut éviter une courbe à l’italienne (la ministre prend un papier et dessine une courbe qui ressemble à une montagne, soit la courbe italienne, puis une autre qui ressemble à une colline NDLR). Vous voyez la différence ? Cela fait 50 % de différence avec l’autre…

Vous voulez dire qu’il vaut mieux une épidémie un peu plus étalée dans le temps mais sans accélération brutale, que l’on puisse mieux gérer ?

Il est impossible d’arrêter un virus qui se propage à une telle échelle. Nous ne pouvons pas mentir aux gens et leur dire que c’est possible. La meilleure chose à faire, c’est donc de le freiner et d’étaler ainsi la pression sur notre secteur des soins. C’est sur cela que nous misons.

On verra donc plus clair à la fin mars ?

Une épidémie, cela peut durer 8 à 9 semaines. C’est ce qui se passe avec la grippe… Difficile de donner une date exacte, donc.

C’est un espoir réel de voir cette épidémie cesser avec le retour d’un temps plus chaud ?

Il y a différents mécanismes pour affaiblir le virus. Au plus les gens seront immunisés, au moins le virus sera virulent… La température, cela peut jouer aussi. On voit qu’il y a moins de cas dans les pays chauds. Mais bon, la Belgique n’est pas non plus un pays tropical. Le plus important, c’est de respecter les mesures d’hygiène de base et nos décisions. Et aussi de s’occuper de nos aînés. Il faut se montrer solidaire des nombreuses personnes âgées qui vivent encore chez elles.

D.SW.

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